{"id":220,"date":"2020-11-19T20:16:43","date_gmt":"2020-11-19T20:16:43","guid":{"rendered":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/?page_id=220"},"modified":"2021-08-13T17:23:22","modified_gmt":"2021-08-13T17:23:22","slug":"freres-et-soeurs","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/freres-et-soeurs\/","title":{"rendered":"FR\u00c8RES ET S\u0152URS"},"content":{"rendered":"\n\n\n\n\n\n<h1>FR\u00c8RES ET S\u0152URS<\/h1>\n<h2>Notre histoire personnelle<\/h2><br><p>Nous commen\u00e7ons, ici, les r\u00e9cits de vie des fr\u00e8res et s\u0153urs de la famille Fillion. Neuf membres de cette famille demeurent encore vivants. Au cours des ans, six d\u2019entre nous ont quitt\u00e9 la vie terrestre.<\/p><br><p>Nous les gardons dans nos souvenirs et nous essaierons, du moins pour les derniers disparus, de les ins\u00e9rer dans les histoires racont\u00e9es par chacun de nous, avec l\u2019aide g\u00e9n\u00e9reuse de leurs enfants et leurs conjointes et conjoints.<\/p><br>\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Marcel<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Marcel nous a quitt\u00e9s au cours de l\u2019hiver 2008. Il a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture de ce livre par les pr\u00e9cieux souvenirs qu\u2019il nous a livr\u00e9s avant son d\u00e9part. Il prend sa place parmi nous dans ce livre par les t\u00e9moignages touchants de son \u00e9pouse, Louise, ses enfants et petits-enfants.<\/p>\n<h2>Louise, son \u00e9pouse<\/h2><br><p>Je demeurais \u00e0 Berthierville et un soir, Mme Bayeur, la m\u00e8re de mon amie Monique, me dit qu\u2019un nouveau pensionnaire arrive de la C\u00f4te-Nord, de Forestville, qu\u2019il vivait une peine d\u2019amour comme moi et qu\u2019elle allait me le pr\u00e9senter le lendemain soir. Le lendemain, il arriva vers huit heures, bien chic dans son bel habit brun, lors d\u2019une grosse temp\u00eate de neige.<\/p><br><p>Nous avons jas\u00e9 et il m\u2019apprit qu\u2019il travaillait pour la compagnie Simard et Fr\u00e8res qui avait un contrat pour fabriquer des tours pour le transport de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 du barrage de Bersimis \u00e0 Montr\u00e9al. C\u2019\u00e9tait le 9 mars 1956.<\/p><br><p>Il me parlait de sa m\u00e8re, veuve avec huit enfants de moins de seize ans \u00e0 la maison, qu\u2019il se pr\u00e9occupait de leur confort et, en l\u2019\u00e9coutant, je l\u2019admirais.<\/p><br><p>Les mois passaient, je m\u2019attachais; la temp\u00eate n\u2019\u00e9tait plus de la neige, mais de l\u2019amour. En juin, \u00e0 la Saint-Jean, il voulut aller \u00e0 Forestville voir sa m\u00e8re et v\u00e9rifier si tout allait bien. Il me proposa alors d\u2019aller voir ce bout de pays si loin. Naturellement, j\u2019avais pour chaperon mon fr\u00e8re Jacques.<\/p><br><p>J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a tr\u00e8s beau, grand, la mer, l\u2019espace et aussi sa m\u00e8re tr\u00e8s accueillante avec ses beaux enfants. Michel devait avoir sept ans, alors.<\/p><br><p>Quelques semaines plus tard, Marcel doit retourner \u00e0 Forestville. Il me propose le mariage lors de son prochain voyage en septembre. Il me dit que nous devrions nous pr\u00e9parer chacun de notre c\u00f4t\u00e9 et que je devrais en parler \u00e0 ma m\u00e8re pour qu\u2019elle se fasse une id\u00e9e. Je ne l\u2019ai pas fait, pour \u00e9viter deux mois de pression. \u00c0 la f\u00eate du Travail, il arrive et me dit qu\u2019il allait parler \u00e0 maman. Ce fut fait et la r\u00e9action, terrible. Il discuta avec elle un certain temps et voici la suite et la r\u00e9ponse.<\/p><br><p>J\u2019ai eu tout un d\u00eener-causerie; heureusement que mon fr\u00e8re Jacques est intervenu. Apr\u00e8s le d\u00eener, elle reprit le m\u00eame refrain. C\u2019est alors que Marcel lui dit: \u00abLouise est majeure et si je vous demande sa main c\u2019est par politesse\u00bb. \u00c0 sa suggestion, nous allons voir mon fr\u00e8re Georges qui est pr\u00eatre \u00e0 Montr\u00e9al. Que voulez-vous qu\u2019il dise? L\u2019\u00c9glise est en faveur du mariage.<\/p><br><p>Le dimanche matin, apr\u00e8s la messe, il fut bien re\u00e7u \u00e0 la maison et on s\u2019est fianc\u00e9 avec la bague achet\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al. Ensuite, avec le cur\u00e9, on d\u00e9cide que le mariage aurait lieu le 20 octobre 1956.<\/p><br><p>Le lundi matin, il retourna chez lui, maman lui souhaita bon voyage et d\u2019\u00eatre prudent. Apr\u00e8s cet \u00e9pisode, maman a toujours \u00e9t\u00e9 accueillante envers lui \u00e0 chaque s\u00e9jour. \u00c0 son tour, Marcel a pr\u00e9venu sa famille de notre mariage. Je me suis install\u00e9e dans la maison avec Mme Fillion, Marcel \u00e9tant copropri\u00e9taire. Nous passions nos apr\u00e8s-midi \u00e0 coudre, tricoter, d\u00e9chirer des guenilles. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureuse avec Mme Fillion et ses enfants. J\u2019ai pass\u00e9 deux ans avec eux. Puis voil\u00e0 qu\u2019\u00e0 mon grand bonheur je suis enceinte. Marcel et moi avons pris l\u2019avion fin f\u00e9vrier pour l\u2019accouchement. Une semaine plus tard, comme b\u00e9b\u00e9 n\u2019arrivait pas nous sommes retourn\u00e9s sur la C\u00f4te-Nord. Et Marcel m\u2019annon\u00e7a que Jeanine avait accouch\u00e9 avant moi d\u2019un beau gar\u00e7on. Marcel, choqu\u00e9, est all\u00e9 voir le docteur pour lui dire que chez nous les femmes n\u2019attendent pas comme \u00e7a. Le docteur, insult\u00e9, m\u2019envoya \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour provoquer l\u2019accouchement, \u00e0 onze heures de l\u2019avant-midi. \u00c0 midi trente, Isabelle arrivait, c\u2019\u00e9tait le 15 mars 1958. Huit livres et dix onces et vingt et un pouces de bonheur. Six mois plus tard, nous avons d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Forestville tous les trois dans une petite maison que nous avons agrandie par la suite. Apr\u00e8s notre&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">mariage, Marcel a quitt\u00e9 la compagnie Simard et Fr\u00e8res qui voyageait d\u2019un endroit \u00e0 un autre selon les contrats et s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 la Canadian Pulp \u00e0 Forestville. Il travaillait g\u00e9n\u00e9ralement dans le bois, mais souvent, il \u00e9tait \u00e0 l\u2019atelier m\u00e9canique. Il revenait \u00e0 la maison tous les soirs ou presque.<\/span><\/p><br><p>Le 27 juin 1964, Andr\u00e9 est n\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital des Escoumins \u00e0 9 h 30, un samedi soir; dix livres et trois onces, vingt-deux pouces, un b\u00e9b\u00e9 facile.<\/p><br><p>Marcel abandonna alors le bois pour la ville; il travailla comme repr\u00e9sentant pour la compagnie Petro Canada; livreur de carburant et pi\u00e8ces d\u2019automobiles sur le territoire de La Malbaie \u00e0 Baie Comeau. Plus tard, il a gard\u00e9 le commerce des pi\u00e8ces et a ouvert un magasin pour les vendre. Je m\u2019occupais de la comptabilit\u00e9 et du magasin quand il \u00e9tait sur la route ou \u00e0 la chasse.<\/p><br><p>En 1972, c\u2019est la naissance de Caroline. Grossesse et accouchement difficiles, belle fille de huit livres, vingt-deux pouces, mais fragile. Un an plus tard, le m\u00e9decin confirme qu\u2019elle est trisomique. Une peine terrible s\u2019abattit sur nous: j\u2019avais vu pleurer Marcel au d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re, mais cette fois c\u2019\u00e9tait pour notre fille bien vivante. Que faire? J\u2019\u00e9tais hospitalis\u00e9e souvent et il trouvait une gardienne \u00e0 chaque fois, aussi, il avait l\u2019aide d\u2019Isabelle, 14 ans et Andr\u00e9 \u00e0 la maison. Caroline est devenue une P.M.E., petite et moyenne entreprise.<\/p><br><p>Marcel a pris sa retraite \u00e0 cinquante-sept ans. Il avait des projets: il s\u2019est inscrit \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al pour suivre un cours d\u2019agent immobilier. Tous les trois, nous sommes partis en pension.<\/p><br><p>Dans sa jeunesse, il avait \u00e9tudi\u00e9 l\u2019anglais par correspondance sauf que les Am\u00e9ricains lui parlaient en espagnol. Donc, il avait toujours un crayon et papier avec lui.<\/p><br><p>Nous avons fait des voyages avec l\u2019\u00c2ge d\u2019Or: Toronto, Ottawa. Nous sommes all\u00e9s en Angleterre, o\u00f9 Andr\u00e9 travaillait. Celui-ci avait une invitation pour un garden-party dans les jardins de Buckingham Palace. Il avait droit \u00e0 deux invit\u00e9s et nous avions m\u00eame nos billets. Tr\u00e8s beau\u2026 la Reine est venue saluer les militaires pr\u00e8s de moi. On a&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">visit\u00e9 des ch\u00e2teaux, des \u00e9glises, etc. Nous sommes all\u00e9s en Floride 13 saisons avec Caroline. Marcel aimait beaucoup la p\u00e9tanque, les march\u00e9s aux puces, les livres anglais de trois pouces d\u2019\u00e9paisseur. Il a connu beaucoup d\u2019amis que je visite encore et qui sont venus au salon fun\u00e9raire lors de son d\u00e9c\u00e8s. Au centre d\u2019achats, ses amis me disent encore combien il leur manque. Il visitait ses amis malades, il \u00e9tait tr\u00e8s fier de ses enfants et petits-enfants: Charles-Andr\u00e9 et Vincent Tremblay, fils d\u2019Isabelle. Aston, Adam, \u00c9ric, fils d\u2019Andr\u00e9 et Cherily Warme d\u2019Ottawa. Caroline n\u2019a pas eu d\u2019enfants, elle est mari\u00e9e \u00e0 Maurice Gagn\u00e9.<\/span><\/p><br><p>Marcel, \u00e0 quatre-vingts ans, profitait du bonheur que nous avions eu, et avant de s\u2019endormir, il me rappelait qu\u2019on \u00e9tait bien et, prenant ma main, il disait \u00eatre heureux\u2026 et bonne nuit.<\/p><br><p>Puis son \u00e9tat s\u2019aggrava, il \u00e9tait inquiet pour moi et il avait encore des projets pour moi et Caroline. Il a eu la visite de ses fr\u00e8res et s\u0153urs; \u00e7a jasait, les bons et mauvais coups des uns et des autres \u00e9taient rem\u00e9mor\u00e9s et les rires \u00e9clataient dans la chambre. J\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait gu\u00e9ri apr\u00e8s leur d\u00e9part. J\u2019\u00e9tais tellement heureuse moi aussi. Merci \u00e0 vous tous<\/p><br><p>Le mal reprit. Marcel, c\u2019\u00e9tait un homme fort, un fils d\u00e9vou\u00e9, un fr\u00e8re, un ami, un papa, un mari extraordinaire. Un grand c\u0153ur, ambitieux, exigeant et honn\u00eate.<\/p><br><p>J\u2019ai v\u00e9cu cinquante-deux ans avec Marcel et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 heureuse. On avait des petits conflits comme tout le monde; je gardais le silence, il parlait seul et s\u2019arr\u00eatait. Je lui disais je t\u2019aime et je ne veux pas qu\u2019on se dise des choses blessantes \u00e0 tort ou \u00e0 raison. \u00c0 l\u2019occasion, c\u2019\u00e9tait mon tour de parler seule\u2026 Il avait raison.<\/p><br><p>Malgr\u00e9 sa force, il \u00e9tait tr\u00e8s sensible. Il a commenc\u00e9, \u00e0 onze ans, \u00e0 gagner sa vie avec des hommes murs; c\u2019est pourquoi il \u00e9tait exigeant. C\u2019\u00e9tait la survie dans ce temps-l\u00e0. Il est un mod\u00e8le pour ses enfants: si papa l\u2019a fait, je suis capable. Dieu est venu le chercher. Il me l\u2019a pr\u00eat\u00e9 cinquante-deux ans. Merci, prenez-en bien soin.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>Au revoir.<\/p><p style=\"text-align: right; \"><em><br><\/em><\/p><p style=\"text-align: right; \"><em>Louise<\/em><\/p>\n\n\n\n\n\n\n<h2>Isabelle, fille ain\u00e9e de Marcel<\/h2><p><em><br><\/em><\/p><h3><em>La confiance<\/em><\/h3><br><p>Mon p\u00e8re avait en lui cette confiance en ses moyens, non pas pour l\u2019orgueil, mais pour b\u00e2tir, \u0153uvrer \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un monde meilleur. Il poss\u00e9dait cette confiance en la vie, en la force de la nature, en ses enfants.<\/p><p><em><br><\/em><\/p><h3><em>Le travail<\/em><\/h3><br><p>Mon p\u00e8re avait cette passion des grands projets, cette passion du savoir et de l\u2019apprentissage dans la concr\u00e9tisation de ses id\u00e9es. Toutes les situations de la vie l\u2019amenaient vers un cheminement, une philosophie, un probl\u00e8me \u00e0 solutionner.<\/p><p><em><br><\/em><\/p><h3><em>La peur<\/em><\/h3><br><p>Mon p\u00e8re avait peur lui aussi, mais il en faisait un moteur pour aller plus loin. Dans son agonie, il v\u00e9cut la peur ultime de sa vie.<\/p><br><h3><em>La vie<\/em><\/h3><br><p>Mon p\u00e8re a fait fructifier les dons que Dieu lui avait donn\u00e9s. Encore plus, il en a fait b\u00e9n\u00e9ficier plusieurs personnes; il s\u2019est accompli dans toute sa pl\u00e9nitude.<\/p><p><em><br><\/em><\/p><h3><em>Dieu<\/em><\/h3><br><p>Mon p\u00e8re croyait en Dieu et en sa cr\u00e9ation terrestre et cosmique. Il avait un regard critique sur les institutions humaines et un amour sans borne pour la perfection de la cr\u00e9ation. Quand on a re\u00e7u beaucoup, il faut donner beaucoup, disait-il.<\/p><p><em><br><\/em><\/p><h3><em>Regrets<\/em><\/h3><br><p>Mon p\u00e8re n\u2019avait aucun regret. Seulement, aux derniers jours de sa vie il a exprim\u00e9 qu\u2019il aurait aim\u00e9 avoir une meilleure relation avec ses fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p><strong><em>Isabelle<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n<h2>Andr\u00e9, fils de Marcel<\/h2><p><em><br><\/em><\/p><h3><em>Hommage \u00e0 notre p\u00e8re Marcel<\/em><\/h3><br><p>Tous ceux qui l\u2019ont connu ont vu quelque chose de sp\u00e9cial en notre p\u00e8re. Que ce soit les docteurs, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, ce dernier mois, la gang de messieurs au centre d\u2019achats, nos amis, les gens de la Floride, nos belles familles, il trouvait toujours le moyen d\u2019\u00e9tablir des liens facilement, des liens forts et des liens durables avec n\u2019importe qui. Pour certains, c\u2019\u00e9tait son sens de l\u2019humour, d\u2019autres, son amour de la p\u00eache, de la chasse et de la nature ou, encore, sa passion pour faire pousser des tomates.<\/p><br><p>Mais peu ont pu vraiment appr\u00e9cier toutes les facettes int\u00e9ressantes et les forces que notre p\u00e8re poss\u00e9dait. Caroline et moi avons pu l\u2019appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur; il \u00e9tait un homme vraiment remarquable.<\/p><br><p>Mon p\u00e8re \u00e9tait un homme fort. On conna\u00eet tous le clich\u00e9 montrant des jeunes dans la cour de l\u2019\u00e9cole qui argumentent que leur p\u00e8re est le plus fort. Honn\u00eatement, Caroline, Isabelle et moi n\u2019avons jamais eu \u00e0 en \u00eatre t\u00e9moins; mais quand l\u2019un de nous disait que notre p\u00e8re \u00e9tait le plus fort, tous \u00e9taient d\u2019accord. \u00catre b\u00fbcheron aux sciottes \u00e0 l\u2019\u00e2ge de onze ans, \u00e7a aide certainement. Mais il y avait plus que \u00e7a, il \u00e9tait d\u2019une endurance physique incroyable. Je me rappellerai toujours, j\u2019avais vingt-huit ans, une p\u00e9riode o\u00f9 je jouais au hockey six fois par semaine, en \u00abtop shape\u00bb comme on dit; il en avait soixante-cinq, et \u00e9tait corpulent. On s\u2019en allait \u00e0 la p\u00eache avec des amis de Forestville. Nous avions \u00e0 faire un portage dans la vase et les branches, deux canots, de la mouche noire et la chaleur\u2026 Il \u00e9tait parti le premier avec un canot sur le dos et moi, le deuxi\u00e8me, avec le mien. J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 le suivre, mais il faut dire que \u00e7a m\u2019a tout pris ce que j\u2019avais de force et de d\u00e9termination pour le faire. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un des exploits auxquels je pense encore souvent et qui d\u00e9montre sa juste valeur, sa force et son endurance physique exceptionnelles, m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la retraite.<\/p><br><p>Mais sur cette charpente forte, peu auraient pu croire qu\u2019on avait affaire \u00e0 un intellectuel dou\u00e9 qui n\u2019a jamais arr\u00eat\u00e9 de se perfectionner. Avoir quitt\u00e9 l\u2019\u00e9cole \u00e0 onze ans a sans doute \u00e9t\u00e9 un des moments les plus difficiles de sa vie. Mais \u00e7a ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de continuer \u00e0&nbsp;<span>\u00e9tudier jusqu\u2019\u00e0 la toute fin. Jeune, il a appris l\u2019anglais, par lui-m\u00eame, afin de pouvoir lire plus de livres. Il n\u2019a jamais arr\u00eat\u00e9 de lire\u2026 en anglais, en fran\u00e7ais, des romans, des livres de philosophie, des magazines d\u2019actualit\u00e9, le journal \u00e0 tous les jours, et ce, jusqu\u2019\u00e0 ses derniers moments. Toute sa vie, il a tra\u00een\u00e9 partout avec lui un vieux dictionnaire, une demi-douzaine de paires de lunettes, sachant qu\u2019il en perdrait quelques-unes, et ses livres.<\/span><\/p><br><p>D\u2019\u00eatre retourn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole apr\u00e8s avoir pris sa retraite, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinquante-sept ans, pour aller obtenir son dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes secondaires, est un exploit, qui \u00e0 notre avis, a d\u00e9montr\u00e9 sa d\u00e9termination et son engagement dans le monde du savoir. Il \u00e9tait un intellectuel dans tous les sens du mot. Ajoutez \u00e0 \u00e7a un homme le fun. Tout le monde ici a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de ses blagues continues. Pas dr\u00f4les toutes les fois, je dois l\u2019admettre, mais l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre. Pas un instant ennuyant avec Marcel\u2026<\/p><p><em><br><\/em><\/p><h3><em>Isabelle poursuit<\/em><\/h3><br><p>Mon p\u00e8re, un homme avec un tr\u00e8s grand sens du devoir. Nous l\u2019avons vu aider et accompagner ses amis dans la maladie \u00e0 plusieurs reprises. Des moments difficiles et \u00e9mouvants pour lui, mais pour chaque cri \u00e0 l\u2019aide, il y avait une solution qui, souvent, venait avec de grands sacrifices de sa part. Cela lui \u00e9tait naturel.<\/p><br><p>Mon p\u00e8re avait un sens des affaires tr\u00e8s aiguis\u00e9. Quand, en 1985, il a dit: \u00abJe prends ma retraite\u00bb, il en a pris plusieurs par surprise\u2026 incluant ses enfants. Des revenus modestes, des d\u00e9cisions nombreuses. Il a choisi d\u2019avoir des revenus moindres pour \u00eatre pr\u00e8s de sa famille, et aucune opportunit\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 un fond de pension. Aujourd\u2019hui, vingt-trois ans plus tard, treize voyages de cinq mois en Floride, une belle vie de retrait\u00e9 et une situation financi\u00e8re enviable pour maman. C\u2019est un exploit.<\/p><br><p>Mon p\u00e8re, un homme qui arrangeait son horaire d\u2019activit\u00e9s pour \u00eatre capable d\u2019\u00e9couter toutes les sessions parlementaires de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale du Qu\u00e9bec \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Avec des milliers de textes \u00e9crits dans les forums politiques du Qu\u00e9bec, chacun aussi touchant que les autres, il \u00e9tait une b\u00eate politique qui comprenait mieux qu\u2019il le laissait&nbsp;<span>croire les institutions qui nous entourent. Enrob\u00e9s d\u2019humour, ses commentaires politiques \u00e9taient fond\u00e9s sur une \u00e9tude approfondie. Sauf quand il parlait de Mme Marois!<\/span><\/p><br><p>Mon p\u00e8re, un homme brave. Il n\u2019y avait absolument rien qui lui faisait peur. Nous l\u2019avons vu dans des situations o\u00f9 sa s\u00e9curit\u00e9 physique \u00e9tait en danger \u00e0 plusieurs reprises et jamais il n\u2019a m\u00eame pens\u00e9 reculer. Il fon\u00e7ait. Avec lui, nous \u00e9tions en s\u00e9curit\u00e9.<\/p><br><p>Mon p\u00e8re avait aussi ses faiblesses. Pas le meilleur quand c\u2019\u00e9tait le temps de montrer de la tendresse. Sauf vers la fin, heureusement. Pas le meilleur dans la cuisine, m\u00eame vers la fin. Dieu merci, maman \u00e9tait l\u00e0.<\/p><br><p>Pas organis\u00e9\u2026 vraiment pas. Quand il disait \u00abva chercher une paire de pinces\u00bb, la derni\u00e8re place o\u00f9 chercher \u00e9tait dans son coffre d\u2019outils. Heureusement c\u2019est une des grandes forces de maman.<\/p><br><p>Pas fancy du tout. La bedaine \u00e0 l\u2019air, la plupart du temps, m\u00eame si maman lui cousait les derniers boutons de ses chemises. Heureusement, maman y veillait.<\/p><br><p>Tout \u00e7a pour dire qu\u2019il \u00e9tait un \u00eatre comme on en voit peu dans la vie. Des forces et des exploits incroyables, mais aussi des faiblesses qui le rendaient humain et ont fait de maman une partenaire parfaite, menant \u00e0 cinquante deux ann\u00e9es de bonheur. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 nous sommes bombard\u00e9s \u00e0 tous les jours \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et un peu partout de h\u00e9ros de toutes sortes, de super h\u00e9ros, de super \u00e9toiles de sport ou du monde artistique, de leaders du monde, nous trouvons remarquable que ses cinq petits-fils l\u2019aient toujours choisi comme leur h\u00e9ros. Un h\u00e9ros sans dipl\u00f4me, sans l\u2019allure d\u2019une \u00e9toile de sport, sans titre dans la soci\u00e9t\u00e9, mais un homme avec des forces qu\u2019il a su exploiter dans un contexte difficile. Ce sont ces qualit\u00e9s humaines, telle sa d\u00e9termination, son sens du devoir et sa bravoure qui en ont fait un h\u00e9ros pour nous et nos enfants.<\/p><br><p>Il nous laisse forts, en s\u00e9curit\u00e9, \u00e9duqu\u00e9s, et ce, dans tous les sens du mot, et bien entour\u00e9s.<\/p><br><p>Il nous manquera beaucoup, mais heureusement, ce qu\u2019il nous a laiss\u00e9 sera toujours l\u00e0 et fera partie de nous.<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p><strong><em>Andr\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n<h2>Caroline, fille de Marcel<\/h2><br><p>Lorsque nous sommes venus au monde, mon p\u00e8re a d\u00fb apprendre \u00e0 \u00eatre diff\u00e9rent.<\/p><br><p>Comme tout ce qu\u2019il entreprenait, notre relation fut un succ\u00e8s.<\/p><br><p>Il m\u2019a amen\u00e9e partout en voyage, \u00e0 la p\u00eache. Il m\u2019a permis d\u2019avoir une enfance heureuse remplie de rires et de joie.<\/p><br><p>Malgr\u00e9 ma diff\u00e9rence, il avait confiance en moi. Il voulait que je sois aussi forte que mon fr\u00e8re et ma s\u0153ur. Je suis all\u00e9e en Floride, \u00e0 Toronto, dans l\u2019ouest du Canada et j\u2019en passe. Tout \u00e7a gr\u00e2ce \u00e0 lui.<\/p><br><p>M\u00eame si cela a \u00e9t\u00e9 difficile pour lui, il a accept\u00e9 mon mariage avec Maurice. Comme un bon p\u00e8re, il a pay\u00e9 les noces de sa fille. Pour moi, ce fut un moment de r\u00eave. Ma famille est remplie d\u2019amour et de respect. Je suis une fille, une s\u0153ur, une tante, une belle-s\u0153ur, une \u00e9pouse et une femme.<\/p><br><p>Aujourd\u2019hui, je prie mon p\u00e8re chaque jour. Je sais qu\u2019il m\u2019\u00e9coute et qu\u2019il me prot\u00e8ge encore et encore, comme il l\u2019a toujours fait.<\/p><br><p>Papa ch\u00e9ri!<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p style=\"text-align: right; \"><strong><em>Caro<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n<h2>Charles-Andr\u00e9 Tremblay, petit fils de Marcel<\/h2><br><p>Je me nomme Charles-Andr\u00e9 Tremblay et Marcel Fillion \u00e9tait mon grand-p\u00e8re. Je suis l\u2019a\u00een\u00e9 de ses petits-fils et je me consid\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9 de pouvoir vous adresser ce t\u00e9moignage.<\/p><br><p>Le plus vieux souvenir que j\u2019aie de lui est celui d\u2019un homme qui me paraissait autoritaire et froid. Aujourd\u2019hui, je comprends que l\u2019imagination p\u00e9tillante de l\u2019enfant turbulent que j\u2019\u00e9tais n\u2019a pas d\u00fb lui plaire. Un \u00e9pisode qui \u00e9chappe \u00e0 ma m\u00e9moire, mais qui fait toujours sourire ma grand-m\u00e8re le r\u00e9v\u00e8le bien. Un jour d\u2019\u00e9t\u00e9, pr\u00e8s de la serre, je m\u2019amusais avec un b\u00e2ton, frappant ici un dragon ou l\u00e0 un pirate imaginaire. Marcel, s\u2019approchant de moi, me dit: \u00abFrappe-moi donc avec ton b\u00e2ton pour voir.\u00bb Aussit\u00f4t dit, aussit\u00f4t fait; le coup se fit sentir. F\u00e2ch\u00e9, il se tourna vers Louise qui lui dit en riant: \u00abTu lui as&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">demand\u00e9, il te l\u2019a donn\u00e9.\u00bb C\u2019est pourquoi il se plaisait davantage avec mon fr\u00e8re qui s\u2019est toujours montr\u00e9 plus calme et moins fantasque que je l\u2019ai \u00e9t\u00e9.<\/span><\/p><br><p>Jeune, je le voyais souvent l\u2019\u00e9t\u00e9. Tr\u00e8s vite, j\u2019ai compris qu\u2019il aimait la nature. Il s\u2019aventurait souvent dans la for\u00eat de la ZEC et il semblait y conna\u00eetre tous les sentiers et chemins. Au Cap Colombier, il se d\u00e9tendait pr\u00e8s du fleuve. Une image qui reste tr\u00e8s pr\u00e9sente chez moi, c\u2019est de le voir partir avec ses bottes, sa pelle et ses seaux, sur son trois roues pour ramasser des clams. Il en ramenait parfois des chaudi\u00e8res pleines pour ensuite les vendre \u00e0 un marchand local. \u00c0 quelques occasions, il en gardait pour que grand-m\u00e8re en cuisine pour le souper. Je me rappelle que je d\u00e9testais le go\u00fbt de ces clams sorties tout droit de la vase. Puisque les anniversaires de Marcel, Vincent, Ashton et le mien \u00e9taient tous dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du mois d\u2019ao\u00fbt, nous f\u00eations la f\u00eate des Lions. Nous avions beaucoup de plaisir \u00e0 manger du g\u00e2teau et recevoir des cadeaux. Ces \u00e9t\u00e9s au Cap Colombier sont, pour moi, des souvenirs de joie. Un grand ami de mon grand-p\u00e8re fut mon p\u00e8re. Ensemble, ils ont chass\u00e9 tous les automnes et ont construit des cabanes de chasse, un grand escalier pour acc\u00e9der plus facilement au chalet, une serre et j\u2019en oublie\u2026 Ma m\u00e8re disait qu\u2019ils se compl\u00e9taient bien l\u2019un et l\u2019autre.<\/p><br><p>Pendant un peu plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, Marcel partait avec les Snowbirds pour la Floride. Lorsque j\u2019avais onze ans, ma famille et moi avons eu la chance d\u2019aller les rejoindre pendant deux semaines. Ce fut tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9.<\/p><br><p>J\u2019avais dix ans quand il entreprit un grand changement dans sa vie. Il quittait sa maison de Forestville pour venir s\u2019\u00e9tablir tout pr\u00e8s de chez moi, \u00e0 Baie-Saint-Paul. Je crois que ce d\u00e9m\u00e9nagement fut une d\u00e9cision difficile \u00e0 prendre pour lui. Il quittait la ville o\u00f9 il avait travaill\u00e9 de nombreuses ann\u00e9es, o\u00f9 il s\u2019impliquait et o\u00f9 il avait des amis. Cependant, il ne s\u2019est pas attrist\u00e9 de cela et se fit rapidement de nouveaux amis dans le voisinage de sa nouvelle demeure. Il louait un appartement dans la maison bleue, le bloc \u00e0 logements appartenant \u00e0 mon oncle Conrad et mes parents. Ainsi, nous pouvions le voir et au fil du temps, je grandissais et lui vieillissait.&nbsp;<\/p><br><p>\u00c0 mon adolescence, j\u2019ai d\u00e9couvert que lui et moi partagions certains passe-temps. Il \u00e9crivait des lettres sur des forums politiques et me les faisait lire avec fiert\u00e9. Aussi, lui et moi aimions regarder le hockey et le football \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Mais la p\u00eache fut l\u2019activit\u00e9 que j\u2019ai le plus appr\u00e9ci\u00e9e en sa compagnie. C\u2019\u00e9tait inattendu de ma part que lui et moi puissions un jour partager ces int\u00e9r\u00eats.<\/p><br><p>Et in\u00e9vitablement, je devins un homme et lui un vieillard. La triste fin de cette histoire d\u00e9bute lorsque Marcel dut s\u2019asseoir dans un fauteuil roulant. Le cancer s\u2019en prenait \u00e0 ses poumons et ses vert\u00e8bres, ce qui causait une paralysie de ses jambes et de fortes douleurs. Une fois hospitalis\u00e9, je l\u2019ai vu nous quitter peu \u00e0 peu chaque jour. C\u2019est ainsi qu\u2019il est parti le 15 f\u00e9vrier 2008. L\u2019h\u00e9ritage qu\u2019il me laisse c\u2019est l\u2019importance de la famille et la volont\u00e9 de pers\u00e9v\u00e9rer dans mes entreprises.<\/p><p><br><\/p><p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Charles-Andr\u00e9<\/em><\/strong><\/p><br>\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Bertrand<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, il me faut un \u00e9norme courage pour entreprendre de faire le r\u00e9sum\u00e9 de la vie de Bertrand, disparu depuis trois ans.<\/p><br><p>Celui-ci a encore une place privil\u00e9gi\u00e9e parmi ses fr\u00e8res et s\u0153urs, dont le souvenir reste vivant, encore et encore.<\/p><br><p>Avec sa permission, je me substitue donc \u00e0 lui pour une histoire unique.<\/p><br><p>Bertrand est n\u00e9 \u00e0 St-F\u00e9licien le 26 d\u00e9cembre 1931. Le quatri\u00e8me de la famille Fillion.<\/p><br><p>C\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode noire des \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques qui ont boulevers\u00e9 le monde au cours des ann\u00e9es 1930.<\/p><br><p>D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, il fut t\u00e9moin de l\u2019\u00e9volution de notre famille; il prit part active aux bonheurs, aux peines, aux malheurs et aux luttes quotidiennes du temps. C\u2019est l\u00e0, je crois que s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e sa grande sensibilit\u00e9 qui s\u2019est transform\u00e9e, avec le temps en une sagesse reconnue par chacun de nous.<\/p><br><p>D\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de Colombier, il fut vite mis \u00e0 contribution dans les t\u00e2ches relatives \u00e0 la bonne marche de la ferme. Je suis convaincu, le connaissant, qu\u2019il prit plaisir \u00e0 se rendre utile. Je ne sais pas s\u2019il consentirait \u00e0 ce que je r\u00e9v\u00e8le la suite de sa vie \u00e0 Ste-Th\u00e9r\u00e8se, mais je crois que nous devons lever ce petit voile qui nous cache une partie de notre histoire pleine de messages. L\u2019on sait \u00e0 quel point la vie \u00e9tait dure et remplie de stress pour ces jeunes colonisateurs. Les enfants, disait-on, \u00e9taient une b\u00e9n\u00e9diction de Dieu qui venait apporter l\u2019aide n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation de projets parfois excessivement on\u00e9reux pour ceux qui avaient \u00e0 les r\u00e9aliser. Ce fut le cas, pour beaucoup d\u2019enfants qui furent pouss\u00e9s \u00e0 leurs limites physiques et psychologiques. Bertrand fut sans doute l\u2019un de ceux-l\u00e0.<\/p><p><br><\/p><p>Papa ne connaissant pas les limites physiques et psychologiques de son fils le poussa au bout de ses limites. Bertrand, qui avait alors quatorze ou quinze ans, d\u00e9cida de quitter la maison paternelle. Seule maman \u00e9tait au courant de son projet et ne s\u2019y opposa pas. Donc, il partit avec son paqueton, sans le sou, trouver fortune ailleurs. Il dut surmonter beaucoup d\u2019\u00e9preuves avant de s\u2019\u00e9panouir et devenir l\u2019homme \u00e9quilibr\u00e9 et attachant que nous avons tous connu. Son retour \u00e0<span style=\"white-space: pre;\">\t<\/span>la maison, plusieurs ann\u00e9es plus tard, fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9 avec joie par toute la maisonn\u00e9e. Papa \u00e9tait heureux de revoir son fils, conscient des erreurs qu\u2019il avait commises envers lui. Ils devinrent tr\u00e8s proches l\u2019un de l\u2019autre. Jusqu\u2019\u00e0 ses derniers jours, papa put compter sur l\u2019aide et le respect de son fils Bertrand.<\/p><br><p>Quant au travail, Bertrand sut gagner sa place et devint un \u00e9l\u00e9ment appr\u00e9ci\u00e9 et respect\u00e9 des milieux o\u00f9 il eut \u00e0 s\u2019ex\u00e9cuter. \u00c0 plusieurs reprises, on lui offrit des postes de responsabilit\u00e9 qu\u2019il mena \u00e0 terme avec grand succ\u00e8s. Il avait un leadership ind\u00e9niable qui g\u00e9n\u00e9rait le respect et la confiance.<\/p><br><p>Dot\u00e9 d\u2019un sens de l\u2019humour tr\u00e8s sp\u00e9cial, pince-sans-rire, je le revois encore pincer le bec et tirer la joue pour signifier qu\u2019il \u00e9tait content et heureux. On peut dire que Bertrand n\u2019\u00e9tait pas de ceux qui parlaient le plus, mais en sa pr\u00e9sence, on se sentait bien dans la chaleur qu\u2019il d\u00e9gageait.<\/p><br><p>On peut dire qu\u2019il fut le grand fr\u00e8re id\u00e9al pour nous qui cherchions une \u00e9paule, un c\u0153ur qui nous accepterait tel que nous sommes et il r\u00e9ussit \u00e0 combler nos attentes.<\/p><br><p>Il tomba en amour et maria Irma Jauvin et fut l\u2019heureux papa de six beaux et talentueux enfants qui continuent le chemin trac\u00e9 par leur p\u00e8re: Serge, Nicole, Carole, Sylvain, Roger et Nathalie.<\/p><br><p>Au cours de toutes ces ann\u00e9es, Bertrand resta proche de notre famille. Chacun de nous eut une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec lui et il resta proche de maman apr\u00e8s le d\u00e9part de papa. G\u00e9n\u00e9reux et sensible aux autres, il \u00e9tait toujours pr\u00eat \u00e0 rendre service \u00e0 quiconque avait besoin de lui. Un jour, sans crier gare, l\u2019\u00e2ge s\u2019accumula sur ses \u00e9paules, son corps si vigoureux se vo\u00fbta de plus en plus et il se retrouva \u00e0 Clermont, dans une maison pour personnes ayant besoin d\u2019aide physique et&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">psychologique, un C.H.S.L.D. Heureusement il \u00e9tait \u00e0 proximit\u00e9 de Michel et Colette qui lui apportaient sans compter leur g\u00e9n\u00e9reuse assistance.<\/span><\/p><br><p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il s\u2019\u00e9teint \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 76 ans, le 3 juillet, dans le silence. Son doux souvenir nous accompagne encore.<\/p><br><p>ADIEU CHAMPION!<\/p><p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Jean-Guy<\/em><\/strong><\/p>&nbsp;<br>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Jeanine<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Je suis Jeanine, n\u00e9e le 7 du mois d\u2019ao\u00fbt 1934. Je suis la cinqui\u00e8me d\u2019une lign\u00e9e de quinze enfants. Ma petite enfance s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Dolbeau, Lac Saint-Jean. Mon souvenir le plus lointain s\u2019est pass\u00e9 alors que j\u2019avais quatre ans; la vie \u00e9tait belle, j\u2019\u00e9tais heureuse, maman constamment pr\u00e8s de nous cinq, Marcel, Bertrand, Ir\u00e8ne, Huguette, Osias-Jean-Marie et moi. Nous \u00e9tions toujours ensemble, on jouait, riait et sautait. \u00c0 ce moment-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait comme si j\u2019avais des ailes et que le ciel \u00e9tait toujours bleu. Je ne doutais pas que ce ciel allait s\u2019assombrir et que je deviendrais, malgr\u00e9 moi, une guerri\u00e8re.<\/p><br><p>Cette transformation s\u2019est faite d\u00e8s mon enfance, au d\u00e9c\u00e8s de ma s\u0153ur Ir\u00e8ne qui avait alors treize ans et moi, neuf. Je devenais, par cons\u00e9quent, la plus vieille des filles. Nous demeurions alors \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se et mon p\u00e8re me signifia: \u00abC\u2019est maintenant toi l\u2019a\u00een\u00e9e de la famille, tu vas aider ta m\u00e8re \u00e0 la maison.\u00bb Maman a commenc\u00e9 \u00e0 avoir un enfant par ann\u00e9e. En plus d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, j\u2019aidais maman aux t\u00e2ches de la maison jusqu\u2019au coucher des enfants, vers huit heures. Le matin, c\u2019\u00e9tait le d\u00e9jeuner de tous et c\u2019\u00e9tait ainsi tous les jours. Le soir, fatigu\u00e9e, je m\u2019endormais la t\u00eate dans mes livres. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de dix ans, le jour de ma f\u00eate, j\u2019eus la surprise de ma vie: j\u2019eus mes premi\u00e8res r\u00e8gles. J\u2019\u00e9tais paniqu\u00e9e, ne sachant ce qui se passait. J\u2019ai m\u00eame imagin\u00e9 que j\u2019allais mourir. Aussi, j\u2019\u00e9tais trop g\u00ean\u00e9e pour en parler \u00e0 maman. Environ six mois plus tard, maman s\u2019en est rendu compte et m\u2019a dit que j\u2019\u00e9tais devenue une femme, apr\u00e8s toute la frayeur que j\u2019avais eue!<\/p><br><p>Papa \u00e9tait souvent parti travailler, tandis que moi, toujours, j\u2019aidais maman. Bertrand et Huguette, pendant ce temps, \u00e9taient soit au bois de chauffage, soit \u00e0 l\u2019\u00e9table. Leur t\u00e2che consistait aussi \u00e0 aller recueillir l\u2019eau dans le ruisseau voisin pour les besoins domestiques et abreuver les animaux. Tous faisaient de leur mieux pour que papa soit content. Contrairement \u00e0 nos attentes, \u00e0 son retour, souvent, il nous faisait des reproches; il n\u2019\u00e9tait pas souvent de bonne humeur. Nous devenions distants avec lui. Il ne voulait pas de bruit dans la maison; avec toute cette marmaille c\u2019\u00e9tait difficile. C\u2019est pourquoi, j\u2019amenais les plus jeunes au deuxi\u00e8me \u00e9tage avec moi pour ne pas d\u00e9ranger. Je les aimais tellement qu\u2019ils \u00e9taient comme mes enfants. Maman avait trop \u00e0 faire et \u00e9tait toujours enceinte. Elle n\u2019\u00e9tait pas toujours en forme pour donner de son temps. Mais je me rappelle qu\u2019elle nous faisait bien rire et c\u2019\u00e9tait tellement bon.<\/p><br><p>J\u2019avais treize ans, maman attendait encore un b\u00e9b\u00e9, alors j\u2019ai d\u00fb quitter l\u2019\u00e9cole d\u00e9finitivement pour aider \u00e0 la maison. C\u2019\u00e9tait au mois de janvier et il faisait tr\u00e8s froid. Papa, qui \u00e9tait \u00e0 la maison, m\u2019a demand\u00e9 d\u2019habiller les enfants pour les amener chez Mme Charron la voisine. Pendant ce temps, il partit chercher la garde malade au village. Le tout s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 au cours de l\u2019avant-midi. Vers cinq heures, \u00e0 notre retour \u00e0 la maison, une surprise de taille nous attendait: deux beaux b\u00e9b\u00e9s, deux jumelles! C\u2019est l\u00e0 que maman m\u2019a dit: \u00abprends-en une et garde-l\u00e0.\u00bb J\u2019ai pris Lise la petite blonde et Huguette manifesta le d\u00e9sir de prendre Denise, la petite brune. Comme Huguette \u00e9tait toujours occup\u00e9e hors de la maison, c\u2019est moi qui me suis occup\u00e9 des deux petits bouts de chou. Je les ai tellement aim\u00e9es! Un an plus tard apparut un autre b\u00e9b\u00e9, Michel. Un b\u00e9b\u00e9 magnifique.<\/p><br><p>J\u2019avais seize ans et je dis \u00e0 maman que je voulais aller travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Je voulais, pour ainsi dire, aller voir plus loin. C\u2019est alors que je partis pour l\u2019h\u00f4pital de Hauterive o\u00f9 j\u2019ai poursuivi mes \u00e9tudes et commenc\u00e9 mes cours d\u2019infirmi\u00e8re en p\u00e9diatrie. C\u2019\u00e9tait beaucoup de travail, mais tous les employ\u00e9s m\u2019encourageaient et \u00e9taient gentils avec moi. J\u2019\u00e9tais heureuse.<\/p><p><br><\/p><p>Un an et demi apr\u00e8s le d\u00e9but de mon cours d\u2019infirmi\u00e8re, papa est tomb\u00e9 malade; il avait le cancer des poumons, il faisait piti\u00e9. Maman \u00e9tait seule \u00e0 la maison avec mon p\u00e8re et les enfants. Papa fut transf\u00e9r\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital de Qu\u00e9bec et \u00e0 celui de Hauterive. J\u2019\u00e9tais l\u00e0 pour en avoir soin. Apr\u00e8s quelques mois, il est retourn\u00e9 \u00e0 la maison. Maman \u00e9tait tr\u00e8s fatigu\u00e9e, papa avait besoin de soins qu\u2019elle n\u2019arrivait pas \u00e0 lui donner. Alors j\u2019ai pris la d\u00e9cision de retourner aupr\u00e8s de maman pour l\u2019aider. Elle \u00e9tait tr\u00e8s heureuse de me voir revenir \u00e0 la maison. Apr\u00e8s la mort de notre p\u00e8re, je croyais \u00eatre capable de retourner continuer mes cours, mais maman \u00e9tait \u00e9puis\u00e9e et malade. Elle n\u2019avait pas d\u2019argent et c\u2019\u00e9tait dur pour elle. Je lui ai alors propos\u00e9 de rester avec elle. J\u2019ai trouv\u00e9 un emploi \u00e0 l\u2019Auberge des Quatre Chemins de Forestville. Je gagnais un salaire qui me permettait de l\u2019aider \u00e0 passer \u00e0 travers ses urgents besoins.<\/p><br><p>Un jour, j\u2019ai fait la rencontre d\u2019un beau policier appel\u00e9 Ren\u00e9. Belle apparence, tr\u00e8s gentil et avec beaucoup de belles qualit\u00e9s. Je l\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 maman et ce fut le coup de foudre avec elle et mes fr\u00e8res et s\u0153urs. Tout le monde \u00e9tait tr\u00e8s heureux, car il s\u2019amusait beaucoup avec eux et les g\u00e2tait \u00e0 souhait. C\u2019\u00e9tait merveilleux d\u2019avoir quelqu\u2019un avec qui partager ces moments en famille.<\/p><br><p>Un an plus tard, il m\u2019a demand\u00e9 en mariage; c\u2019\u00e9tait pour moi une grande d\u00e9cision; ma carri\u00e8re ou le mariage? Vous savez tous que l\u2019amour est plus fort que la police. Alors, j\u2019ai accept\u00e9. Nous avons eu huit beaux enfants: quatre gar\u00e7ons et quatre filles. Le Bon Dieu a rappel\u00e9 trois de mes gar\u00e7ons. Aujourd\u2019hui, il me reste donc un gar\u00e7on et quatre filles: Raynald, Danielle, Nancy, France et Mona. Ce sont des enfants merveilleux que j\u2019adore. De mes cinq enfants, j\u2019ai sept beaux petits-enfants, trois filles et quatre gar\u00e7ons et mes deux arri\u00e8re-petits-enfants ch\u00e9ris, Rapha\u00ebl et Ma\u00efna, qui font ma fiert\u00e9. Nous sommes tr\u00e8s unis et tr\u00e8s heureux. C\u2019est le bonheur parfait. Merci mon Dieu!<\/p><br><p>Je veux avant de finir, remercier mes fr\u00e8res et s\u0153urs pour tout l\u2019amour qu\u2019ils m\u2019ont apport\u00e9. Sans eux, je ne sais o\u00f9 je serais aujourd\u2019hui.<\/p><p><br><\/p>\n<br><p style=\"text-align: center;\">Quand je revois ma vie pass\u00e9e, je ne regrette rien.<\/p>&nbsp;<p style=\"text-align: center;\">Quelques notes biographiques de Jeanine<\/p><br><p style=\"text-align: center;\">Lieu de naissance:<\/p><p style=\"text-align: center;\">Mistassini<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Jeunesse:<\/p><p style=\"text-align: center;\">J\u2019ai aim\u00e9 ma jeunesse<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">\u00c9tudes:<\/p><p style=\"text-align: center;\">Universit\u00e9 de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Moment marquant de vie:<\/p><p style=\"text-align: center;\">Perdre mon fils de 17 ans (Marco)<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Gens importants:<\/p><p style=\"text-align: center;\">Fr\u00e8res et s\u0153urs, papa, maman.<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Ma plus grande r\u00e9ussite:<\/p><p style=\"text-align: center;\">Mes enfants.<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Mon plus grand d\u00e9sir:<\/p><p style=\"text-align: center;\">Rester en sant\u00e9 et heureuse.<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Message \u00e0 tous:<\/p><p style=\"text-align: center;\">Souhait de sant\u00e9, d\u2019amour, de joie et d\u2019argent.<\/p><br><p style=\"text-align: center;\">Jeanine<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Huguette<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Pour une autre fois, je viens tenter, avec beaucoup d\u2019affection et de tendresse, de brosser quelques tableaux de la vie de notre s\u0153ur Huguette qui nous a quitt\u00e9s il y a bien longtemps.<\/p><br><p>Du plus loin que je me souvienne, Huguette fut, sans que nous nous en rendions compte, un pilier indispensable \u00e0 la poursuite de notre \u00e9volution familiale et ce, quelques ann\u00e9es avant et apr\u00e8s la mort de papa.<\/p><br><p>Naturellement, elle s\u2019est impliqu\u00e9e dans toutes les t\u00e2ches indispensables \u00e0 la bonne marche de notre petit royaume d\u00e9pourvu de roi.<\/p><br><p>L\u2019\u00e9cole, le bois de chauffage, le train \u00e0 l\u2019\u00e9table, le poulailler, elle r\u00e9pondait \u00e0 tous les imp\u00e9ratifs de la situation avec un courage et une responsabilit\u00e9 \u00e0 nulle autre pareille. Elle veillait \u00e0 la survie de tous. Personne ne lui avait demand\u00e9, elle savait ce qui \u00e9tait essentiel.<\/p><br><p>Jamais une plainte, jamais un reproche; c\u2019\u00e9tait le don de soi perp\u00e9tuel.<\/p><br><p>Son sourire parlait pour elle.<\/p><br><p>Elle fut de toutes les corv\u00e9es: bleuets, jardin, patates et toutes les t\u00e2ches domestiques.<\/p><br><p>Si j\u2019avais \u00e0 la comparer \u00e0 quelqu\u2019un, ce serait \u00e0 cette bonne religieuse qui, dans le silence par ses actes invisibles et humbles, soutient l\u2019ensemble de ses compagnes occup\u00e9es \u00e0 des activit\u00e9s plus intellectuelles si l\u2019on peut dire.<\/p><br><p>Je crois qu\u2019Huguette, par sa simplicit\u00e9, son don de soi, f\u00fbt pour nous un exemple que nous n\u2019avons pas toujours suivi, mais qui a marqu\u00e9 bon nombre d\u2019entre nous qui avons \u00e9pous\u00e9 ses belles qualit\u00e9s.&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">Plusieurs iront jusqu\u2019\u00e0 dire que je suis en train d\u2019en faire une sainte. Nullement, je fus t\u00e9moin de la vie exemplaire, d\u00e9pourvue d\u2019\u00e9go\u00efsme et de mesquinerie de notre s\u0153ur et je suis heureux de le relater.<\/span><\/p><br><p>Ayant \u00e9t\u00e9 son bras droit dans beaucoup de ses occupations, je puis r\u00e9v\u00e9ler avec le plus grand respect \u00e0 quel point Huguette vivait presqu\u2019exclusivement pour les autres sans demander en retour.<\/p><br><p>Dot\u00e9e d\u2019une sensibilit\u00e9 hors du commun, un rien la faisait rire ou pleurer. Cette sensibilit\u00e9 lui faisait deviner facilement les besoins d\u2019attention de son entourage et soutenir ceux qui en avaient besoin.<\/p><br><p>Qui nous a procur\u00e9 nos premiers skis \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se? Huguette.<\/p><br><p>Qui nous a apport\u00e9 notre premier Tintin (Tintin en Am\u00e9rique)? Huguette.<\/p><br><p>Qui, \u00e0 plusieurs reprises nous est arriv\u00e9e avec un v\u00eatement neuf sans que nous lui ayons demand\u00e9? Huguette.<\/p><br><p>Qui \u00e9tait si proche de maman et de nous? Huguette.<\/p><br><p>Tu dois rougir au paradis, ma grande s\u0153ur! Nous sommes tous fiers de toi!<\/p><br><p>Elle s\u2019est unie \u00e0 Gonzague Canuel et je crois que cette union f\u00fbt des plus heureuses. Quatre enfants naquirent de cette union: Sylvie, Gilles, Denis et Alain. Tous de beaux enfants d\u00e9brouillards et pleins de vie, de quoi \u00eatre fiers!<\/p><br><p>Son grand bonheur \u00e9tait de recevoir toute notre famille dans sa maison au Jour de l\u2019An. Son sourire r\u00e9v\u00e9lait, alors, la joie qu\u2019elle \u00e9prouvait.<\/p><br><p>Sa vie fut si intense qu\u2019elle se termina tr\u00e8s t\u00f4t; encore jeune elle fut accabl\u00e9e d\u2019une maladie incurable qu\u2019elle ne put surmonter. Elle prit le transport pour l\u2019au-del\u00e0 au cours de l\u2019ann\u00e9e 1973 o\u00f9 elle fut re\u00e7ue en grandes pompes, j\u2019en suis convaincu.<\/p><br><p>Quels beaux souvenirs tu nous laisses, ch\u00e8re s\u0153ur!<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Jean-Guy<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Lucette<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Il me fait un immense plaisir de cr\u00e9er un espace dans le livre familial \u00e0 une s\u0153ur pour laquelle j\u2019ai toujours eu une immense admiration et un grand respect.<\/p><br><p>Lucette est n\u00e9e \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se le 22 ao\u00fbt 1939. C\u2019est dans la maison familiale qu\u2019elle fit ses premiers pas. Du plus loin que je me souvienne, Lucette a \u00e9t\u00e9 une s\u0153ur adorable, sensible et pleine de myst\u00e8res. Silencieuse, \u00e0 l\u2019\u00e9coute, r\u00e9serv\u00e9e, elle avait une personnalit\u00e9 bien \u00e0 elle en plus de poss\u00e9der un caract\u00e8re capable de passer \u00e0 travers les plus grandes temp\u00eates.<\/p><br><p>Elle fit partie de toutes les activit\u00e9s familiales: entretien du jardin, cueillette des bleuets, ramassage des patates et j\u2019en passe. Je m\u2019aper\u00e7ois, aujourd\u2019hui, qu\u2019au cours de toutes ces activit\u00e9s, Lucette \u00e9tait toujours l\u00e0, silencieuse, effac\u00e9e et pourtant si pleine de chaleur et d\u2019\u00e9coute.<\/p><br><p>Elle fut de celles qui, par leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, ont permis \u00e0 maman de r\u00e9ussir \u00e0 rendre sa petite marmaille \u00e0 maturit\u00e9. Nous devons reconna\u00eetre qu\u2019elle, aussi, f\u00fbt d\u2019une aide pr\u00e9cieuse \u00e0 la poursuite de la croissance de notre famille sur tous les plans.<\/p><br><p>L\u2019amour l\u2019a rejointe en la personne d\u2019Yves Dumais. Son mariage eut lieu le 12 ao\u00fbt 1961. Comme toutes les jeunes filles du temps, elle \u00e9tait fi\u00e8re de pr\u00e9senter son amoureux \u00e0 sa famille. De cette union naquirent deux beaux enfants, Denis et Johanne.<\/p><br><p>Je me rends compte aujourd\u2019hui en \u00e9crivant les souvenirs que j\u2019ai de notre s\u0153ur, \u00e0 quel point elle eut une vie remplie d\u2019exp\u00e9riences bouleversantes qui auraient d\u00e9rout\u00e9 la majorit\u00e9 des \u00eatres humains:&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">l\u2019accident survenu \u00e0 son mari, en pleine force de l\u2019\u00e2ge qui transforma&nbsp;<\/span>\u00e0 jamais la vie de sa petite famille, la pr\u00e9carit\u00e9 de sa vie financi\u00e8re, les responsabilit\u00e9s plus grandes les unes que les autres ont fait d\u2019elle la championne de la t\u00e9nacit\u00e9 et du courage. Tout cela dans une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et un silence \u00e0 couper le souffle de ceux qui se plaignent pour des riens.<\/p><br><p>Je me rappelle son sourire plein d\u2019amour et de chaleur, ses yeux verts regardant presque \u00e0 travers les gens, le temps et l\u2019espace. D\u2019o\u00f9 \u00e9tait-elle sortie pour poss\u00e9der toutes ces ressources, ces pouvoirs?<\/p><br><p>Souvenons-nous cette attitude physique qui la caract\u00e9risait: quand elle voulait relaxer, elle croisait les jambes, y d\u00e9posait un coude, et appuyait sa t\u00eate dans la paume de sa main, ensuite elle allumait lentement une cigarette qu\u2019elle savourait religieusement. Elle \u00e9tait avec nous et semblait toucher un bonheur qui n\u2019appartient qu\u2019au moment pr\u00e9sent.<\/p><br><p>Souvenons-nous de sa belle complicit\u00e9 avec Colette. Ins\u00e9parables, elles ont \u00e9t\u00e9 des compagnes de r\u00eaves, de leur jeunesse paisible \u00e0 Forestville, de leurs r\u00eaves, de leurs amours\u2026<\/p><br><p>On pourrait croire que nos deux s\u0153urs avaient le m\u00eame temp\u00e9rament; pourtant non; autant l\u2019une \u00e9tait pleine de feu, je vous laisse le loisir de deviner qui, autant l\u2019autre \u00e9tait remplie de r\u00eaves et de silences.<\/p><br><p>Lucette apprit, jeune encore, qu\u2019elle \u00e9tait atteinte d\u2019un cancer incurable. Combien d\u2019entre nous se seraient r\u00e9volt\u00e9s! Elle tourna les yeux encore une fois vers l\u2019avenir et passa avec un immense succ\u00e8s la derni\u00e8re \u00e9preuve que lui r\u00e9servait la vie. Certains luttent jusqu\u2019\u00e0 la toute fin contre la mort, Lucette alla \u00e0 sa rencontre sans peur et sut peut-\u00eatre, s\u2019en faire une amie. Elle nous quitta le 22 mars 1989.<\/p><br><p>Je me rends compte, aujourd\u2019hui que nous avons eu la chance d\u2019\u00eatre entour\u00e9s d\u2019\u00eatres d\u2019exception; peut-\u00eatre sommes-nous du nombre.<\/p><br><p>Au revoir grande s\u0153ur!<\/p><p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Jean-Guy<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Colette<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Je me nomme Colette, huiti\u00e8me enfant d\u2019Eug\u00e8ne Fillion et d\u2019Antoinette Langlois.<\/p><br><p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par habitude: mes parents avaient comme objectif d\u2019avoir un enfant ou deux par ann\u00e9e et me voil\u00e0. Si ce n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 moi, \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 un autre.<\/p><br><p>Mon arriv\u00e9e dans la famille fut le 2 octobre 1940. C\u2019\u00e9tait en automne, \u00e0 la joie de tous, car j\u2019\u00e9tais un bijou de b\u00e9b\u00e9! Ma petite enfance de z\u00e9ro \u00e0 trois ans fut tr\u00e8s bien puisque je ne me rappelle de rien.<\/p><br><p>Les ann\u00e9es suivantes furent aussi tr\u00e8s bien, car tous les autres avant moi avaient fait le travail. Alors, je me suis amus\u00e9e et j\u2019ai r\u00eav\u00e9 sur notre petite terre que je trouvais tr\u00e8s grande et confortable.<\/p><br><p>Vinrent ensuite les \u00e9tudes. J\u2019ai fait de petites \u00e9tudes, car je trouvais la vie trop int\u00e9ressante en dehors de l\u2019\u00e9cole. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 l\u2019\u00e2ge de treize ans et j\u2019ai termin\u00e9 \u00e0 soixante ans. Bonne moyenne, je trouve.<\/p><br><p>\u00c0 dix-neuf ans, j\u2019ai rencontr\u00e9 mon \u00e2me s\u0153ur en R\u00e9jean Pelletier, un tr\u00e8s beau mec. Nous nous sommes aim\u00e9s, fait de gros c\u00e2lins et nous nous sommes mari\u00e9s, en l\u2019\u00e9glise de Forestville, le 21 juillet 1962, accompagn\u00e9s de parents et amis. De cette union sont n\u00e9s deux gentils enfants: Pierre, en 1963 et Danielle en 1965. M\u00eame, dans mes r\u00eaves les plus fous, je n\u2019avais \u00e9t\u00e9 plus heureuse.<\/p><br><p>Par la suite, ce fut la valse des sous; il fallait bien penser \u00e0 notre avenir et nos vieux jours. Travailler, travailler, amasser, encore amasser sans penser \u00e0 autre chose, car apr\u00e8s toute la t\u00e2che, on \u00e9tait trop fatigu\u00e9s\u2026 Nous avons pass\u00e9 par la restauration, car le p\u00e8re de R\u00e9jean \u00e9tait propri\u00e9taire du Restaurant Chez Pierre. Ensuite, nous sommes devenus commer\u00e7ants \u00e0 notre tour et nous avons poss\u00e9d\u00e9 plusieurs commerces: Boutique de sports \u2022 Garage Clermont \u2022 Boutique de v\u00eatements Elle et lui.<\/p><br><p>J\u2019ai assum\u00e9 la direction de la boutique de v\u00eatements pendant 25 ann\u00e9es. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai acquis un si beau caract\u00e8re, docile, doux, gentil\u2026<\/p><br><p>Et la retraite, il ne faut pas s\u2019en faire avec \u00e7a. C\u2019est comme l\u2019arr\u00eat de menstruations; tu te demandes quelles chaleurs il reste \u00e0 avoir. Il ne faut pas s\u2019en faire, des surprises de toutes sortes, \u00e7a pleut!<\/p><br><p>Mais il para\u00eet que le meilleur reste \u00e0 venir\u2026 JE VOUS AIME TOUS<\/p><br><p>P.S. Excusez-moi, je suis incapable d\u2019exprimer mes sentiments.<\/p><p><em><strong><br><\/strong><\/em><\/p><p style=\"text-align: right;\"><em><strong>Colette<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Jean-Guy<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Une vie parmi quinze autres, la mienne:<\/p><br><p>Je me nomme Jean-Guy, fils d\u2019Antoinette et Eug\u00e8ne. Je suis n\u00e9 le 17 juin 1942, au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9. Mes parrain et marraine furent Ir\u00e8ne et Marcel, les deux a\u00een\u00e9s de la famille. J\u2019ai eu la chance de na\u00eetre le neuvi\u00e8me \u00e0 la suite de quatre s\u0153urs cons\u00e9cutives: Jeanine, Huguette, Lucette et Colette. J\u2019imagine le regard attendri de ces petites et grandes s\u0153urs voyant arriver enfin un gar\u00e7on!<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n<h2>1er Partie<\/h2>\n<h3>Ma petite enfance<\/h3><br><p>La petite enfance de chacun \u00e9tait pareille et le chemin \u00e0 parcourir fut le m\u00eame pour tous, fr\u00e8res et s\u0153urs. La premi\u00e8re ann\u00e9e se passait, sans rel\u00e2che, puisqu\u2019il y avait toujours des nouveaux-n\u00e9s dans la m\u00eame couchette plac\u00e9e pr\u00e8s du lit de nos parents. Ce fut mon cas et Mado, je ne me souviens pas de sa f\u00e9condation, vint immanquablement usurper ma place de choix pour m\u2019expulser au deuxi\u00e8me \u00e9tage, dans une couchette plus grande dans la chambre de Jeanine et Huguette. C\u2019est vers l\u2019\u00e2ge de trois ans, environ, que je me retrouvai dans le lit de Bertrand. Quelques ann\u00e9es plus tard, je fus gratifi\u00e9, avec Jean-Marie et Yvon, d\u2019une vraie chambre. Je me rappelle que je dormais avec Jean-Marie, alors qu\u2019Yvon occupait une large couchette au coin de la chambre.<\/p><br><p>Je trouve important de le souligner, je m\u2019en rappelle comme si c\u2019\u00e9tait hier, qu\u2019\u00e0 notre naissance, nous recevions tous, en cadeau, une&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">paillasse gonfl\u00e9e de paille fra\u00eeche servant de matelas tant et aussi longtemps que nous n\u2019\u00e9tions pas propres. Comme ce matelas de fortune devenait d\u2019une minceur alarmante avec le temps, je vous prie de croire \u00e0 la propret\u00e9 h\u00e2tive de chacun de nous.<\/span><\/p><br><p>Je dois avouer que mes premi\u00e8res ann\u00e9es ont presque enti\u00e8rement disparu de ma m\u00e9moire. Seuls quelques \u00e9v\u00e9nements sont remont\u00e9s \u00e0 la surface. Je me souviens clairement de l\u2019hiver o\u00f9 je fus assailli par une bizarre maladie qui me cloua au lit de nombreuses semaines. Il me reste un vague souvenir de grande faiblesse et d\u2019\u00e9vanouissements fr\u00e9quents. Ce fut la lev\u00e9e de boucliers, car les soins et la vigilance de chacun r\u00e9ussirent \u00e0 me remettre sur pieds. La garde-malade incita maman \u00e0 m\u2019envoyer jouer dehors le plus souvent possible pour me refaire des forces. Ce fut la meilleure solution.<\/p><br><h3>Mon enfance<\/h3><br><p>Vers l\u2019\u00e2ge de quatre ou cinq ans, je r\u00e9alisai que l\u2019on ne m\u2019avait pas encore coup\u00e9 les cheveux. Maman s\u2019amusait \u00e0 me faire des boudins et s\u2019enorgueillissait de me voir courir ainsi. \u00c0 cet \u00e2ge, je ne portais pas grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 mes cheveux, jusqu\u2019au jour o\u00f9 on d\u00e9cida de les couper. Dans ma t\u00eate d\u2019enfant, je croyais que le fait de tondre une t\u00eate \u00e9tait des plus douloureux. On m\u2019assit sur une chaise haute, maman trouva le premier chiffon disponible, un vieux cale\u00e7on de papa, me l\u2019enroula autour du cou et, malheureusement pour elle, elle se retourna pour prendre ses ciseaux ce qui me permit de m\u2019enfuir pouss\u00e9 par la peur. Je me retrouvai, en larmes, pr\u00e8s du cran \u00e0 travers les broussailles lorsque, subitement, je fus saisi par mes grandes s\u0153urs qui me ramen\u00e8rent manu militari sur ma chaise haute, au pilori. L\u2019op\u00e9ration fut de courte dur\u00e9e et \u00e0 travers les larmes, je voyais tomber une partie de moi au sol et sur le cale\u00e7on de papa. Je ne sais pas si c\u2019est le regret ou pour garder un agr\u00e9able souvenir, maman accrocha un de mes boudins pr\u00e8s de l\u2019horloge. Celui-ci disparut avec mon enfance.<\/p><br><p>Papa m\u2019avait accueilli \u00e0 bras ouverts et m\u2019amenait avec lui sur les chantiers de chemins de campagne. Assis pr\u00e8s de lui dans la petite cal\u00e8che, nous faisions l\u2019inspection des travaux, plusieurs fois par semaine. Ce fut une belle p\u00e9riode de complicit\u00e9 qui ne dura qu\u2019un \u00e9t\u00e9.<\/p><br><p>D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de six ans, \u00e0 la fin de juin 48, mes s\u0153urs prirent la responsabilit\u00e9 de m\u2019initier \u00e0 l\u2019\u00e9cole avant que l\u2019ann\u00e9e scolaire ne finisse, puisque je commencerais \u00e0 fr\u00e9quenter la m\u00eame \u00e9cole d\u00e8s septembre. Elles m\u2019amen\u00e8rent donc une journ\u00e9e dans ce haut lieu du savoir qu\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9cole du rang 7. Ce fut au cours du m\u00eame printemps que la grange et l\u2019\u00e9table furent \u00e9rig\u00e9es au bout de la cour. Ce fut pour moi et peut-\u00eatre pour mes fr\u00e8res et s\u0153urs une \u0153uvre monumentale. Je ressentais une grande fiert\u00e9 en regardant ce monument et je crois que papa devait vibrer de joie devant ce r\u00eave enfin r\u00e9alis\u00e9.<\/p><br><h3>L\u2019\u00e9cole<\/h3><br><p>L\u2019\u00e9cole de rang ne fait surgir aucun souvenir extraordinaire. Je revois cette cohorte d\u2019enfants, dont je faisais partie, parcourir le chemin rocailleux ou enneig\u00e9 selon la saison, pour entrer dans un lieu exigu o\u00f9 tr\u00f4nait une ma\u00eetresse qui d\u00e9versait son savoir \u00e0 tour de bras, car nous n\u2019\u00e9tions pas tous pr\u00eats \u00e0 entrer dans le monde du savoir. Il y en a m\u00eame qui avaient certaines r\u00e9ticences face au savoir. Ces ma\u00eetresses nous arrivaient souvent du bout du monde. Pour ma part, cela me faisait r\u00eaver en imaginant un monde inconnu et toujours merveilleux l\u00e0 sur la m\u00eame plan\u00e8te; Sainte-Th\u00e9r\u00e8se \u00e9tant notre seul univers connu.<\/p><br><p>J\u2019aimerais pouvoir dire que les \u00e9tudes primaires furent pour moi le d\u00e9but d\u2019une vie intellectuelle d\u00e9bordante, ce ne fut pas le cas. Dans une classe \u00e0 six niveaux o\u00f9 l\u2019on passait d\u2019une mati\u00e8re \u00e0 l\u2019autre selon les besoins de chaque degr\u00e9, j\u2019ai vite compris que je ne pouvais pas tout apprendre, puisque j\u2019\u00e9coutais tout l\u2019enseignement dispens\u00e9. J\u2019appris, au moins \u00e0 lire, \u00e9crire, compter, les pri\u00e8res, l\u2019histoire sainte et surtout \u00e0 r\u00eaver.<\/p><br><h3>Le chien \u00e0 Raymond Savard<\/h3><br><p>Les \u00e9l\u00e8ves de premi\u00e8re ann\u00e9e avaient la chance de finir la classe une demi-heure plus t\u00f4t que les autres. J\u2019\u00e9tais le seul \u00e9l\u00e8ve de premi\u00e8re \u00e0 retourner vers la maison paternelle. J\u2019aimais faire ce trajet, insouciant du temps, d\u00e9j\u00e0 perdu dans mes r\u00eaves. Ce trajet qui me permettait tant de d\u00e9couvertes et de r\u00eaveries se transforma en une \u00e9preuve insurmontable. En effet, le chien de Raymond Savard, qui avait l\u2019habitude de japper sur mon passage, un jour s\u2019approcha de moi qui&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">\u00e9tais heureux de le caresser et, sans crier gare, il me mordit \u00e0 la fesse. Je fus effray\u00e9 par ce monstre et le reste de l\u2019ann\u00e9e, je m\u2019arr\u00eatais \u00e0 bonne distance de ce danger et j\u2019attendais les plus grands pour rentrer chez nous. Cette p\u00e9riode fut le d\u00e9but d\u2019une m\u00e9fiance indescriptible envers les chiens qui durera toute ma vie.<\/span><\/p><br><h3>Quel gribouillis<\/h3><br><p>J\u2019\u00e9tais en quatri\u00e8me ann\u00e9e lorsque papa d\u00e9buta son interminable maladie. Les t\u00e2ches de la petite ferme demandant plus de main-d\u2019\u0153uvre, je fus mis \u00e0 contribution pour accomplir ces t\u00e2ches avec Huguette. \u00c0 nous deux, nous parvenions \u00e0 nourrir les deux chevaux, les trois vaches, les poules, les cochons et nettoyer l\u2019\u00e9table et le poulailler. Il faut aussi penser au bois de chauffage qu\u2019il fallait rentrer \u00e0&nbsp;chaque jour. La maladie de notre p\u00e8re et tous les travaux ont sans doute contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec de ma quatri\u00e8me ann\u00e9e; ce ne fut une catastrophe pour personne, occup\u00e9s que nous \u00e9tions par les malheurs de papa et la vie intense qui s\u2019installait entre nos murs.<\/p><br><p>\u00c0&nbsp;mes dix ans, le d\u00e9c\u00e8s de papa est venu chambarder encore plus notre vie qui jadis avait \u00e9t\u00e9 si paisible. Huguette ayant trouv\u00e9 un travail non loin de chez nous comme aide-familiale, je vis mes t\u00e2ches doubler ainsi que mon d\u00e9sarroi devant l\u2019\u00e9normit\u00e9 qui s\u2019\u00e9rigeait devant moi. Sensible \u00e0 la d\u00e9tresse g\u00e9n\u00e9rale, je me suis efforc\u00e9 de remplacer papa, tant bien que mal, dans une solitude \u00e9trange, accroch\u00e9e, \u00e0 ma survie, \u00e0 celle des autres et \u00e0 mes petits r\u00eaves. Des r\u00eaves les plus simples et les plus primaires qui se r\u00e9sumaient \u00e0 faire plaisir \u00e0 maman, par cons\u00e9quent \u00e0 tout le monde. Je n\u2019avais pas le temps d\u2019\u00eatre malheureux ou d\u00e9courag\u00e9, j\u2019\u00e9tais engag\u00e9 corps et \u00e2me dans un incontournable tourbillon.<\/p><br><p>C\u2019est au cours de cette p\u00e9riode qu\u2019a commenc\u00e9 la plus salvatrice des connivences. En effet, j\u2019ai commenc\u00e9 avec Yvon et Jean-Marie \u00e0 inventer des jeux, parfois impossibles me permettant de tricher le quotidien. Je pouvais voler, ici et l\u00e0, avec eux, des parcelles d\u2019enfance qui m\u2019\u00e9taient indispensables.<\/p><br><p>Dans le tourbillon qui entra\u00eenait toute la famille, je ne pouvais compter sur la gratitude ou la reconnaissance de quiconque. C\u2019est pourquoi \u00e0 certains moments j\u2019\u00e9prouvais de la r\u00e9volte et il m\u2019arrivait de crier mon inconfort int\u00e9rieur et de me d\u00e9fouler en secret dans la solitude de l\u2019\u00e9table. Cela avait un effet apaisant et les vaches toujours aussi calmes semblaient me dire \u00e0 travers leurs grands yeux qu\u2019elles me comprenaient et que \u00e7a passerait; \u00abCe n\u2019est pas la fin du monde\u00bb semblaient-elles dire.<\/p><br><h3>Un chien dangereux<\/h3><br><p>On pourra dire que cette p\u00e9riode de ma vie fut \u00e9trange, elle fut aussi d\u00e9terminante, je le crois, pour tout le reste de mon existence. Il est un \u00e9v\u00e9nement que je voulais passer sous silence, puisque tragique \u00e0 souhait. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de le raconter quand m\u00eame, car il marque un point culminant dans ma vie d\u2019enfant. Au cours de l\u2019hiver qui suivit la mort de papa, on d\u00e9cida que je conduirais les plus jeunes \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec le chien de tra\u00eeneau. J\u2019\u00e9tais content de le faire, surtout que cela me permettait d\u2019aller d\u00eener \u00e0 la maison. Pour mon chien, cela ne prenait que quelques minutes \u00e0 parcourir la distance jusqu\u2019\u00e0 la maison. Un jour, un de mes amis, Roger Savard, me demanda de monter avec moi pour se rendre chez ses parents qui demeuraient sur mon chemin. Je fus heureux d\u2019accepter sa demande et nous voil\u00e0 partis, entra\u00een\u00e9s par mon valeureux chien. Au retour, je le ramenai avec moi vers l\u2019\u00e9cole. Rendu sur les lieux, j\u2019enlevai l\u2019attelage du chien et l\u2019attachai \u00e0 la cl\u00f4ture entourant l\u2019\u00e9cole lorsque celui-ci bondit vers Roger qui \u00e9tait tout pr\u00e8s et d\u2019un coup de dents, lui arracha enti\u00e8rement le nez. Ce fut si subit et intense que je restai un moment stup\u00e9fait. Je voyais mon ami terroris\u00e9, immobile, le visage ravag\u00e9, combien de secondes se sont \u00e9coul\u00e9es avant que je l\u2019empoigne par le bras pour le conduire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, je ne le sais pas. Nous \u00e9tions tous les deux en \u00e9tat de choc. Tous les autres \u00e9l\u00e8ves, retourn\u00e9s par le spectacle qui se d\u00e9roulait devant eux, semblaient eux aussi paralys\u00e9s que nous. Ce n\u2019est que quelques minutes plus tard, alors que notre institutrice revint de son repas, que le temps reprit son cours. Nerveuse, elle \u00e9tendit Roger sur un banc et recouvrit sa blessure d\u2019une serviette humide. Aussi accabl\u00e9e que nous, elle se tourna vers moi, le responsable de toute&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">cette catastrophe, et m\u2019ordonna d\u2019aller chercher la garde-malade au village. Je partis donc \u00e0 pied, le c\u0153ur en lambeaux, vers le village. J\u2019avais environ cinq milles \u00e0 parcourir avant d\u2019y arriver. Apr\u00e8s avoir parcouru une bonne distance, un des r\u00e9sidents du rang qui travaillait le long de la route s\u2019inqui\u00e9tant de voir un enfant marcher seul sur le chemin me demanda o\u00f9 j\u2019allais et si j\u2019avais besoin d\u2019aide. Apr\u00e8s lui avoir racont\u00e9 en bref et en pleurant la catastrophe, il attela son cheval et me conduisit au village. Le retour se fit avec la garde-malade, en snowmobile. Roger repartit avec elle sur-le-champ et nous ne le rev\u00eemes plus de l\u2019ann\u00e9e scolaire.<\/span><\/p><br><p>Quand vint le moment de retourner \u00e0 la maison ce soir-l\u00e0, je n\u2019osais m\u2019approcher de mon chien, car j\u2019en avais peur. Un voisin vint l\u2019atteler pour moi. Arriv\u00e9 \u00e0 la maison, je le d\u00e9telai avec m\u00e9fiance, l\u2019attachai \u00e0 sa niche et m\u2019empressai de m\u2019\u00e9loigner de lui.<\/p><br><p>Le lendemain, un voisin vint trouver maman et lui offrit de tuer l\u2019animal. Ce fut la fin des chiens de tra\u00eeneau pour notre famille. Le souvenir de cette catastrophe m\u2019est toujours rest\u00e9 pr\u00e9sent en m\u00e9moire. Depuis ce temps, \u00e0 chaque fois que je me rem\u00e9more ce triste \u00e9v\u00e9nement, le trouble que j\u2019ai v\u00e9cu ce jour-l\u00e0 m\u2019envahit, et je pense \u00e0 Roger, cette pauvre victime du service que j\u2019ai voulu lui rendre ce midi-l\u00e0.<\/p><br><p>Quelque temps plus tard, son p\u00e8re et sa m\u00e8re vinrent rencontrer maman. Marcel \u00e9tait pr\u00e9sent \u00e0 la rencontre. Ils \u00e9taient venus demander une compensation financi\u00e8re pour le tort et les d\u00e9penses caus\u00e9s par ce tragique \u00e9v\u00e9nement. Aussi pauvres que nous, ils se rendirent vite compte que nous ne pouvions r\u00e9pondre positivement \u00e0 leur demande. Sans amertume, ils repartirent le c\u0153ur rempli de tristesse.<\/p><br><p>Roger v\u00e9cut, semble-t-il, une vie heureuse. Je le revis \u00e0 une occasion et je n\u2019osai lui parler. Le temps avait pass\u00e9 et il ne m\u2019a pas reconnu. J\u2019aurais aim\u00e9 lui exprimer mes regrets, mais les souvenirs me bouleversaient encore trop, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es. J\u2019ai appris qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 au cours des ann\u00e9es 2000. Son souvenir n\u2019est pas mort avec lui, pour moi\u2026<\/p><br><h3>Une mouvance indescriptible<\/h3><br><p>Il ne me serait pas venu \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019un jour nous quitterions ma terre natale. Cependant, ce moment arriva si subitement qu\u2019il me semble que, du jour au lendemain, nous quittions pour une nouvelle terre d\u2019accueil qui se nommait Paul-Baie, \u00e0 quelques milles de Forestville.<\/p><br><p>Toute cette importante \u00e9tape de notre histoire s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e comme dans un r\u00eave. Je fus conquis par ce nouvel univers. Que de choses \u00e0 d\u00e9couvrir! Les responsabilit\u00e9s \u00e9taient encore l\u00e0, mais moins d\u00e9rangeantes puisque je les avais transform\u00e9es en jeu, en d\u00e9fis personnels. Je d\u00e9couvris aussi l\u2019\u00e9cole du village; l\u00e0, je me suis rendu compte qu\u2019il m\u2019\u00e9tait facile d\u2019apprendre. Je pus, au cours de ces trois ann\u00e9es r\u00e9ussir mon primaire de fa\u00e7on plus qu\u2019excellente et r\u00eaver \u00e0 des \u00e9tudes plus avanc\u00e9es, comme le cours classique.<\/p><br><h3>Fin d\u2019une \u00e9tape<\/h3><br><p>Ici s\u2019ach\u00e8ve une \u00e9tape qui fut sans doute d\u00e9terminante dans ma vie. \u00c0 68 ans, je revis toutes ces p\u00e9rip\u00e9ties et je per\u00e7ois que rien n\u2019est impossible quand on le veut r\u00e9ellement. Je pense \u00e0 tous mes proches qui, eux aussi, ont d\u00fb se surpasser jour apr\u00e8s jour pour atteindre leur but. Je pense aussi \u00e0 tous ces \u00eatres qui sont all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 perdre la vie pour les leurs et ce que j\u2019ai v\u00e9cu n\u2019est rien. J\u2019ai peur de vous avoir ennuy\u00e9s avec mes mis\u00e8res r\u00e9p\u00e9t\u00e9es et ma triste vie. Il ne faut pas croire que mon enfance fut une p\u00e9riode sombre de mon passage sur terre. Au contraire, j\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 cette \u00e9tape comme une exp\u00e9rience r\u00e9ussie avec succ\u00e8s. Ce fut une p\u00e9riode de hautes tensions. Dieu merci, je n\u2019\u00e9tais pas seul. Des \u00eatres extraordinaires m\u2019entouraient et me guidaient par leur exemple de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de courage. Maman, papa, mes fr\u00e8res et s\u0153urs, et tous ceux qui en silence vivaient les m\u00eames mis\u00e8res que nous. Le rang 7 en \u00e9tait rempli. Je comprends qu\u2019en ces temps, la lutte \u00e9tait f\u00e9roce pour tous; voil\u00e0 qu\u2019apr\u00e8s coup, ce combat contre l\u2019adversit\u00e9 s\u2019est amenuis\u00e9 pour faire place \u00e0 nos victoires personnelles et collectives. Malgr\u00e9 ce semblant de jeunesse manqu\u00e9e, je suis des plus heureux de ce qui m\u2019est arriv\u00e9, au prix d\u2019un petit bout de vie, mon enfance.<\/p><br>\n\n\n\n\n\n\n<h2><span>2e partie<\/span><br><\/h2>\n<p>Me voil\u00e0 engag\u00e9 sur une voie totalement inconnue, celle des \u00e9tudes classiques. J\u2019ai treize ans, je suis en septi\u00e8me ann\u00e9e et notre excellent professeur M. Blais, qui eut sans le savoir une influence des plus positives, nous informe qu\u2019il existe \u00e0 Hauterive un coll\u00e8ge, fond\u00e9 depuis quatre ans, qui re\u00e7oit les \u00e9tudiants ayant r\u00e9ussi avec grand succ\u00e8s leur dipl\u00f4me de 7e ann\u00e9e. Sans plus d\u2019informations, je me mis \u00e0<span>\t<\/span>r\u00eaver d\u2019\u00e9tudes sup\u00e9rieures sans trop concevoir ce qu\u2019il en co\u00fbterait de poursuivre un tel chemin. Ce d\u00e9sir d\u2019\u00e9tudes avanc\u00e9es ne fit que grandir de jour en jour. Mon malheur \u00e9tait que je ne pouvais r\u00e9v\u00e9ler ce secret, ni \u00e0 ma m\u00e8re, ni \u00e0 quiconque de mon entourage; j\u2019avais peur d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un l\u00e2cheur alors que tous \u00e9taient encore \u00e0 la t\u00e2che pour aider maman \u00e0 surmonter toutes les sortes d\u2019\u00e9preuves v\u00e9cues au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, y compris le manque de ressources financi\u00e8res.<\/p><br><p>Le temps passait et je sentais qu\u2019il fallait poser un geste si je voulais r\u00e9aliser ce r\u00eave. Je d\u00e9cidai donc d\u2019en parler au P\u00e8re Sirois cur\u00e9 de ma paroisse. Il avait fait un cours classique, il me comprendrait assur\u00e9ment. C\u2019est au confessionnal qu\u2019eut lieu la rencontre. Il fut sans doute surpris de voir que mon sac de p\u00e9ch\u00e9s \u00e9tait vide, mais il m\u2019\u00e9couta avec grande attention. Je lui fis part de mon d\u00e9sir de faire un cours classique, que je n\u2019en avais encore parl\u00e9 \u00e0 personne et que j\u2019aimerais avoir son aide.<\/p><br><p>Il me questionna, \u00e0 savoir qui j\u2019\u00e9tais, reconnut en moi le fils de la veuve Fillion et me fixant dans les yeux s\u2019enquit de mes r\u00e9sultats scolaires. Ma r\u00e9ponse fut que mes notes \u00e9taient de 95 % et plus. En souriant, il me demanda si je voulais me confesser pour ce mensonge. J\u2019insistai et lui affirmai que c\u2019\u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9 et il s\u2019en amusa. Il termina en me disant qu\u2019il v\u00e9rifierait mon dossier et qu\u2019il viendrait rencontrer maman pour en discuter. Quel meilleur ambassadeur que le cur\u00e9! Maman \u00e9tait en v\u00e9n\u00e9ration devant lui; la chose \u00e9tait bien amorc\u00e9e.<\/p><br><p>Deux mois \u00e9taient pass\u00e9s depuis ma rencontre avec le cur\u00e9, sans que rien n\u2019arrive et j\u2019avais presque tourn\u00e9 la page sur ce projet qui au fond ne d\u00e9pendait d\u00e9sormais que des autres. Ce genre de projet \u00e9tait peut-\u00eatre trop grand pour moi.<\/p><br><h3>\u00c7a chauffe<\/h3><br><p>Nous \u00e9tions aux premiers jours des vacances d\u2019\u00e9t\u00e9, au d\u00e9but d\u2019un bel apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9. Je marchais dans le sentier forestier face \u00e0 la maison, lorsque je vis arriver le \u00abpick-up\u00bb vert du cur\u00e9. J\u2019aurais voulu \u00e0 ce moment pr\u00e9cis retourner en arri\u00e8re et effacer tout ce projet. La temp\u00eate allait commencer, les questionnements, les doutes, la confrontation et peut \u00eatre l\u2019\u00e9chec. Je savais que je ne serais plus ma\u00eetre de mon secret, donc \u00abpasser au cash\u00bb pour emprunter cette expression. \u00c0 ce moment, j\u2019avais presque honte de divulguer un d\u00e9sir, une volont\u00e9 personnelle touchant autant d\u2019aspects de notre petite collectivit\u00e9, ce qui ne m\u2019\u00e9tait jamais arriv\u00e9. Je me sentais sur le moment presque coupable.<\/p><br><p>Le cur\u00e9 quitta la maison environ une demi-heure plus tard. Je savais d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 que je devais faire face \u00e0 la musique.<\/p><br><p>Je laissai passer un peu de temps et je rentrai \u00e0 la maison sans laisser voir que j\u2019avais vu sortir le cur\u00e9. La porte \u00e0 peine ouverte, maman m\u2019apostropha ainsi: \u00abLe cur\u00e9 sort d\u2019ici, il para\u00eet que tu veux faire autrement des autres?\u00bb Ce questionnement me fit fr\u00e9mir. Apr\u00e8s m\u2019avoir semonc\u00e9 pour n\u2019en avoir parl\u00e9 avant, et d\u00e9montr\u00e9 que pour elle c\u2019\u00e9tait une surprise de taille, je d\u00e9celais dans son allure une certaine joie, je dirais fiert\u00e9 devant ce qui arrivait. Le cur\u00e9 lui avait annonc\u00e9 qu\u2019un tel projet demanderait des sacrifices de la part de tous et surtout de moi et elle m\u2019en fit part. Ces paroles firent na\u00eetre la peur que le projet ne voie jamais le jour. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je prenais conscience qu\u2019il faudrait payer pour tout \u00e7a et que l\u2019argent pour ce faire n\u2019existait pas. En tous les cas, dit-elle, je ne suis pas en mesure de prendre une telle d\u00e9cision seule, nous attendrons Marcel et Bertrand en fin de semaine pour terminer la r\u00e9flexion.<\/p><br><p>Les quelques jours me s\u00e9parant du verdict final me sembl\u00e8rent tr\u00e8s courts, car je savais que devant Marcel je ne ferais pas le poids et qu\u2019il me retournerait facilement \u00e0 l\u2019envers dans mes v\u00eatements. Il avait un grand c\u0153ur, cependant il n\u2019avait pas encore toute la compassion que j\u2019aurais souhait\u00e9e envers moi. Aussi, avait-il un certain ascendant sur maman. Ce serait s\u00fbrement un moment difficile. J\u2019\u00e9tais pr\u00eat.<\/p><br><p>Le jour du jugement arriva. Maman soumit \u00e0 mes deux grands fr\u00e8res la n\u00e9cessit\u00e9 de discuter de mon cas. Apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 les informations de maman, Marcel m\u2019enjoignit d\u2019attendre dehors pendant qu\u2019une d\u00e9cision serait prise. Je savais le moment crucial. Ma vie \u00e9tait entre leurs mains.<\/p><br><p>On me pria de revenir et on me transmit la d\u00e9cision. \u00abTu peux \u00e9tudier, \u00e0 la condition de payer toi-m\u00eame tes \u00e9tudes\u00bb. Ce verdict venait me faire r\u00e9aliser toute la port\u00e9e de mon r\u00eave: le cadeau que je d\u00e9sirais, je devrais me le payer. Je n\u2019avais pas encore imagin\u00e9 que \u00e7a co\u00fbte des dollars \u00e9tudier: 600 $ par ann\u00e9e de pensionnat, en plus des v\u00eatements neufs, des livres, etc. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je r\u00e9alisais que tout r\u00eave a un prix, en courage ou en argent.<\/p><br><p>Au cours de la m\u00eame fin de semaine, Marcel me d\u00e9crocha un emploi pour toute la p\u00e9riode des vacances. Le lundi suivant d\u00e9buta ce que seraient les huit ann\u00e9es suivantes: dix mois d\u2019\u00e9tudes, deux mois de travail. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s heureux, enfin, de voir qu\u2019une aventure extraordinaire m\u2019attendait et j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 y mettre le prix.<\/p><br><p>Mon premier \u00e9t\u00e9 de travail me rapporta juste assez pour payer les \u00e9tudes et le pensionnat. Ce n\u2019\u00e9tait pas suffisant, car il manquait la somme n\u00e9cessaire \u00e0 acheter les v\u00eatements obligatoires: blazers, pantalons, chemises, cravates, etc.<\/p><br><p>Nous \u00e9tions dans une impasse. Je n\u2019avais rien des v\u00eatements obligatoires. Tout acheter \u00e9quivalait \u00e0 une somme appr\u00e9ciable et personne ne l\u2019avait. Le bon p\u00e8re Sirois vint \u00e0 la rescousse, je le remercie encore. Les hommes d\u2019\u00c9glise ont un don pour rep\u00e9rer les \u00e2mes charitables. Quelques jours plus tard, il avait trouv\u00e9 cette personne qui offrait de d\u00e9frayer cette d\u00e9pense \u00e9norme pour le temps: 250 $. Je remercie cette dame de tout c\u0153ur; elle fit elle aussi partie du miracle qui me permit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la r\u00e9alisation de mon r\u00eave.<\/p><br><p>En l\u2019espace de deux mois, \u00e0 partir d\u2019un simple d\u00e9sir de poursuivre des \u00e9tudes, j\u2019avais fait la d\u00e9couverte des exigences du monde du travail, j\u2019avais r\u00e9alis\u00e9 que tout se paye et surtout j\u2019avais compris l\u2019importance de la bont\u00e9 humaine, apr\u00e8s le don qui m\u2019avait \u00e9t\u00e9 fait. Ces deux mois avaient suffi pour faire basculer toute ma vie d\u2019adolescent. J\u2019avais du&nbsp;<span>mal \u00e0 tout comprendre ce qui m\u2019arrivait. Ce retour dans le pass\u00e9 m\u2019aide \u00e0 le faire. C\u2019est un peu tard pour exprimer ma reconnaissance, mais je le fais quand m\u00eame; MERCI!<\/span><\/p><br><p>Tous les f\u00e9briles pr\u00e9paratifs d\u00e9bouch\u00e8rent enfin sur le d\u00e9part tant attendu et appr\u00e9hend\u00e9: l\u2019immense valise de m\u00e9tal pleine \u00e0 craquer, pr\u00e8s de la porte, des v\u00eatements neufs de la t\u00eate aux pieds, l\u2019inconfort de l\u2019attente du transport \u00e0 l\u2019autobus, tout contribuait \u00e0 cr\u00e9er une atmosph\u00e8re de d\u00e9tachement. D\u00e9j\u00e0, je sentais que nous \u00e9tions rendus au bout de ce que nous avions \u00e0 vivre et \u00e0 dire. Un voile se d\u00e9posait d\u00e9j\u00e0 sur une relation de toujours. Un petit deuil enveloppait cette circonstance remplie de vie et, d\u00e9j\u00e0, de beaux souvenirs.<\/p><br><p>Maman, d\u00e9tendue et souriante comme toujours, remplissait toute la pi\u00e8ce de sa bonne pr\u00e9sence alors que fr\u00e8res et s\u0153urs assistaient curieux sans trop comprendre ce qui se passait. Dans ces occasions, on ne sait pas si l\u2019on vit de la peur, de la peine, du d\u00e9tachement, du vide ou simplement tout \u00e7a \u00e0 la fois.<\/p><br><p>Le klaxon du camion de monsieur Foster vint brusquement interrompre ce silencieux et intense moment, pour m\u2019indiquer qu\u2019il fallait partir. La valise fut plac\u00e9e dans la bo\u00eete arri\u00e8re, je me retournai vers tous ces yeux qui me disaient au revoir, je leur r\u00e9pondis par un sourire maladroit et ce fut le d\u00e9part.<\/p><br><p>Suivis par un nuage de poussi\u00e8re, le parcours jusqu\u2019\u00e0 la ville ne prit que quelques minutes. Mon conducteur d\u00e9posa ma valise devant l\u2019h\u00f4tel des Quatre Chemins et, me saluant en vitesse, il poursuivit sa route. L\u2019h\u00f4tel des Quatre Chemins \u00e9tait un lieu de rendez-vous important pour notre communaut\u00e9. C\u2019\u00e9tait une halte pour les voyageurs de passage, un restaurant appr\u00e9ci\u00e9, un lieu de loisirs pour les jeunes voulant danser et s\u2019amuser, et un arr\u00eat d\u2019autobus pour les voyageurs sans auto. C\u2019\u00e9tait mon cas. Cet \u00e9difice \u00e9tait construit au coin de la route 138 qui longe le fleuve, de Qu\u00e9bec \u00e0 l\u2019autre bout de la C\u00f4te-Nord et de la rue principale du village de Forestville. Ce lieu prit, pour moi une signification particuli\u00e8re: j\u2019\u00e9tais l\u00e0, debout pr\u00e8s de ma valise, dans un sentiment de solitude intense, de silence int\u00e9rieur et dans une absence totale d\u2019\u00e9motions. C\u2019\u00e9tait une \u00e9trange sensation&nbsp;<span>de vide entre un monde que je venais juste de quitter et l\u2019inconnu. Je ne savais pas que plusieurs fois, au cours de ma vie, j\u2019aurais l\u2019impression de me retrouver \u00e0 cet endroit, entre deux mondes.<\/span><\/p><br><p>Le reste du voyage se fit dans un calme bienfaisant, abandonn\u00e9 au moment pr\u00e9sent. Le coll\u00e8ge classique de Hauterive se dressait telle une montagne de granit devant l\u2019autobus. Je fus tr\u00e8s impressionn\u00e9 par le gigantisme de cet \u00e9difice. Il faut dire que je n\u2019avais pas beaucoup sorti.<\/p><br><p>Je restai seul avec ma valise devant la porte. Un \u00e9tudiant s\u2019offrit pour la transporter dans le hall d\u2019entr\u00e9e, le parloir. \u00c0 peine \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, un pr\u00eatre vint \u00e0 moi, se pr\u00e9senta et apr\u00e8s avoir demand\u00e9 mon nom, il confirma sur la liste qu\u2019il tenait \u00e0 la main que j\u2019\u00e9tais bien arriv\u00e9. Accueillant et affable, il me guida vers le secr\u00e9tariat. C\u2019est l\u00e0 que se r\u00e9gl\u00e8rent les formalit\u00e9s de la rentr\u00e9e ainsi que la remise de toute la documentation concernant la vie au coll\u00e8ge. Tout \u00e9tait clair et j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 une bonne id\u00e9e de quoi seraient meubl\u00e9es mes prochaines ann\u00e9es. Apr\u00e8s cette rencontre, je ne pus contenir mon agr\u00e9able surprise \u00e0 la vue de l\u2019immensit\u00e9 de ce coll\u00e8ge; les dortoirs \u00e0 perte de vue, les salles d\u2019\u00e9tudes, la caf\u00e9t\u00e9ria, tout \u00e9tait d\u00e9mesur\u00e9. J\u2019avais peine \u00e0 croire que je passerais des ann\u00e9es dans ces murs.<\/p><br><p>La surprise du cadre physique du coll\u00e8ge s\u2019estompa vite devant le r\u00e9gime de vie que l\u2019on nous offrait. Sans discussion, on ne nous laissa aucun choix quant \u00e0 l\u2019acceptation des r\u00e8gles et de l\u2019organisation du pensionnat. Je compris que dor\u00e9navant, je n\u2019aurais plus besoin de d\u00e9cider, car tout avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 \u00e0 l\u2019avance pour moi: l\u2019horaire de chaque jour, de la messe, du lever, du coucher, des cours, des p\u00e9riodes d\u2019\u00e9tudes, des repas, enfin toute notre vie avait \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9e \u00e0 la minute pr\u00e8s.<\/p><br><p>Il ne suffisait que de se laisser couler dans cette rivi\u00e8re et ne prendre la seule responsabilit\u00e9 qui nous restait: \u00c9TUDIER.<\/p><br><p>Monseigneur Couturier officiait comme directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019institution. Le matin du premier jour, il \u00e9tait l\u00e0 pour nous souhaiter la bienvenue: \u00abVous \u00eates la future \u00e9lite de notre soci\u00e9t\u00e9\u00bb, disait-il. \u00abVous ne pouvez vous imaginer le privil\u00e8ge que vous avez d\u2019\u00eatre ici\u00bb. Il nous fit alors comprendre qu\u2019on ferait tout pour nous guider&nbsp;<span>vers les plus hauts niveaux du savoir. Ce discours stimulant \u00e0 souhait confirma que j\u2019avais fait le meilleur choix.<\/span><\/p><br><h3>Les \u00e9tudes<\/h3><br><p>Huit ann\u00e9es \u00e0 c\u00f4toyer les plus grands auteurs, de Villon jusqu\u2019aux auteurs les plus contemporains. Le latin et le grec dans le texte s.v.p., lire Cic\u00e9ron, les auteurs antiques dans leur langue, aborder toute l\u2019histoire de ces grandes civilisations qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es et enfin approfondir les \u00e9l\u00e9ments essentiels de la philosophie. Voil\u00e0 quelle f\u00fbt notre t\u00e2che. Je fus heureux de p\u00e9n\u00e9trer dans cet immense r\u00e9servoir de connaissances et m\u2019entretenir avec les plus grands auteurs et penseurs de tous les temps. Je fus emport\u00e9 par ce courant \u00e0 tel point que le reste devenait secondaire, assur\u00e9 que j\u2019\u00e9tais dans la v\u00e9ritable voie de l\u2019\u00e9panouissement. Dans une telle \u00e9tuve, sans aucune distraction, aucune contradiction, il est facile de se sentir au-dessus de tout, comme invincible. L\u2019ego prenait facilement son envol.<\/p><br><p>J\u2019appris plus tard que c\u2019est facile d\u2019\u00eatre bon quand on n\u2019a pas l\u2019occasion d\u2019\u00eatre mauvais; d\u2019\u00eatre fort, quand on ne rencontre pas d\u2019obstacles; d\u2019\u00eatre courageux quand il n\u2019y a pas de danger; d\u2019\u00eatre plein d\u2019amour quand il n\u2019y a personne \u00e0 aimer; d\u2019\u00eatre charitable quand il n\u2019y a pas d\u2019indigence; d\u2019\u00eatre sociable quand on est coup\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9. Voil\u00e0 ce que je d\u00e9couvris au sortir du cours classique. Encore l\u00e0, je compris qu\u2019il y a un prix \u00e0 tout. J\u2019avais choisi et r\u00e9alis\u00e9 huit ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes au d\u00e9triment de huit ans de vie.<\/p><br><p>Mon instruction intellectuelle intensive venait de se terminer et je devais d\u00e9j\u00e0 commencer \u00e0 apprendre \u00e0 vivre pour vrai en soci\u00e9t\u00e9. Fini le monde des id\u00e9es, il fallait apprendre \u00e0 n\u00e9gocier avec la r\u00e9alit\u00e9, avec les vrais humains qui pendant toute mon absence avaient continu\u00e9 \u00e0 vivre et \u00e0 \u00e9voluer.<\/p><br><p>J\u2019\u00e9tais parti enfant, je revenais homme; il en \u00e9tait de m\u00eame pour mes fr\u00e8res et s\u0153urs. Je les avais quitt\u00e9s enfant, pour la plupart, et je les retrouvais adultes. Il \u00e9tait temps de reprendre le temps perdu. Apprendre la fraternit\u00e9, l\u2019amour, la famille, l\u2019argent, les responsabilit\u00e9s, en un mot, tout.<\/p><br><p>Encore une fois, j\u2019avais l\u2019impression de me retrouver devant l\u2019h\u00f4tel des Quatre Chemins avec ma valise attendant l\u2019autobus pour l\u2019\u00e9cole de la vie. Vite! J\u2019ai huit ans de retard.<\/p><br><p>Il va sans dire que je me rem\u00e9morais le discours de monseigneur Couturier et je ne reconnaissais pas, en moi, l\u2019\u00e9lite qu\u2019il nous avait promise huit ans plus t\u00f4t. La t\u00eate \u00e9tait pleine, mais le c\u0153ur \u00e9tait vide&#8230;<\/p><br><p>Apr\u00e8s coup, j\u2019avoue que ma longue r\u00e9clusion au Coll\u00e8ge de Hauterive a \u00e9t\u00e9 pleine de richesses. Ce fut comme une longue vacance, o\u00f9 les activit\u00e9s m\u2019ont passionn\u00e9 du d\u00e9but \u00e0 la fin. J\u2019ai pu m\u2019\u00e9panouir \u00e0 souhait sur le plan intellectuel et artistique. Malheureusement, les autres plans sont demeur\u00e9s stagnants. \u00c9tait-ce le r\u00e9gime du pensionnat ou moi? Je ne saurais dire. Peut-\u00eatre les deux.<\/p><br><p><br><\/p>\n\n\n\n\n<h2>3e partie<\/h2>\n<br><br><h3>Le monde au travail<\/h3><br><p>Mon choix de carri\u00e8re s\u2019av\u00e9ra d\u2019une facilit\u00e9 \u00e9tonnante; la seule profession que je connaissais \u00e9tait sans contredit l\u2019\u00e9ducation puisque j\u2019avais c\u00f4toy\u00e9 tant d\u2019enseignants au cours de mes ann\u00e9es \u00e9tudes. De plus, ce n\u2019est pas sur la C\u00f4te-Nord que j\u2019avais eu l\u2019occasion de rencontrer et de conna\u00eetre des professionnels de diff\u00e9rentes disciplines. Les seules professions disponibles \u00e0 notre entendement \u00e9taient la pr\u00eatrise ou l\u2019enseignement. Comme plusieurs, je coupai au plus court et devins enseignant.<\/p><br><p>Quel bon choix ce fut! Parmi les professions qui exigent attention, oubli de soi, compassion et discernement, nous retrouvons l\u2019enseignement. J\u2019ai ador\u00e9 enseigner et je crois que ma r\u00e9ussite fut conditionnelle \u00e0 celle de mes \u00e9tudiants. L\u2019\u00e9nergie des jeunes nous transporte et nous nourrit, quand on sait les recevoir dans leur \u00e9nergie lumineuse.<\/p><br><p>Apr\u00e8s quinze ann\u00e9es dans l\u2019enseignement, on m\u2019offrit un poste de directeur que j\u2019occupai pendant dix ans dans un coll\u00e8ge priv\u00e9. Par la suite, je suis all\u00e9 terminer ma carri\u00e8re chez les Indiens Cris de la Baie-James. L\u00e0, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que les d\u00e9fis scolaires et sociaux exigeraient toute mon \u00e9nergie, mon exp\u00e9rience et ma cr\u00e9ativit\u00e9. Je n\u2019y ai pas&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">r\u00e9alis\u00e9 de miracles, mais je crois que je fus un de ceux qui ont r\u00e9ussi,&nbsp;<\/span>\u00e0 force d\u2019acceptation, d\u2019ouverture, d\u2019amour aussi, \u00e0 communiquer sur une base de confiance et d\u2019amiti\u00e9 avec eux. Ainsi, ont-ils pu, je crois, prendre en main, leurs destin\u00e9es \u00e9ducationnelles.<\/p><br><p>Cette p\u00e9riode de travail \u00e0 1 000 kilom\u00e8tres des grands centres vint clore une carri\u00e8re de 33 ann\u00e9es. La retraite sonnait enfin et la libert\u00e9 qu\u2019elle promettait aussi. Un vague sentiment de regret ne surv\u00e9cut pas devant la vie d\u00e9bordante de nouvelles exp\u00e9riences qui m\u2019attendait.<\/p><br><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n\n<h2>4e partie<\/h2>\n<h3>La retraite<\/h3><br><p>Depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, ma retraite a \u00e9t\u00e9 meubl\u00e9e d\u2019activit\u00e9s et d\u2019exp\u00e9rience aussi vari\u00e9es qu\u2019enrichissantes. La construction d\u2019un atelier de menuiserie surplomb\u00e9 d\u2019un atelier d\u2019art fut ma premi\u00e8re r\u00e9alisation. Je ne suis pas un artiste extraordinaire, ni un \u00e9b\u00e9niste accompli, cependant cr\u00e9er des choses me rend heureux et c\u2019est ce que je fis.<\/p><br><p>L\u2019immense jardin que j\u2019am\u00e9nageai sur mon grand terrain me remplit de bonheur. Je pouvais enfin r\u00e9aliser un vieux r\u00eave: r\u00e9p\u00e9ter le jardin de mon enfance et comprendre que l\u2019on peut travailler en partenariat avec la terre. Quelle sagesse on peut en tirer!<\/p><br><p>Je n\u2019aurais pu imaginer que je deviendrais chasseur de chevreuils. Quelles aventures j\u2019ai v\u00e9cues en for\u00eat, seul ou avec mes fr\u00e8res ou mes amis. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait pour moi un d\u00e9fi. Petit \u00e0 petit, la chasse devenait pr\u00e9texte au silence et \u00e0 la contemplation de la nature. Les souvenirs qu\u2019il m\u2019en reste sont aur\u00e9ol\u00e9s de paix, de fraternit\u00e9 et de beaut\u00e9.<\/p><br><p>Je m\u2019int\u00e9ressai vite \u00e0 la vie de ma paroisse, Weedon, en Estrie, village d\u2019environ 2 000 habitants.<\/p><br><p>Ma premi\u00e8re activit\u00e9 fut de joindre la chorale locale. Ce fut un bonheur et un honneur de c\u00f4toyer ces gens qui par leur voix rendaient les paroissiens heureux. Enfin, je pouvais voir la chorale sans d\u00e9tourner la t\u00eate.<\/p><br><p>Par la suite, on m\u2019invita \u00e0 joindre le conseil de fabrique \u00e0 titre de pr\u00e9sident. J\u2019occupai ce poste pendant au moins six ans. Ce ne fut pas la p\u00e9riode la plus rutilante de ma vie. Il est vrai que j\u2019avais v\u00e9cu de nombreux autres d\u00e9fis dans ma vie. Cependant, je l\u00e8ve mon chapeau \u00e0 tous ces \u00eatres qui, b\u00e9n\u00e9volement, donnent leur vie pour leurs principes religieux, esp\u00e9rant ainsi trouver leur salut ou encore provoquer le salut des autres. Cela peut sembler sarcastique sur les bords, mais je me suis rendu compte que je n\u2019ai pas cette tendance \u00e0 vouloir sauver les autres. Je leur fais plut\u00f4t confiance.<\/p><br><p>J\u2019ai eu un plaisir fou \u00e0 faire partie du conseil du journal local pour lequel j\u2019ai \u00e9crit de nombreux articles. Cet \u00e9pisode de plusieurs ann\u00e9es m\u2019a permis d\u2019exploiter ma cr\u00e9ativit\u00e9, d\u2019\u00eatre au fait des divers questionnements de notre soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019y apporter ma r\u00e9flexion personnelle.<\/p><br><p>J\u2019ai, de plus, accept\u00e9 de pr\u00e9sider le conseil d\u2019administration de la coop\u00e9rative fun\u00e9raire La Qu\u00e9b\u00e9coise dont le si\u00e8ge social se situait \u00e0 Saint-Georges de Beauce. Ma derni\u00e8re pr\u00e9sidence fut celle du conseil d\u2019administration du Centre de sant\u00e9 et des services sociaux du Haut-Saint-Fran\u00e7ois.<\/p><br><p>Je suis heureux d\u2019avoir d\u00e9couvert dans ce b\u00e9n\u00e9volat, les besoins immenses de notre soci\u00e9t\u00e9 et aussi j\u2019appr\u00e9cie au plus haut point les connaissances et les habilet\u00e9s acquises lors de ces exp\u00e9riences.<\/p><br><p>En 2008, j\u2019ai eu le bonheur d\u2019acheter un chalet \u00e0 Baie-Comeau, r\u00e9gion de mon enfance. Cette acquisition m\u2019a permis de r\u00e9aliser le vieux r\u00eave de rencontrer, dans ma libert\u00e9, fr\u00e8res, s\u0153urs, amis, parents et de leur offrir un peu de mon bonheur. Il faut mentionner que le lac adjacent au chalet est tr\u00e8s poissonneux.<\/p><br><p>Depuis, j\u2019ai vendu la maison et quitt\u00e9 les vieilles habitudes pour consacrer mon temps \u00e0 ces nouvelles exp\u00e9riences. Notre vie s\u2019est retrouv\u00e9e dans un luxueux condo lou\u00e9 \u00e0 Granby, semble-t-il, jusqu\u2019\u00e0 la fin de nos jours, mais qui s\u2019av\u00e9ra d\u2019un tel ennui, que, six mois plus tard, nous avons, Solange et moi, achet\u00e9 une nouvelle propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 Saint-Liboire. Que de d\u00e9m\u00e9nagements, de changements en peu de temps! Maman dirait avec raison que je suis comme l\u2019oiseau sur la branche et, sans aucun doute, elle aurait raison.<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n\n<h2>5e partie<\/h2>\n<h3>La famille, l\u2019amour<\/h3><br><br><p>\u00c0 la fin de mes \u00e9tudes, l\u2019image qui me vient de ma vie sentimentale est celle d\u2019un \u00e9l\u00e9phant dans un magasin de porcelaine. N\u2019ayant jamais eu de fr\u00e9quentations amoureuses puisque clo\u00eetr\u00e9 au coll\u00e8ge, il faut imaginer qu\u2019\u00e0 22 ans sans exp\u00e9rience et aucun avertissement, j\u2019\u00e9tais comme un ours d\u00e9barqu\u00e9 sur une autoroute. Une queue de veau! dirait-on. J\u2019avais imagin\u00e9 que l\u2019amour d\u2019une fille, c\u2019\u00e9tait comme si c\u2019\u00e9tait la f\u00eate de No\u00ebl \u00e0 chaque jour. Je ne peux que rire et \u00eatre aussi un peu triste des frasques malhabiles que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 cause de mon manque de r\u00e9f\u00e9rences amoureuses.<\/p><br><p>J\u2019ai appris que No\u00ebl n\u2019est pas tous les jours et que l\u2019amour dont j\u2019avais r\u00eav\u00e9 n\u2019existait pas. Que d\u2019erreurs et de folies inutiles! Jusqu\u2019au jour, o\u00f9 quelques ann\u00e9es plus tard, je cessai cette vie de gaucheries et fermai ma porte aux amours impossibles. Je fus ainsi de nouveau clo\u00eetr\u00e9 quelques ann\u00e9es, question de r\u00e9fl\u00e9chir et gu\u00e9rir cette immense d\u00e9ception. Ma conviction \u00e9tait que l\u2019amour, ce n\u2019\u00e9tait pas pour moi. Trop compliqu\u00e9!<\/p><br><p>Reclus dans mon appartement de Longueuil, accompagn\u00e9 d\u2019un ami et Michel qui vivaient avec moi, la vie \u00e9tait tout ce qu\u2019il y a de plus tranquille.<\/p><br><p>Un samedi soir, Michel et Andr\u00e9 mon ami, d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019un commun accord d\u2019aller danser \u00e0 Montr\u00e9al. Je n\u2019\u00e9tais pas dans un \u00e9tat psychologique et physique pour les accompagner; une barbe de deux jours, des pantalons sports, la grande d\u00e9tente quoi. Pri\u00e8re de ne pas d\u00e9ranger. Tous deux se firent un point d\u2019honneur de me sortir de mon hibernation et durent me tirer pour y r\u00e9ussir. Immense salle de danse, p\u00e9nombre, piste de danse d\u00e9cha\u00een\u00e9e de paires de fesses dansant le y\u00e9-y\u00e9, la bonne fum\u00e9e qui venait embrouiller tout \u00e7a avec l\u2019effet de la bi\u00e8re, il n\u2019y avait rien l\u00e0 pour devenir hyst\u00e9rique. Ma vue s\u2019\u00e9tait graduellement habitu\u00e9e \u00e0 la p\u00e9nombre quand je vis un grand sourire qui me regardait \u00e0 la table voisine. Je m\u2019approchai un peu et bang! La romance et l\u2019amour me saisirent au c\u0153ur. Cette fois, j\u2019avais trouv\u00e9 la bonne et j\u2019oubliai subitement toutes les r\u00e9solutions prises au sujet de&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">l\u2019amour. Monique Laporte portait en elle toutes les qualit\u00e9s de simplicit\u00e9, de douceur, d\u2019humilit\u00e9 et j\u2019en passe pour accueillir le coq qui dormait encore en moi. Pendant quatorze ann\u00e9es de mariage, nous avons b\u00e2ti ensemble une famille de trois merveilleux enfants qui lui ressemblaient beaucoup et que j\u2019ai toujours trouv\u00e9s beaux et intelligents. Tous \u00e9taient assur\u00e9s qu\u2019il \u00e9tait \u00e9crit au-dessus de nos t\u00eates: \u00abJusqu\u2019\u00e0 ce que la mort les s\u00e9pare.\u00bb<\/span><\/p><br><p>Ce ne fut pas le cas. J\u2019avais r\u00e9alis\u00e9 une partie de notre projet, avec Monique, et un jour, sans que je ne m\u2019en rende compte, l\u2019\u00e9difice se mit \u00e0 vaciller sur ses fondations. Au cours de ces ann\u00e9es, contrairement au Petit Prince, j\u2019avais oubli\u00e9 d\u2019arroser ma rose chaque jour, convaincu que l\u2019amour se nourrissait de lui-m\u00eame. Ceci eut pour effet d\u2019affaiblir notre relation au point de la rupture. Pris de panique, ne sachant comment rapi\u00e9cer tout \u00e7a, rempli de mon super ego, je me retrouvai encore une fois devant l\u2019h\u00f4tel des Quatre Chemins \u00e0 attendre l\u2019autobus pour le coll\u00e8ge de l\u2019amour. Je me rendais compte qu\u2019apr\u00e8s tout ce temps, je n\u2019avais aucunement appris \u00e0 aimer. Je laissais beaucoup de peine dans mon sillage, je le savais. Comment aurais-je pu calmer la peine des autres, alors que je ne pouvais exprimer la mienne que je ne comprenais pas? S\u2019il y eut dans ma vie une p\u00e9riode sombre, ce fut celle-l\u00e0. Une carri\u00e8re n\u2019offrant plus aucun d\u00e9fi, la solitude, enfin la d\u00e9ception de soi.<\/p><br><p>Arriva, \u00e0 ce moment, le d\u00e9fi du Nord. Aller l\u00e0-bas et continuer autrement ma carri\u00e8re. Je remercie la Vie de m\u2019avoir ouvert une telle porte alors que toutes les issues semblaient irr\u00e9m\u00e9diablement ferm\u00e9es devant moi.<\/p><br><p>\u00c0 ce moment, tout ce qui comptait \u00e9tait de prendre du recul et comprendre. Aussi, le fait de subvenir aux besoins de mes enfants demeurait une priorit\u00e9. Je m\u2019accrochais \u00e0 cette responsabilit\u00e9 comme \u00e0 un lien essentiel entre eux et moi, malgr\u00e9 la distance.<\/p><br><p>L\u00e0, je retrouvai le courage et le d\u00e9sir de continuer cette vie faite de hauts et de beaucoup trop de bas.<\/p><br><p>Je comprenais que les plaies gu\u00e9rissent, mais demeurent presque toutes sensibles. J\u2019\u00e9tais comme un papillon qui se br\u00fblait les ailes \u00e0&nbsp;chaque fois qu\u2019il s\u2019approchait de l\u2019amour. En r\u00e9alit\u00e9, j\u2019en avais un peu peur. Que d\u2019occasions, de rencontres auxquelles je fermais mon c\u0153ur, conscient qu\u2019il me manquait quelque chose pour r\u00e9ussir ce d\u00e9fi!<\/p>\n\n<p>Il y avait une personne qui attendait au d\u00e9tour de ma route et qui m\u2019offrit plus que son support: elle m\u2019offrit de cheminer avec moi \u00e0 travers ce que j\u2019appellerais la voie de l\u2019amour. Son nom est Solange Baillargeon. Femme de compassion, de bont\u00e9, de partage et de caract\u00e8re, et moi, le r\u00eaveur, le parleur et aussi le confus, puisque sur certains plans, je n\u2019avais pas encore appris. M\u00eame si la vie ne l\u2019avait pas \u00e9pargn\u00e9e, avec patience elle ouvrit, pour moi, l\u2019universit\u00e9 de l\u2019amour. Ce que j\u2019ai eu la t\u00eate dure! Et elle entreprit de m\u2019enseigner les rudiments de l\u2019amour. Il y a 25 ans qu\u2019elle s\u2019\u00e9vertue, sans baisser les bras, \u00e0 coup de patience et d\u2019impatience, \u00e0 me rendre moins innocent, comme elle dit. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019un jour j\u2019accrocherai un autre dipl\u00f4me au mur de ma vie. Ce sera la victoire de Solange et de tous ceux qui m\u2019auront montr\u00e9 par leur vie que l\u2019amour peut se vivre et se donner \u00e0 chaque moment.<\/p><br><p>Aussi, je veux remercier Monique pour la bonne \u00e9pouse et la bonne m\u00e8re qu\u2019elle f\u00fbt et je remercie Solange, celle que j\u2019aime, pour cette patience qu\u2019elle met \u00e0 me rendre moins innocent!<\/p><br><h3>Mes enfants<\/h3><br><p>Je suis p\u00e8re de trois beaux enfants:<\/p><br><p>Julie qui, d\u00e8s sa naissance, a touch\u00e9 mon c\u0153ur par sa beaut\u00e9, son intelligence et sa d\u00e9brouillardise. Elle est m\u00e8re d\u2019un beau fils, Nicolas, qui fait d\u2019elle une m\u00e8re attentive et aimante.<\/p><br><p>Mathieu qui, depuis sa naissance, d\u00e9borde d\u2019\u00e9nergie et de projets \u00e0 faire peur. Il a la sagesse de les r\u00e9aliser et s\u2019av\u00e8re un p\u00e8re formidable pour son fils, \u00c9liot, que j\u2019aime tant serrer sur mon c\u0153ur. Mathieu, c\u2019est l\u2019ami que tous recherchent tant il d\u00e9borde d\u2019accueil.<\/p><br><p>Pierre-Luc, le dernier de mes enfants, que je n\u2019ai pas encore fini de d\u00e9couvrir. Plein de sensibilit\u00e9, de talents et de force, il est devenu avec le temps un homme admirable qui fait ma fiert\u00e9.<\/p><br><h3>Ma vie spirituelle<\/h3><br><p>Toute ma vie, la spiritualit\u00e9 fut pour moi une qu\u00eate de tous les instants. La religion catholique m\u2019a berc\u00e9, par mes parents et mon enfance baign\u00e9e de ses pr\u00e9ceptes et de ses dogmes. J\u2019ai voulu aller plus loin, par tous les chemins disponibles. Que de recherches j\u2019ai faites pour apprendre que tous les chemins, et m\u00eame l\u2019absence de chemin, m\u00e8nent \u00e0 Dieu, puisqu\u2019il vit dans toute sa cr\u00e9ation et par cons\u00e9quent en nous! Selon moi, tout n\u2019est question que de relation avec Lui; que la spiritualit\u00e9 est faite pour remplir l\u2019\u00e2me de chacun selon son propre chemin. Dieu me donne un exemple que je voudrais \u00eatre capable d\u2019imiter: Il aime depuis la nuit des temps en silence. Pour terminer cette r\u00e9flexion, je citerai une phrase de Saint Fran\u00e7ois-d\u2019Assise: \u00abConsacrez votre vie \u00e0 enseigner la parole de Dieu, l\u2019\u00c9vangile, et si besoin est, parlez-en.\u00bb<\/p><br><h3>R\u00e9trospective<\/h3><br><p>Esp\u00e9rant ne pas avoir trop ennuy\u00e9 ou scandalis\u00e9 qui que ce soit par ce r\u00e9cit qui au d\u00e9part ne devait couvrir que quelques pages. L\u2019\u00e9criture de ma vie fut un plongeon dans le livre de mon pass\u00e9 dont les pages \u00e9taient rest\u00e9es closes, m\u00eame pour moi. Ma vie fut une suite d\u2019apprentissages successifs et j\u2019esp\u00e8re que \u00e7a touche \u00e0 sa fin, cela m\u2019a rendu plus sage. Au fond, m\u00eame si elle fut rocambolesque, j\u2019aime la vie que j\u2019ai v\u00e9cue. Quel plongeon extraordinaire dans le pass\u00e9, quelle th\u00e9rapie!<\/p><br><p>Je ne voudrais pas terminer sans vous avouer la conscience que j\u2019ai d\u2019avoir, sans m\u2019en rendre compte, bless\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre quiconque d\u2019entre vous. Je vous en demande pardon si c\u2019est arriv\u00e9. L\u2019\u00e9criture de ma vie me r\u00e9v\u00e8le que dans notre famille, il y eut quinze vies aussi intenses et que chacun d\u2019entre nous a poursuivi une trajectoire de vie grande et sublime. C\u2019est la victoire quand il ne reste que l\u2019amour. Bravo!<\/p><br><p>Je suis encore une fois devant l\u2019auberge des Quatre Chemins avec ma valise. Il me reste \u00e0 apprendre \u00e0 \u00eatre grand-p\u00e8re. Mes petits-fils me l\u2019apprendront assur\u00e9ment. Si un jour vous me voyez devant ce m\u00eame h\u00f4tel, sans valise, passez votre chemin, j\u2019attendrai alors l\u2019autobus pour l\u2019universit\u00e9 de Dieu. Cela risque de durer longtemps, comme vous vous en \u00eates rendu compte, je n\u2019apprends pas tr\u00e8s vite\u2026<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Madeleine<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Je suis \u00e2g\u00e9e de 66 ans et je demeure \u00e0 Val-B\u00e9lair. Mon conjoint se nomme Guy Martel, retrait\u00e9 de 60 ans. Je suis devenue membre de la famille Fillion \u00e0 ma naissance, le 8 juillet 1943. J\u2019\u00e9tais par le fait m\u00eame le dixi\u00e8me joyau de nos parents.<\/p><br><h3>Les gu\u00eapes<\/h3><br><p>Voici quelques souvenirs qui ont marqu\u00e9 mon enfance: je ne peux passer sous silence l\u2019\u00e9pisode o\u00f9 Jean-Guy nous a amen\u00e9s, Jean-Marie, Yvon et moi, sur la montagne derri\u00e8re la grange. C\u2019\u00e9tait dans l\u2019intention de couper du bois avec de vieilles lames rouill\u00e9es jet\u00e9es l\u00e0 par papa. \u00c0 peine avions-nous commenc\u00e9 \u00e0 faire semblant de couper ce bois, qu\u2019une nu\u00e9e de gu\u00eapes s\u2019abattit sur nous. Bien s\u00fbr qu\u2019elles se firent un r\u00e9gal de la belle peau blanche que j\u2019ai toujours eue\u2026 C\u2019est une farce! Mon retour \u00e0 la maison s\u2019est fait dans la souffrance. Je ne pensais plus \u00e0 ma belle peau blanche; je n\u2019oublierai jamais la souffrance que j\u2019ai endur\u00e9e ce jour-l\u00e0. Heureusement, maman est parvenue \u00e0 \u00e9teindre le feu provenant de ces multiples piq\u00fbres.<\/p><br><h3>Le pensionnat<\/h3><br><p>Je me rappelle le d\u00e9sarroi provoqu\u00e9 par ma s\u00e9paration de la famille lors du d\u00e9part pour le pensionnat. C\u2019est Colette qui fut la personne la plus aidante que j\u2019aie connue lors de cet exil. C\u2019est l\u00e0 que les s\u0153urs grises ont d\u00e9cid\u00e9 de couper les longs cheveux qui faisaient ma fiert\u00e9. Je les portais tr\u00e8s longs, depuis ma tendre enfance. Parfois, maman ou une de mes s\u0153urs les tressaient et \u00e0 d\u2019autres moments, je les laissais tomber ou encore je me faisais d\u2019autres coiffures. Cela provoqua chez moi une tristesse profonde que l\u2019on m\u2019enl\u00e8ve, sans mon consentement, une partie importante de mon identit\u00e9. Lorsque nous f\u00eations No\u00ebl au pensionnat, j\u2019avais la permission de visiter Jean-<span>Marie et Yvon \u00e0 l\u2019orphelinat voisin. Maman profitait de l\u2019occasion pour nous visiter et nous apporter des cadeaux qui faisaient notre bonheur. Les visites de maman nous remplissaient le c\u0153ur de bonheur de voir que l\u2019on nous aimait encore.<\/span><\/p><br><h3>Les vacances<\/h3><br><p>Quel bonheur de rentrer \u00e0 la maison pour les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9! Lors de l\u2019une de ces vacances, je me souviens, je suis s\u00fbre que c\u2019est encore la faute de Jean-Guy, de m\u2019\u00eatre prise dans un hame\u00e7on de p\u00eache. Je pouffe de rire encore de me voir revenir \u00e0 la maison, non seulement avec l\u2019hame\u00e7on, mais aussi avec la canne \u00e0 p\u00eache.<\/p><br><h3>Le travail<\/h3><br><p>Le premier emploi d\u2019importance que j\u2019ai eu fut pour la compagnie Pascal. J\u2019y ai \u0153uvr\u00e9 pendant 21 ans \u00e0 titre de coordonnatrice de trois d\u00e9partements: meubles, jardinage, et peinture. C\u2019est \u00e0 Qu\u00e9bec et Sainte-Foy que j\u2019ai rempli ces fonctions.<\/p><br><p>Par la suite, j\u2019ai \u0153uvr\u00e9, comme gardienne d\u2019enfants, \u00e0 titre de gouvernante \u00abpour faire plus p\u00e9dante\u00bb, pendant 18 ans. Ces enfants, je les ai aim\u00e9s comme les miens. J\u2019ai suivi leur \u00e9volution de la petite enfance jusqu\u2019\u00e0 a vie adulte. Notre relation est toujours demeur\u00e9e chaleureuse et pleine d\u2019amour r\u00e9ciproque.<\/p><br><h3>Moments importants<\/h3><br><p>\u00c0<span>\t<\/span>une p\u00e9riode o\u00f9 je vivais une grande solitude, j\u2019ai rencontr\u00e9 Guy qui f\u00fbt pour moi le compagnon dont j\u2019avais toujours r\u00eav\u00e9. Il eut sur moi une grande influence par les qualit\u00e9s qu\u2019il poss\u00e8de. Sa d\u00e9brouillardise, son sens de l\u2019\u00e9conomie, son humour, sa sinc\u00e9rit\u00e9 et l\u2019ordre qu\u2019il fit r\u00e9gner dans notre vie. Les moments les plus importants pass\u00e9s avec lui furent ceux o\u00f9 il construisit de ses propres mains une maison pour nous deux.<\/p><h4><br><\/h4><h3>Personnes importantes<\/h3><br><p>Il y eut plusieurs personnes importantes dans ma vie: celles qui m\u2019ont le plus marqu\u00e9e furent maman, par son amiti\u00e9, son \u00e9coute et son ouverture, Jeanine, qui f\u00fbt aussi pour moi une pr\u00e9sence pr\u00e9cieuse et en secret je l\u2019admirais, ainsi que tous mes fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/p><br><h3>Ma plus grande r\u00e9ussite<\/h3><br><p>J\u2019avoue que la plus grande r\u00e9ussite de ma vie fut ce moment o\u00f9, il y a quelques ann\u00e9es, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire un genre de retraite nomm\u00e9e: Agap\u00e9 Th\u00e9rapie. L\u00e0, j\u2019ai pu, pour la premi\u00e8re fois, faire un retour sur ma vie dans une grande compr\u00e9hension et un grand respect. J\u2019ai pu me d\u00e9barrasser des jugements sur moi et les autres et trouver enfin une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 jamais encore v\u00e9cue. Merci \u00e0 Lise ma s\u0153ur de m\u2019avoir guid\u00e9e vers ce centre.<\/p><br><h3>Moments difficiles<\/h3><br><p>Il va sans dire que tout n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 facile pour moi. Le moment le plus difficile fut sans doute ce moment o\u00f9 j\u2019ai perdu mon emploi et par surcro\u00eet, mon amoureux. J\u2019\u00e9prouvais un immense d\u00e9couragement et l\u2019avenir m\u2019apparaissait sans espoir.<\/p><br><p>Je restais cependant disponible \u00e0 ce que la Vie avait \u00e0 m\u2019offrir.<\/p><br><p>R\u00e9sultat: rencontre de Guy et nouveau travail. Au fond de moi, je constate que j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 heureuse. J\u2019ai acquis plusieurs qualit\u00e9s au cours de mon existence: la t\u00e9nacit\u00e9, l\u2019amour de la vie, la chaleur humaine, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l\u2019humour, le go\u00fbt du risque, l\u2019honn\u00eatet\u00e9, l\u2019esprit de famille.<\/p><br><br><h3>Voici mon message :<\/h3><br><p>\u00abProfitez de la vie comme si c\u2019\u00e9tait le dernier jour. Prenez ce que la vie vous donne.\u00bb<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p><strong><em>Mado<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Jean-Marie<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Je suis n\u00e9 le 21 novembre 1944, d\u2019Eug\u00e8ne Fillion et Antoinette Langlois. Je suis le 11e d\u2019une famille de 15. Ils m\u2019ont surnomm\u00e9 Jean-Marie, le nom du d\u00e9funt Jean-Marie d\u00e9c\u00e9d\u00e9 au Lac Saint Jean plusieurs ann\u00e9es avant ma naissance, quelle bonne id\u00e9e! J\u2019ai d\u00fb porter sur mes \u00e9paules le poids d\u2019un mort toute ma vie, ce qui ne fut pas tr\u00e8s amusant. Mon parrain et ma marraine, mon fr\u00e8re et ma s\u0153ur Janine et Bertrand, furent tr\u00e8s intentionn\u00e9s pour moi. Je les remercie du fond du c\u0153ur.<\/p><br><p>Ma petite enfance de 1 an \u00e0 8 ans s\u2019est pass\u00e9e \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de Colombier, rang 7 et ne cherchez pas cela sur la carte, car vous ne trouverez pas. Endroit isol\u00e9 \u00e0 environ 10 milles du village. Le d\u00e9panneur \u00e9tait \u00e0 la port\u00e9e de la main&#8230; Ha! Ha! On en a mang\u00e9 du nanane.<\/p><br><p>Ce que je me rappelle de mon enfance c\u2019est le travail de ma m\u00e8re qui \u00e9tait multiple. Elle travaillait de 6 heures du matin \u00e0 10 heures du soir sans jamais se plaindre. C\u2019\u00e9tait une femme tr\u00e8s courageuse et tr\u00e8s forte. Le travail de mon p\u00e8re, de Marcel et de Bertrand sur la terre, \u00e9tait de cl\u00f4turer la terre, faire les foins et du d\u00e9frichage avec le tracteur qui \u00e9tait le plus gros et le plus puissant du rang. Nous, les plus jeunes \u00e9tions bien impressionn\u00e9s de voir Marcel se morfondre \u00e0 essayer de mettre en marche matin apr\u00e8s matin cet \u00e9norme mastodonte dans un nuage de fum\u00e9e pour enfin r\u00e9ussir \u00e0 le faire d\u00e9marrer. L\u2019automne et l\u2019hiver, les 3 hommes se retrouvaient dans les chantiers \u00e0 b\u00fbcher pour rentrer des sous \u00e0 la maison.<\/p><br><p>Ce fut le d\u00e9but de l\u2019\u00e9cole \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 7 ans, exp\u00e9rience qui ne fut pas trop difficile car j\u2019\u00e9tais bien entour\u00e9. Collette, Jean-Guy, et Madeleine qui avaient d\u00e9j\u00e0 une bonne exp\u00e9rience me servaient d\u2019escorte, ce qui \u00e9tait tr\u00e8s rassurant. Ma ma\u00eetresse s\u2019appelait Lucile Duchesne, je l\u2019aimais beaucoup, elle \u00e9tait belle et fine. J\u2019aimais l\u2019\u00e9cole, \u00e0 mes d\u00e9buts \u00e7a me captivait d\u2019apprendre de nouvelles choses. Je me rappelle les marches que l\u2019on devait faire pour se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9cole, il y avait un mille de distance qui l\u2019\u00e9t\u00e9 se faisait assez bien mais l\u2019hiver c\u2019\u00e9tait une toute autre chose. Les chemins n\u2019\u00e9tant pas d\u00e9neig\u00e9s, il fallait parfois se d\u00e9brouiller dans la neige aux genoux et dans un froid sib\u00e9rien pour se rendre \u00e0 destination, ce n\u2019\u00e9tait pas toujours facile. Nous n\u2019avions pas le choix, c\u2019\u00e9tait la loi de l\u2019\u00e9poque.<\/p><br><p>Cette p\u00e9riode du d\u00e9but des classes ne fut pas tr\u00e8s facile dans la famille. Mon p\u00e8re tomba malade du cancer ce qui le rendit inapte au travail et d\u00fbt \u00eatre hospitalis\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 Qu\u00e9bec et Montr\u00e9al, ce qui ne changea rien \u00e0 sa condition. Il \u00e9tait condamn\u00e9. Apr\u00e8s 2 ans de lutte, il nous quitta en mars 1953, chose que je me rappelle comme si c\u2019\u00e9tait hier. La tristesse et la peine remplissaient la maison. Le contr\u00f4le \u00e9tait de rigueur car mon p\u00e8re \u00e9tait expos\u00e9 dans la maison, il fallait rester fort devant les gens qui venaient se recueillir sur le cercueil.<\/p><br><p>Quelques mois apr\u00e8s son d\u00e9part, ma m\u00e8re et mes fr\u00e8res plus \u00e2g\u00e9s d\u00e9cid\u00e8rent de d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 Paul-Baie, rang qui se situait \u00e0 quelques milles de Forestville. Quel changement pour nous les plus jeunes qui n\u2019avions pas connu autre chose que le rang 7 de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de Colombier. La maison \u00e9tait plus luxueuse, plus grande, avec un poulailler, quelques poules qui ne pass\u00e8rent pas l\u2019hiver, chaque matin on en trouvait une ou deux gel\u00e9es, une \u00e9table qui abritait une petite vache et une petite terre tout autour de la maison o\u00f9 un ruisseau passait pas tr\u00e8s loin et qui faisait la joie de toute la famille. Nous, les plus jeunes, en avons profit\u00e9 au max. Que de baignades, de randonn\u00e9es de p\u00eache, de bonnes parties de hockey l\u2019hiver et m\u00eame de trappage, j\u2019ai m\u00eame attrap\u00e9 deux visons qui m\u2019ont rapport\u00e9 100 $ que j\u2019ai remis \u00e0 ma m\u00e8re. Elle \u00e9tait bien contente car elle en avait bien besoin. C\u2019\u00e9tait le paradis.<\/p><br><p>La plus belle exp\u00e9rience de cette \u00e9poque, fut de passer l\u2019\u00e9t\u00e9 dans le bois 100 milles en haut de Baie-Comeau avec Yvon comme garde-feu. La joie fut de courte dur\u00e9e. La situation \u00e9conomique de ma m\u00e8re apr\u00e8s la mort de mon p\u00e8re \u00e9tait \u00e0 son plus bas niveau, elle a d\u00fb prendre la d\u00e9cision de m\u2019envoyer avec Yvon \u00e0 l\u2019orphelinat pour pouvoir subvenir aux besoins de la famille. Ce fut deux ann\u00e9es compl\u00e8tement perdues pour nous deux. Je ne veux pas m\u2019\u00e9tendre plus longtemps sur le sujet.<\/p><br><p>\u00c0 notre retour de cette mauvaise aventure dans ce lieu de perdition, nous sommes revenus dans la famille et avons fini notre primaire et notre secondaire. Apr\u00e8s les \u00e9tudes, ce fut le travail. Mon premier travail fut dans une banque pendant 2 ans. Je n\u2019aimais pas beaucoup \u00e7a, donc j\u2019ai chang\u00e9 de travail.<\/p><br><p>Comme il n\u2019y avait pas beaucoup de travail sur la C\u00f4te-Nord, je suis parti pour Montr\u00e9al en 1966. Quelle d\u00e9couverte, la grande ville avec toute cette vie active; il y avait des gens partout, les autobus \u00e9taient remplis ainsi que le m\u00e9tro qui \u00e9tait tout neuf. Les conversations concernaient la venue prochaine de l\u2019Expo Universelle 67. L\u2019adaptation n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trop difficile.<\/p><br><p>J\u2019ai v\u00e9cu la plus belle p\u00e9riode de ma vie en cette p\u00e9riode de festivit\u00e9 (Expo 67). Je d\u00e9couvrais le monde, c\u2019\u00e9tait la f\u00eate \u00e0 tous les jours pendant six mois, c\u2019\u00e9tait merveilleux. Je suis encore un peu nostalgique de cette \u00e9poque. Durant cette p\u00e9riode, mon fr\u00e8re Jean-Guy est venu me rejoindre et il embarqua dans la f\u00eate. Au milieu de l\u2019\u00e9t\u00e9, ma m\u00e8re et mon fr\u00e8re le plus vieux, Marcel, se rendirent \u00e0 Montr\u00e9al pour me supplier de retourner sur la C\u00f4te-Nord. Ils trouvaient que ma vie \u00e9tait en perdition. Dans la famille, vivre des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels et s\u2019amuser n\u2019\u00e9taient pas dans les normes.<\/p><br><p>Apr\u00e8s l\u2019Expo, je suis revenu sur la C\u00f4te-Nord. Apr\u00e8s quelques mois de recherche d\u2019emploi, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler pour Irving Oil. Ma fonction consistait \u00e0 faire le travail g\u00e9n\u00e9ral de bureau, travail que j\u2019aimais beaucoup. Apr\u00e8s six ans de ce travail, que je trouvais routinier, je pris la d\u00e9cision de partir pour Qu\u00e9bec. J\u2019avais besoin de changement. Je voulais vivre autre chose et entreprendre des \u00e9tudes. J\u2019ai fini un DEC en sciences humaines au C\u00c9GEP de Sainte-Foy et ensuite deux sessions \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval en sociologie que j\u2019ai d\u00fb&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">abandonner faute d\u2019argent occasionn\u00e9 par la perte d\u2019emploi. Plus tard, j\u2019ai termin\u00e9 une attestation d\u2019agent immobilier au C\u00c9GEP Fran\u00e7ois-Xavier-Garneau.<\/span><\/p><br><p>\u00c0 mon arriv\u00e9e \u00e0 Qu\u00e9bec, j\u2019ai eu plusieurs emplois: travail de bureau au CCC, arpentage sur la construction de l\u2019autoroute 73, Centre d\u2019accueil le Phare, travail avec les jeunes en difficult\u00e9, travail dans plusieurs minist\u00e8res gouvernementaux comme agent de bureau. Ce dernier travail consistait en des contrats d&#8217;un an chaque fois et au Centre Multiethnique intervenant aupr\u00e8s des nouveaux arrivants comme r\u00e9fugi\u00e9s qui provenaient des quatre coins du monde.<\/p><br><p>Quelque mois apr\u00e8s mon arriv\u00e9e \u00e0 Qu\u00e9bec, j\u2019ai rencontr\u00e9 ma conjointe H\u00e9l\u00e8ne Paquet. Nous avons eu trois enfants. Le premier qui est n\u00e9 en 1975, se nommait Marie-Claude qui nous a quitt\u00e9s un mois apr\u00e8s sa naissance. Ce fut une p\u00e9riode tr\u00e8s difficile \u00e0 passer. Entre temps, nous nous sommes achet\u00e9 une maison \u00e0 Saint-\u00c9tienne-de-Lauzon. Heureusement, deux beaux enfants sont venus combler notre nouvelle demeure et notre vie quatre ans plus tard. Le premier nous est arriv\u00e9 en mai 1979, Jean-Fran\u00e7ois et ensuite deux ans plus tard une belle fille, Marie-Jos\u00e9e, en septembre 1981.<\/p><br><p>Divorc\u00e9 en 1989, je suis parti pour Longueuil pour une p\u00e9riode de deux ans. J\u2019ai travaill\u00e9 \u00e0 Radio Rive-Sud comme responsable des projets de financement et Carrefour le Moutier en relation d\u2019aide aupr\u00e8s de personnes en difficult\u00e9.<\/p><br><p>De retour \u00e0 Qu\u00e9bec apr\u00e8s deux ans et sous l\u2019insistance de mes enfants, j\u2019ai travaill\u00e9 comme agent d\u2019immeuble pour Camille Germain pendant sept ans ainsi qu\u2019au Centre Multiethnique, contrat d\u2019un an. Pr\u00e9sentement je suis grand-p\u00e8re et retrait\u00e9. Je vis assez individuellement, choix que j\u2019ai fait. Mes loisirs et sports: tennis, golf, v\u00e9lo et marche journali\u00e8re. Mes activit\u00e9s intellectuelles: lecture, films et Internet. J\u2019ai 67 ans, en pleine forme, avec encore beaucoup de projets pour l\u2019avenir.<\/p><br><p>Je vous quitte en vous souhaitant longue vie et le paradis \u00e0 la fin de vos jours.<\/p><br><p>PS : Yvon tu n\u2019es pas le 11e mais le 12e d\u2019une famille de 15.<\/p><p><br><\/p><br>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Yvon<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Le douzi\u00e8me d\u2019une grande famille de 15 fr\u00e8res et s\u0153urs. Le cinqui\u00e8me de fr\u00e8res et s\u0153urs vivants.<\/p><br><p>\u00c9crire son histoire revient \u00e0 faire le bilan d\u2019une vie. J\u2019ai toujours pens\u00e9 que l\u2019histoire du v\u00e9cu d\u2019une personne, de la naissance \u00e0 la mort, se d\u00e9roule comme dans un film. La seule diff\u00e9rence est que le sc\u00e9nario du film n\u2019est pas \u00e9crit d\u2019avance, il s\u2019\u00e9crit \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 l\u2019action se passe et vous en \u00eates toujours l\u2019acteur principal.<\/p><br><p>Heureusement, dans mon cas je connais d\u00e9j\u00e0 le sc\u00e9nario ainsi que le d\u00e9roulement du film, car je les vis depuis plus de 60 ans et j\u2019esp\u00e8re continuer pour quelques ann\u00e9es encore.<\/p><br><h3>Mon parcours<\/h3><br><p>Mon histoire d\u00e9bute \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de Colombier. Je suis n\u00e9 le 21 juin 1946 et baptis\u00e9 sous le nom de Joseph-Yvon-Maurice Fillion. Mon pr\u00e9nom actuel est Yvon; \u00e0 ma naissance je m\u2019appelais Maurice, mais mon p\u00e8re, suite \u00e0 un d\u00e9saccord profond avec un certain Maurice, m\u2019a rebaptis\u00e9 Yvon. Cela commence bien un sc\u00e9nario de film, l\u2019acteur principal change son pr\u00e9nom pendant le tournage\u2026<\/p><br><p>J\u2019ai v\u00e9cu mon enfance sur la C\u00f4te-Nord jusqu\u2019\u00e0 six ans, \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se, de 7 \u00e0 11 ans \u00e0 Paul-Baie, et mon adolescence s\u2019est pass\u00e9e \u00e0 Forestville. Apr\u00e8s mon secondaire, je me suis enr\u00f4l\u00e9 pour une p\u00e9riode de deux ans dans l\u2019Aviation Royale du Canada. \u00c0 ma sortie de l\u2019aviation, ce furent quelques mois d\u2019exploration et de recherche d\u2019emploi \u00e0 gauche et \u00e0 droite. Ensuite, ce fut pour moi l\u2019ann\u00e9e chanceuse. J\u2019ai rencontr\u00e9 Yolande, ma femme, au Cap-de-la-Madeleine et j\u2019ai d\u00e9nich\u00e9 un emploi comme technicien chez Bell Canada \u00e0 Joliette.<\/p><br><p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019emploi de Bell Canada 34 ann\u00e9es, de 1969 \u00e0 2003. J\u2019ai pris ma retraite \u00e0 57 ans, le 31 d\u00e9cembre 2003. Si je compte bien, cela fait 7 ans que je suis libre comme l\u2019air. Travailler pour Bell \u00e9tait stimulant. J\u2019\u00e9tais toujours \u00e0 la fine pointe de la technologie et j\u2019adorais l\u2019ouvrage que je faisais. Yolande et moi aimons beaucoup les voyages, la lecture et adorons recevoir nos enfants et nos petits-enfants.<\/p><br><h3>Ma famille<\/h3><br><p>En d\u00e9cembre 1968, je suis tomb\u00e9 follement amoureux d\u2019une jolie brunette qui se nommait Yolande. Environ onze mois plus tard, le 11 octobre 1969, date m\u00e9morable, pour moi, j\u2019ai mis mes plus beaux habits, j\u2019ai ajust\u00e9 ma cravate et je me suis mari\u00e9 \u00e0 Yolande B\u00e9liveau. Fille de J. H. Rosaire B\u00e9liveau et de Marguerite Trudel, n\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al le 14 septembre 1947. Nous sommes mari\u00e9s depuis 41 ans et avons trois beaux enfants Dominic, Jonathan, Marie-Claude et six petits-enfants, que nous ch\u00e9rissons et adorons.<\/p><br><p>Nous demeurons pr\u00e9sentement depuis octobre 1981 au 401 \u00c9l\u00e9ment, Trois-Rivi\u00e8res (secteur Saint-Louis-de-France). Avant, nous avons demeur\u00e9 10 ans \u00e0 Saint-J\u00e9r\u00f4me, de 1969 \u00e0 1979. \u00c0 notre arriv\u00e9e \u00e0 Saint-J\u00e9r\u00f4me, nous avons \u00e9t\u00e9 locataires. Une ann\u00e9e sur la rue Saint-Georges, ensuite deux ans sur le boulevard Bourassa, une ann\u00e9e sur la rue Clermont et finalement nous avons achet\u00e9 une maison au 28, boulevard Saint-Fran\u00e7ois (secteur Domaine Laurentien) Saint-J\u00e9r\u00f4me.<\/p><br><p>En juillet 1980, suite \u00e0 une demande de transfert, nous avons vendu la maison de Saint-J\u00e9r\u00f4me et sommes d\u00e9m\u00e9nag\u00e9s au 48, rue Landry \u00e0 Saint-Antonin, une petite municipalit\u00e9 pr\u00e8s de Rivi\u00e8re-du-Loup. J\u2019ai travaill\u00e9 un an sur le r\u00e9seau transcanadien de micro-ondes et dans les tributaires t\u00e9l\u00e9phoniques reli\u00e9s \u00e0 la centrale t\u00e9l\u00e9phonique de Rivi\u00e8re-du-Loup. Apr\u00e8s un court s\u00e9jour de travail \u00e0 Rivi\u00e8re-du-Loup, une ann\u00e9e et quelques mois \u00e0 peine, j\u2019ai demand\u00e9 un transfert pour la ville de Trois-Rivi\u00e8res, trois semaines plus tard, la famille au complet am\u00e9nageait \u00e0 Saint-Louis-de-France, banlieue \u00e0 proximit\u00e9 de Trois-Rivi\u00e8res.<\/p><br><p>Maintenant, projetons le film de ma vie sur grand \u00e9cran.<\/p><br><h3>Mes souvenirs d\u2019enfance<\/h3><br><p>J\u2019ai quatre ans, je suis assis sur la descente en bois donnant acc\u00e8s aux immenses portes de grange de la ferme familiale. Je me tiens la t\u00eate \u00e0 deux mains, je marmonne une phrase qui dans la t\u00eate d\u2019un enfant de quatre ans est d\u2019une logique implacable. \u00abJ\u2019aime mieux mourir que souffrir.\u00bb La situation est grave, la visite chez le dentiste est imminente. D\u2019apr\u00e8s mes fr\u00e8res et s\u0153urs, c\u2019est une vraie boucherie. Des images de cochons, de vaches, de poules ensanglant\u00e9es me trottent dans la t\u00eate.<\/p><br><p>\u00c0<span>\t<\/span>cette \u00e9poque, les dentistes ne faisaient pas beaucoup de pr\u00e9vention et poss\u00e9daient comme seul instrument chirurgical une grosse paire de pinces et un analg\u00e9sique d\u2019une efficacit\u00e9 douteuse. Les plombages n\u2019existaient pas, encore moins les radios. Alors le dentiste, lorsqu\u2019il doutait de la pr\u00e9sence d\u2019une carie, arrachait la dent vis\u00e9e et les deux autres de chaque c\u00f4t\u00e9 au cas o\u00f9\u2026.<\/p><br><p>Voici quelques souvenirs de mon enfance. Je revois mon p\u00e8re revenir du chantier et la maisonn\u00e9e s\u2019activer. Je me tiens en retrait, je le regarde assis \u00e0 la grande table de cuisine, j\u2019\u00e9coute ses histoires de chantiers, de b\u00fbcherons, de chevaux qu\u2019il raconte avec animation pendant qu\u2019il est en train de manger. Je suis fascin\u00e9 par ses histoires, ses mimiques et surtout par les mouvements d\u00e9sordonn\u00e9s de sa m\u00e2choire lorsqu\u2019il apporte la nourriture \u00e0 sa bouche, en mastiquant le c\u00f4t\u00e9 droit de son visage se contorsionne, se d\u00e9forme faisant appara\u00eetre des creux, des bosses et des sillons sur sa peau vieillie et burin\u00e9e par le soleil. Il ressemble \u00e0 un vieux loup de mer qui a l\u2019exp\u00e9rience du grand large et qui sait affronter les temp\u00eates. Dans mes souvenirs d\u2019enfant, je le trouvais tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re, pas tr\u00e8s chaleureux et tellement s\u00e9rieux. C\u2019\u00e9tait une personne active qui travaillait du matin au soir, l\u2019\u00e9t\u00e9 sur la ferme familiale, l\u2019automne sur le parach\u00e8vement de nouvelles routes et l\u2019hiver dans les chantiers. Il me reste peu de souvenirs de mon p\u00e8re, car lorsqu\u2019il nous a quitt\u00e9s j\u2019avais \u00e0 peine six ans. Avec le recul je crois que son attitude s\u00e9v\u00e8re \u00e9tait dict\u00e9e par l\u2019\u00e9norme responsabilit\u00e9 qu\u2019il avait de subvenir aux besoins de toute cette marmaille, il n\u2019avait pas le choix de faire r\u00e9gner une certaine discipline avec la gang d\u2019enfants courant de gauche \u00e0 droite sur la ferme familiale. Ma m\u00e8re n\u2019arr\u00eatait pas souvent non plus. Je la revois encore dans la cuisine, chauffant le po\u00eale \u00e0 bois, surveillant la soupe qui mijotait sur le po\u00eale tout en s\u2019occupant des \u00e9gratignures et des pleurs d\u2019enfants qui s\u2019accrochaient \u00e0 sa robe. Elle consacrait aussi son temps au potager, aux repas, au lavage, \u00e0 la couture, au tricot, aux animaux et j\u2019en passe. C\u2019\u00e9tait une \u00abSuper Woman\u00bb<\/p><br><p>En fermant les yeux, je revois encore la vieille bagnole pr\u00e8s de la grange o\u00f9 le chien Mathias avait sa niche. Je distingue aussi tr\u00e8s bien tous les b\u00e2timents, l\u2019atelier o\u00f9 il ne fallait surtout pas toucher aux outils de mon p\u00e8re, la grange aux portes immenses, le poulailler. J\u2019aper\u00e7ois les grands champs, le jardin, le cran us\u00e9, situ\u00e9 en face de la maison o\u00f9 l\u2019on aimait tant aller cueillir et manger des bleuets.<\/p><br><p>Mes souvenirs de la maison familiale. Au rez-de-chauss\u00e9e, une immense cuisine avec le gros po\u00eale \u00e0 bois, la chambre de mes parents, le petit salon, la bo\u00eete \u00e0 bois sous l\u2019escalier. En montant les marches pour acc\u00e9der au deuxi\u00e8me \u00e9tage, on apercevait une trappe fix\u00e9e d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ouverture de la cage d\u2019escalier permettant de fermer l\u2019acc\u00e8s au deuxi\u00e8me \u00e9tage. (Selon Jean-Marie il n\u2019y avait pas de trappe) Dans mes souvenirs d\u2019enfant, je vois bel et bien une trappe, alors on a sans doute tous les deux raison. La premi\u00e8re pi\u00e8ce que l\u2019on rencontrait \u00e0 l\u2019\u00e9tage \u00e9tait une grande aire ouverte, c\u2019\u00e9tait notre chambre \u00e0 Jean-Marie et moi. Les autres pi\u00e8ces voisines \u00e9taient les trois chambres \u00e0 coucher de mes fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/p><br><p>Ma m\u00e8re \u00e9tait l\u2019\u00e2me de la maison, elle occupait tout l\u2019espace. Mon p\u00e8re \u00e9tait la force, la sagesse, la raison et surtout le pilier principal sans qui tout s\u2019effondrait. Lorsqu\u2019il tomba malade, on aurait dit que toutes les pi\u00e8ces de la maison devinrent sombres et lors de son dernier respire, le temps s\u2019arr\u00eata. Apr\u00e8s la mort de mon p\u00e8re, on d\u00e9m\u00e9nagea \u00e0\tPaul-Baie, petite campagne \u00e0 vingt kilom\u00e8tres de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de Colombier tout pr\u00e8s de Forestville. Pour nous, enfants, la transition \u00e9tait parfaite, on laissait une grande ferme pour une fermette \u00e0 la campagne. La maison \u00e9tait grande, il y avait une grange, un grand champ et un emplacement pour un \u00e9norme jardin. Mais ce qui nous a r\u00e9joui par-dessus tout, il y avait un ruisseau \u00e0 deux pas de la maison&nbsp;juste au pied d\u2019une grande c\u00f4te. Combien de fois Jean-Guy, Jean-Marie et moi allions en excursion avec nos gr\u00e9ements de p\u00eache! Une branche d\u2019aulne, une \u00e9pingle \u00e0 couche en guise d\u2019hame\u00e7on, du foie de lard pour app\u00e2ts et vogue la gal\u00e8re, on allait attraper de la truite. Nous connaissions toutes les fosses \u00e0 truite, sous les troncs d\u2019arbres tomb\u00e9s&nbsp;\u00e0\tl\u2019eau, dans les courants sinueux et surtout en bas des chutes o\u00f9 les remous se formaient avec une mousse blanch\u00e2tre sous laquelle nos monstres \u00e9taient insatiables. Nous sautions all\u00e8grement de roche en roche et plus souvent qu\u2019autrement, nous prenions un bain forc\u00e9. Le sentier le long du ruisseau, suite \u00e0 nos nombreuses excursions, \u00e9tait tap\u00e9 comme si un troupeau d\u2019\u00e9l\u00e9phants avait pi\u00e9tin\u00e9 le terrain pendant toute une ann\u00e9e. Le nombre de monstres de quatre pouces que nous attrapions aurait pu nourrir une arm\u00e9e. Je me souviens d\u2019une p\u00eache m\u00e9morable o\u00f9 sans exag\u00e9rer, nous avions attrap\u00e9 144 truites soit douze douzaines. Nous les avions mises c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur la galerie et il avait fallu monter sur une chaise pour voir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9, j\u2019exag\u00e8re \u00e0 peine\u2026<\/p><br><p>Ma premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019\u00e9cole se fit en deux phases suite \u00e0 notre premier d\u00e9m\u00e9nagement. Un d\u00e9but chaotique \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se et le reste de l\u2019ann\u00e9e se poursuivit \u00e0 Paul-Baie. Malgr\u00e9 ces bouleversements, j\u2019aboutis en deuxi\u00e8me ann\u00e9e du primaire \u00e0 la fin des classes. Les deux ann\u00e9es suivantes furent plus laborieuses. Ma m\u00e8re, depuis la mort de mon p\u00e8re, avait de la difficult\u00e9 \u00e0 joindre les deux bouts. Sur l\u2019avis sans doute du cur\u00e9 du coin, elle d\u00e9cida de nous envoyer Colette, Madeleine, Jean-Marie et moi-m\u00eame \u00e0 l\u2019orphelinat de La Malbaie. Cette action lui permit de r\u00e9tablir ses finances temporairement pendant cette p\u00e9riode difficile. Je garde un souvenir douloureux de cette p\u00e9riode. J\u2019\u00e9tais d\u00e9racin\u00e9, j\u2019avais perdu mes points de rep\u00e8re. Ces deux ann\u00e9es, je les ai subies plut\u00f4t que v\u00e9cues. Ce fut un mauvais r\u00eave\u2026<\/p><br><p>Apr\u00e8s ces deux ans d\u2019exil, nous d\u00e9m\u00e9nage\u00e2mes \u00e0 nouveau quelques kilom\u00e8tres plus loin dans la municipalit\u00e9 de Forestville. Je terminai mon secondaire \u00e0 l\u2019\u00e9cole Dominique Savio. J\u2019ai v\u00e9cu une grande partie de mon adolescence \u00e0 Forestville. Mon fr\u00e8re Jean-Marie et moi \u00e9tions ins\u00e9parables. Nous partagions la m\u00eame gang d\u2019amis et avons fait les 400 coups ensemble. Je me rappelle les fins de semaine o\u00f9&nbsp;<span>nous allions avec la gang \u00abau six milles\u00bb dans un vieux camp abandonn\u00e9 dans la for\u00eat pr\u00e8s de la rivi\u00e8re Sault-au-Cochon, un endroit o\u00f9 la nature \u00e9tait d\u2019une beaut\u00e9 \u00e0 couper le souffle. C\u2019\u00e9tait la libert\u00e9, nous avions des ailes, la joie de vivre et la bonne humeur \u00e9taient contagieuses.<\/span><\/p><br><p>Pendant et apr\u00e8s mon secondaire les d\u00e9bouch\u00e9s \u00e9tant rares. J\u2019occupai diff\u00e9rents emplois dont voici les plus importants: \u00e2g\u00e9s de 15 ou 16 ans, Jean-Marie et moi avons gard\u00e9 pendant deux mois une tour de garde-feu en pleine for\u00eat au lac Lablache, \u00e0 100 miles au nord de Baie-Comeau. J\u2019ai travaill\u00e9 aussi comme draveur \u00e0 l\u2019Anglo Canadian Pulp, d\u00e9bardeur sur des bateaux amarr\u00e9s au quai de Baie-Comeau (je cordais de la pitoune dans la cale des bateaux \u00e0 c\u0153ur de journ\u00e9e) et pour finir, commis \u00e0 la boulangerie de Forestville. Mes fr\u00e8res et s\u0153urs m\u2019aga\u00e7aient souvent en me voyant revenir de la boulangerie avec un pain sous le bras et me chantaient en c\u0153ur (le bon pain si bon, si frais, Simard).<\/p><br><p>Durant toute ma jeunesse et mon adolescence, ma m\u00e8re fut pour moi un exemple, un mod\u00e8le et un guide, par sa d\u00e9termination, son courage et sa force de caract\u00e8re. Seule, avec plusieurs enfants \u00e0 la maison, elle a su mener sa gang \u00e0 bon port, malgr\u00e9 le manque de ressources aussi bien mon\u00e9taires que mat\u00e9rielles. Chapeau! Maman pour l\u2019abn\u00e9gation, Chapeau! Maman pour l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9, Chapeau! Maman pour la grandeur d\u2019\u00e2me. Si chacun de nous a pu tirer son \u00e9pingle du jeu dans la vie, il le doit en grande partie \u00e0 notre m\u00e8re.<\/p><br><p>Je m\u2019en voudrais de ne pas vous raconter quelques anecdotes cocasses de ma jeunesse sur la C\u00f4te-Nord. La pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre pour la f\u00eate des M\u00e8res concoct\u00e9e par Jean-Guy; c\u2019\u00e9tait sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne et Jean-Marie et moi \u00e9tions les seuls figurants et servions de cobayes. Apr\u00e8s avoir install\u00e9 les d\u00e9cors, deux chaises c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te recouvertes d\u2019un drap blanc, Jean-Marie et moi devions simuler les emb\u00fbches de Ren\u00e9 Goupil attaqu\u00e9 et martyris\u00e9 par les Am\u00e9rindiens. Nous montions et culbutions en bas des chaises pendant que Jean-Guy lisait langoureusement la lettre de Ren\u00e9 Goupil \u00e0 sa m\u00e8re. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s, tr\u00e8s \u00e9mouvant et si je me souviens bien notre m\u00e8re avait une larme aux yeux.<\/p><br><p>Tr\u00e8s jeune, j\u2019appris bien vite le m\u00e9tier de cascadeur. Dans la grange \u00e0 Paul-Baie, nous avions invent\u00e9 un raccourci pour descendre du fenil o\u00f9 \u00e9tait entass\u00e9 le foin vers le plancher de la grange sans se servir de l\u2019\u00e9chelle. Nous avions pris un grand chaudron muni de deux anses auxquelles nous avions pass\u00e9 une corde, un bout de la corde \u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 une poutre du fenil et l\u2019autre bout au tracteur sur le plancher d\u2019en bas. Le principe de fonctionnement \u00e9tait simple, il suffisait de s\u2019asseoir dans la cuve et de se laisser descendre en bas, guid\u00e9 par la corde. Comme personne ne voulait s\u2019aventurer \u00e0 inaugurer l\u2019invention, je fus d\u00e9sign\u00e9 comme pilote d\u2019essai. Il n\u2019y eut qu\u2019une seule descente, la cuve apr\u00e8s avoir gliss\u00e9 quelques pieds sur la corde se renversa et la chute du pilote, sans parachute, fut brutale. J\u2019atterris sur un baril de boulons renvers\u00e9s. Je m\u2019en suis sorti avec des prunes et des bleus et le vertige des hauteurs m\u2019a suivi une bonne partie de mon adolescence.<\/p><br><p>Autres faits cocasses: pendant l\u2019absence de notre m\u00e8re, Jean-Marie et Jean-Guy qui avaient beaucoup d\u2019imagination d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019utiliser le grand r\u00e2teau qui servait \u00e0 ramasser le foin dans les champs comme v\u00e9hicule tout terrain. Le seul hic dans cette histoire, c\u2019est qu\u2019il manquait un conducteur. Le sort tomba encore sur moi. Assis sur le si\u00e8ge instable et sur\u00e9lev\u00e9 du r\u00e2teau, me tenant par les rebords, la chevauch\u00e9e du Far West d\u00e9buta. Au d\u00e9but, la promenade s\u2019annon\u00e7ait pas trop difficile, jusqu\u2019\u00e0 ce que mes montures prennent le mors aux dents et d\u00e9cident de d\u00e9valer une pente suivie d\u2019un petit foss\u00e9 pr\u00e8s de la maison. C\u2019est alors que le r\u00e2teau s\u2019emballa et se cabra avec plusieurs petits soubresauts. Je fus projet\u00e9 dans les airs et j\u2019atterris sous le r\u00e2teau qui, tir\u00e9 par les efforts soutenus de mes deux fr\u00e8res, me passa sur le corps. Je m\u2019en tirai avec le souffle coup\u00e9, quelques contusions et une belle barre rouge sur le ventre. \u00c0 la suite de leurs supplications, je promis de ne rien dire \u00e0 maman.<\/p><br><p>\u00c0<span>\t<\/span>l\u2019\u00e9cole au primaire, j\u2019\u00e9tais sage comme une image. Au d\u00e9but du secondaire, les choses se sont un peu g\u00e2t\u00e9es. Assis \u00e0 mon pupitre, alors que je ne d\u00e9rangeais personne, manipulant \u00e0 l\u2019abri des regards une bricole quelconque le fr\u00e8re qui m\u2019enseignait voulut me la confisquer. Alors, je me levai, empoignai le petit fr\u00e8re d\u2019\u00e0 peine cinq&nbsp;<span>pieds, par les coudes, je le soulevai et l\u2019assis sur le bureau d\u2019en face en lui disant \u00abwo le flo\u00bb. Mon expulsion de la classe et de l\u2019\u00e9cole fut imm\u00e9diate. Les conditions pour mon retour en classe furent des excuses \u00e0 mon professeur et une lettre de mes parents. \u00c9tant trop orgueilleux et ne voulant pas le dire \u00e0 ma m\u00e8re, je simulai un aller-retour \u00e0 l\u2019\u00e9cole, comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, j\u2019allais au gymnase le matin, je revenais d\u00eener le midi et retournais au gymnase l\u2019apr\u00e8s-midi jusqu\u2019\u00e0 la fin des classes. Ce petit man\u00e8ge dura un mois ou deux. Mes copains de classe m\u2019apportaient chaque soir ce que je devais \u00e9tudier et je faisais mon apprentissage par moi-m\u00eame. Un soir,&nbsp;<\/span>\u00e0\tmon retour \u00e0 la maison, le professeur avait appel\u00e9 ma m\u00e8re, lui racontant ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 et demandant si je retournais ou abandonnais l\u2019\u00e9cole. Je fus re\u00e7u avec une brique et un fanal et ma m\u00e8re m\u2019emmena le soir m\u00eame rencontrer le professeur pour une bonne discussion. Il fut entendu que je retournerais \u00e0 l\u2019\u00e9cole le lendemain matin et ferais des excuses au petit fr\u00e8re devant toute la classe. Le lendemain, je retournai en classe. Le fr\u00e8re, l\u2019air triomphant, expliqua \u00e0 mes compagnons que j\u2019avais une d\u00e9claration \u00e0 faire devant la classe. La g\u00eane et l\u2019orgueil aidant, je balbutiai que je n\u2019avais rien \u00e0 dire. Le fr\u00e8re me fit sortir et m\u2019accompagna \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la classe. Il me dit que si je ne respectais pas l\u2019entente conclue je serais expuls\u00e9 de l\u2019\u00e9cole \u00e0 nouveau. Je lui fis comprendre que jamais je ne m\u2019excuserais devant toute la classe et que j\u2019\u00e9tais pr\u00eat, \u00e0 m\u2019excuser seul devant lui. Apr\u00e8s m\u2019avoir sermonn\u00e9 et fait quelques remontrances, il acquies\u00e7a. Alors, je m\u2019excusai d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 brutal et impoli et l\u2019histoire se termina de cette fa\u00e7on.<\/p><br><p>Nous \u00e9tions une tr\u00e8s grande famille. \u00c0 ma naissance, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 perdu une s\u0153ur, Ir\u00e8ne, (onze ans) et un fr\u00e8re Osias-Jean-Marie (sept ans). Ensuite, j\u2019ai perdu ma s\u0153ur Huguette, suivie de Lucette quelques ann\u00e9es plus tard. Ma m\u00e8re que j\u2019adorais, \u00e0 qui je dois tant, nous a quitt\u00e9s en 1979; nous demeurions \u00e0 Saint-J\u00e9r\u00f4me \u00e0 cette \u00e9poque. Dominic, notre fils le plus vieux, avait cinq ans et Jonathan trois ans. En 2008 est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Marcel, suivi de Bertrand peu de temps apr\u00e8s. \u00c9tonnamment, chaque fois qu\u2019un membre de la famille part, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019une partie de moi s\u2019en va. C\u2019est comme si chacun de nous faisions partie int\u00e9grante d\u2019une roue&nbsp;<span>d\u2019engrenage. Chaque fois qu\u2019un fr\u00e8re ou une s\u0153ur meurt, une dent de cette roue se brise \u00e0 jamais.<\/span><\/p><br><p>Abordons maintenant les relations entre mes fr\u00e8res et s\u0153urs. Dans ma jeunesse, les rapports entre fr\u00e8res et s\u0153urs \u00e9taient plut\u00f4t d\u00e9finis par le foss\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations. Les plus vieux formaient un clan \u00e0 part. Lorsque je suis n\u00e9, Marcel, Bertrand, Jeanine, Huguette et Lucette \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 adultes et la plupart d\u2019entre eux travaillaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la maison. Les plus jeunes, Colette, Jean-Guy, Madeleine, Jean-Marie, Lise, Denise, Michel et moi \u00e9tions encore \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Donc nous \u00e9tions plus proches et nos rapports \u00e9taient grandement diff\u00e9rents des fr\u00e8res et s\u0153urs plus \u00e2g\u00e9s, avec qui le rapprochement s\u2019est fait plus tard \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Je d\u00e9bute avec Jean-Marie, nous \u00e9tions presque du m\u00eame \u00e2ge, tr\u00e8s unis, les bons et mauvais coups nous les avons faits ensemble. Jean-Marie \u00e9tait le chevalier sans peur et sans reproche. Rien ne pouvait le d\u00e9stabiliser, il fon\u00e7ait et il passait. Jean-Guy, c\u2019\u00e9tait le chanceux, l\u2019\u00e9rudit, l\u2019athl\u00e8te, nous l\u2019envions tous, c\u2019\u00e9tait l\u2019exemple \u00e0 suivre. Lise et Denise, mes s\u0153urs jumelles, \u00e9taient pour moi des mod\u00e8les; j\u2019enviais tellement leur grande d\u00e9termination, leur t\u00e9nacit\u00e9, leur stabilit\u00e9 et leur calme. Denise \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e, pos\u00e9e avec un caract\u00e8re vif et combatif. Quant \u00e0 Lise elle \u00e9tait sociable et d\u2019approche plus facile. Michel, le benjamin sage et r\u00e9fl\u00e9chi, devait regarder toute cette gang de fr\u00e8res et s\u0153urs et se gratter la t\u00eate, il avait des exemples \u00e0 profusion. Mado \u00e9tait la s\u0153ur au grand c\u0153ur. Lorsqu\u2019on allait voir Mado en appartement, on \u00e9tait re\u00e7us comme des princes. Elle aurait pu nous donner la lune si elle avait pu. Colette, c\u2019\u00e9tait la fonceuse, celle qui d\u00e9fon\u00e7ait les portes et contr\u00f4lait sa destin\u00e9e. Quant \u00e0 mes fr\u00e8res et s\u0153urs plus \u00e2g\u00e9s, je vais essayer de d\u00e9crire en quelques mots leurs principales valeurs et qualit\u00e9s d\u00e9couvertes en les c\u00f4toyant durant toutes ces ann\u00e9es. Commen\u00e7ons par Marcel \u2013 intelligent, moraliste, pers\u00e9v\u00e9rant. Bertrand \u2013 vaillant, ing\u00e9nieux, grand c\u0153ur. Jeanine \u2013 la mamamia, le mod\u00e8le \u00e0 suivre, l\u2019aventureuse. Huguette \u2013 d\u00e9brouillarde, volontaire, vaillante. Lucette \u2013 d\u00e9termin\u00e9e, travailleuse, chaleureuse. Mes fr\u00e8res et s\u0153urs ont tous eu une influence d\u00e9terminante sur ma fa\u00e7on de voir le monde et surtout d\u2019affronter la vie.<\/p><br><p>Revenons \u00e0 mon histoire de jeunesse. Mon secondaire termin\u00e9, les d\u00e9bouch\u00e9s et les ressources \u00e9tant rares dans mon petit patelin, je d\u00e9cidai d\u2019aller chercher une formation professionnelle dans l\u2019Aviation royale du Canada. La formation d\u00e9buta \u00e0 Saint-Jean-d\u2019Iberville par une initiation \u00e0 la vie militaire de concert avec un cours d\u2019anglais de neuf mois. Une fois cette initiation compl\u00e9t\u00e9e, je fus transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Clinton, Ontario pour suivre un cours intensif d\u2019\u00e9lectronique de base suivi d\u2019une formation sp\u00e9cialis\u00e9e en radar appel\u00e9 \u00abNav-Aids\u00bb. Cette formation permettait de faire l\u2019entretien et la r\u00e9paration de radars et autres appareils servant \u00e0 guider les avions militaires de fa\u00e7on s\u00e9curitaire au d\u00e9collage et \u00e0 l\u2019atterrissage. Apprenant, qu\u2019une fois cette formation termin\u00e9e, je serais affect\u00e9 dans une base militaire au Manitoba, je d\u00e9cidai de quitter les Forces arm\u00e9es.<\/p><br><p>Suite \u00e0 mon d\u00e9part de l\u2019aviation, je fis plusieurs applications pour un emploi \u00e0 Montr\u00e9al. Attendant une r\u00e9ponse affirmative, j\u2019ai travaill\u00e9 quelques mois chez Payette Radio sur la rue Saint-Jacques \u00e0 Montr\u00e9al et plus tard, durant la p\u00e9riode d\u2019\u00e9t\u00e9, commis pour Hydro Qu\u00e9bec \u00e0 Baie-Comeau. Voyant que l\u2019attente se prolongeait pour un emploi dans mon domaine, j\u2019acceptai de m\u2019inscrire \u00e0 une formation en r\u00e9frig\u00e9ration au Cap-de-la-Madeleine.<\/p><br><p>D\u00e8s mon arriv\u00e9e \u00e0 Cap-de-la-Madeleine, je d\u00e9nichai un appartement sur la rue Loranger tout pr\u00e8s de l\u2019\u00e9cole o\u00f9 allait d\u00e9buter ma technique. Deux confr\u00e8res de classe originaires du Lac Saint-Jean partageaient avec moi l\u2019appartement. Apr\u00e8s quelques semaines d\u2019acclimatation, nous \u00e9tions \u00e0 l\u2019appartement, relaxant et sirotant quelques bi\u00e8res, lorsque l\u2019on sonna \u00e0 la porte. Un confr\u00e8re de classe, Gilles, accompagn\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s jolie brunette, venait nous rentre visite. Gilles nous pr\u00e9senta Yolande comme \u00e9tant son amie, rencontr\u00e9e quelques jours auparavant sur la rue des Forges. J\u2019\u00e9tais assis un peu en retrait et je grattais n\u00e9gligemment une guitare, je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de fixer cette jolie fille aux cheveux longs et au visage ang\u00e9lique. Elle s\u2019approcha et m\u2019adressa la parole, me demandant si je savais jouer de la guitare. Je ne me souviens plus de ma r\u00e9ponse, j\u2019ai d\u00fb r\u00e9pondre que je d\u00e9butais tout en \u00e9tant hypnotis\u00e9 par ses yeux enj\u00f4leurs.<\/p><br><p>Quelques jours plus tard, Gilles me demanda de l\u2019accompagner chez son oncle pour r\u00e9cup\u00e9rer un livre oubli\u00e9. En fait, c\u2019\u00e9tait un pr\u00e9texte; Yolande, qui \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 sa cousine, voulait que Gilles m\u2019avoue la v\u00e9rit\u00e9 afin que l\u2019on puisse se conna\u00eetre mieux. Je pr\u00e9sume que lors de sa visite \u00e0 l\u2019appartement, elle fut \u00e9blouie soit par ma dext\u00e9rit\u00e9 \u00e0 jouer de la guitare ou par la couleur de mes yeux, je ne saurais le dire. De toute fa\u00e7on, Gilles m\u2019avoua l\u2019astuce. Sachant que l\u2019on \u00e9tait trois gars en appartement, Yolande et Gilles avaient convenu qu\u2019elle serait pr\u00e9sent\u00e9e comme son amie et non comme sa cousine afin qu\u2019elle ne soit pas achal\u00e9e outre mesure. En apprenant la v\u00e9rit\u00e9, j\u2019\u00e9tais fou de joie. Le surlendemain, je t\u00e9l\u00e9phonai \u00e0 Yolande pour fixer un rendez-vous.<\/p><br><p>Apr\u00e8s des fr\u00e9quentations de quelques mois, c\u2019\u00e9tait le coup de foudre et il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 question de mariage. Marguerite, la m\u00e8re de Yolande, m\u2019avait sugg\u00e9r\u00e9 d\u2019attendre quelque temps avant de m\u2019engager, afin que Yolande devienne plus s\u00e9rieuse. Je ne suivis pas son conseil, \u00e9tant incapable d\u2019attendre aussi longtemps; donc je pris un risque calcul\u00e9 et nous nous sommes mari\u00e9s \u00e0 la date pr\u00e9vue. J\u2019ai eu parfaitement raison de prendre cette d\u00e9cision, apr\u00e8s 40 ans de mariage, Yolande est finalement devenue pas mal plus s\u00e9rieuse\u2026 Notre union fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0\tl\u2019\u00e9glise Saint-Odilon du Cap-de-la-Madeleine le 11 octobre 1969. Depuis, je suis combl\u00e9, Yolande et moi filons le parfait bonheur. Nous avons trois beaux enfants et bient\u00f4t six petits-enfants. J\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 la naissance de chacun d\u2019eux.<\/p><br><h3>Dominic<\/h3><p>Dominic est n\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Saint-J\u00e9r\u00f4me le 12 f\u00e9vrier 1973, un lundi, \u00e0 3 h 58 et pesait 7,4 lb. Yolande et moi avions suivi un cours pr\u00e9paratoire \u00e0 l\u2019accouchement. Pendant ce cours, je me suis entra\u00een\u00e9 \u00e0\tfaire des respirations rapides pour encourager Yolande \u00e0 m\u2019imiter lors de ses contractions. Ce que je ne savais pas, c\u2019est que faire des respirations rapides sur une longue p\u00e9riode provoquait l\u2019hyper-ventilation. J\u2019y mis tout mon c\u0153ur d\u00e8s le d\u00e9but et \u00e0 chaque contraction, je pompais comme un coureur de fond de 100 m\u00e8tres. Graduellement le visage me p\u00e2lit et la sueur me perlait sur le front. L\u2019infirmi\u00e8re en me regardant ne savait plus \u00e0 qui elle devait prodiguer des soins, \u00e0 Yolande ou \u00e0 moi. En titubant, \u00e9tourdi, me tenant apr\u00e8s&nbsp;les murs, je r\u00e9ussis tant bien que mal \u00e0 me glisser dans le passage de l\u2019h\u00f4pital. En faisant les 100 pas dans le couloir, je repris rapidement des forces. N\u2019\u00e9coutant que mon courage, je fon\u00e7ai \u00e0 nouveau dans la salle d\u2019accouchement. Cette fois, je mis moins d\u2019ardeur dans mes respirations et finalement Dominic est arriv\u00e9. Nous \u00e9tions fous de joie; notre premier poupon \u00e9tait n\u00e9. L\u2019infirmi\u00e8re r\u00e9ussit, non sans peine, \u00e0 nous l\u2019arracher des bras pour l\u2019apporter \u00e0 la pouponni\u00e8re. Trente-sept ann\u00e9es plus tard, Dominic s\u2019est mari\u00e9 le 7 ao\u00fbt 1993. Sa compagne est Julie Simard et ils ont deux enfants: Marc-Antoine, n\u00e9 le 11 f\u00e9vrier 1999, et Laurence, n\u00e9e le 7 mai 2003.<\/p><br><h3>Jonathan<\/h3><p>Pour Jonathan, notre second fils, ce fut moins compliqu\u00e9, mais tout aussi exaltant. Yolande et moi avions plus d\u2019exp\u00e9rience. Si je me rappelle bien mes respirations furent moins soutenues et plus espac\u00e9es. La maman a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur du d\u00e9but \u00e0 la fin et l\u2019accouchement s\u2019est bien d\u00e9roul\u00e9. Jonathan est n\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Saint-J\u00e9r\u00f4me le jeudi 19 juin 1975 \u00e0 5 h 40, il pesait 8,15 lb. C\u2019\u00e9tait tout un \u00e9merveillement de tenir ce nouveau petit poupon dans nos bras. Nous \u00e9tions tr\u00e8s fiers et avions bien h\u00e2te de le pr\u00e9senter \u00e0 Dominic qui avait deux ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Jonathan et sa compagne Isabelle Landry se sont mari\u00e9s le 11 ao\u00fbt 2001. Ils ont deux enfants: J\u00e9r\u00e9mie n\u00e9 le 2 juin 2004 et Rosalie, n\u00e9e le 28 juin 2007.<\/p><br><h3>Marie-Claude<\/h3><p>Marie-Claude, notre fille, est n\u00e9e \u00e0 Rivi\u00e8re-du-Loup, le jeudi 18 d\u00e9cembre 1980, \u00e0 6 h 50, elle pesait 9,13 lb. La d\u00e9cision d\u2019avoir un troisi\u00e8me enfant restait hypoth\u00e9tique. Je savais que Yolande voulait avoir une fille, mais les chances d\u2019avoir une fille au lieu d\u2019un gar\u00e7on \u00e9taient de 50\/50. Notre d\u00e9cision n\u2019\u00e9tant pas prise, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s ind\u00e9cis. Lors d\u2019une conversation avec ma belle-s\u0153ur Ginette, je lui mentionnais mon ind\u00e9cision face \u00e0 un nouvel enfant, elle m\u2019apporta un argument de poids, qui m\u2019aida \u00e0 prendre une d\u00e9cision positive. Ginette me fit prendre conscience que si Yolande d\u00e9sirait une fille et que nous ne tentions pas notre chance, elle regretterait s\u00fbrement plus tard cette ind\u00e9cision. Alors une fois la d\u00e9cision prise, Yolande et moi, nous sommes mis \u00e9nergiquement \u00e0 l\u2019ouvrage et neuf mois plus tard, surprise Marie-Claude est arriv\u00e9e. Nous demeurions \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 Saint-Antonin, un village \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Rivi\u00e8re-du-Loup.<\/p><br><p>L\u2019hiver \u00e0 cet endroit est particuli\u00e8rement froid et rigoureux. J\u2019\u00e9tais convaincu que Yolande attendait une fille. Voici la raison qui m\u2019amenait \u00e0 croire \u00e0 cette possibilit\u00e9; chaque fois que je m\u2019assoyais devant le t\u00e9l\u00e9viseur pour regarder un match de hockey, Yolande commen\u00e7ait \u00e0 ressentir plusieurs contractions. Je devais donc sortir \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, r\u00e9chauffer l\u2019auto et conduire Yolande \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Rivi\u00e8re-du-Loup, en sautant par-dessus des bancs de neige et en bravant un froid sib\u00e9rien. Ces fausses alertes sont arriv\u00e9es deux fois. Chaque fois durant un match de hockey. Alors, faites l\u2019\u00e9quation match de hockey \u00e9gale contraction, deux fois de suite, facile de sauter aux conclusions, c\u2019\u00e9tait une certitude, Yolande attendait une fille. La suite m\u2019a donn\u00e9 raison. Yolande et moi \u00e9tions au septi\u00e8me ciel, Marie-Claude \u00e9tait l\u00e0 dans nos bras et notre fille venait se joindre au noyau familial tiss\u00e9 serr\u00e9 et nous avions notre fille tant d\u00e9sir\u00e9e. La petite derni\u00e8re Marie-Claude demeure avec son conjoint Marc Rousseau depuis six ans. Ils ont pr\u00e9sentement quatre enfants dont Micha\u00ebl n\u00e9 de leur union le 27 avril 2006, Benjamin n\u00e9 le 16 novembre 2010; s\u2019ajoutent \u00e0 la petite famille, St\u00e9phanie et Alex, n\u00e9s d\u2019une union pr\u00e9c\u00e9dente de Marc.<\/p><br><p>Pour faire vivre toute cette marmaille, il a fallu que j\u2019aille chercher du bl\u00e9 quelque part. C\u2019est dans le champ de Bell Canada que j\u2019ai pris mon bl\u00e9 pendant 34 ans. Il y a eu deux ann\u00e9es o\u00f9 la r\u00e9colte fut moins abondante. Deux conflits syndicaux oppos\u00e8rent la compagnie \u00e0 ses employ\u00e9s. Le premier, en 1979, dura cinq semaines et le second, en 1988, dura quatre mois. J\u2019ai connu les lignes de piquetage et les chants de ralliement \u00abso so so solidarit\u00e9\u00bb. Durant ma carri\u00e8re chez Bell, j\u2019ai particip\u00e9 activement \u00e0 la vie syndicale. Au d\u00e9but, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 secr\u00e9taire de section locale et, par la suite, j\u2019ai \u0153uvr\u00e9 comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical de centrale t\u00e9l\u00e9phonique. Comme dit le slogan \u00abLa vie est Bell \u00e0 Bell\u00bb. Mon travail chez Bell consistait \u00e0 entretenir le r\u00e9seau longue distance, c\u2019est-\u00e0-dire les liaisons pour lesquelles il faut signaler 1 sur votre t\u00e9l\u00e9phone. La technologie a beaucoup \u00e9volu\u00e9 depuis mon d\u00e9but chez Bell. Lorsque j\u2019ai commenc\u00e9, l\u2019\u00e9quipement fonctionnait \u00e0 lampes, plus tard ce fut les transistors ensuite les circuits int\u00e9gr\u00e9s. La liaison entre chaque ville se faisait par porteur d\u2019onde analogique, la fibre optique est apparue une dizaine ann\u00e9es&nbsp;<span>avant mon d\u00e9part. La conversion de l\u2019analogique au num\u00e9rique fut un point tournant dans l\u2019\u00e9volution des communications. Au tout d\u00e9but, le fonctionnement des centraux t\u00e9l\u00e9phoniques se faisait d\u2019une fa\u00e7on \u00e9lectrom\u00e9canique. Par la suite la rel\u00e8ve fut prise par de puissants ordinateurs prenant des centaines de d\u00e9cisions et acheminant des millions d\u2019appels. Ces ordinateurs combin\u00e9s avec les lasers et la fibre optique ont r\u00e9volutionn\u00e9 les t\u00e9l\u00e9communications. Pour suivre ces \u00e9volutions rapides de la technologie, j\u2019ai suivi une multitude de formations techniques. J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 mon passage \u00e0 Bell, aimant la technologie, les sciences et les nouvelles inventions, je fus combl\u00e9 avec tout cet \u00e9ventail de perc\u00e9es technologiques survenues dans le cheminement de ma carri\u00e8re.<\/span><\/p><br><br><h2>Mon autoportrait<\/h2><br><br><h3>Mes valeurs<\/h3><br><p>Vivre et laisser vivre, tel est ma devise. Je suis tol\u00e9rant et accepte facilement les fa\u00e7ons de vivre diff\u00e9rentes des gens qui m\u2019entourent. L\u2019\u00e9quilibre en toute chose est un crit\u00e8re tr\u00e8s important pour moi. La famille, les gens que j\u2019aime et les amis sont une partie centrale de mon univers.<\/p><br><h3>Mes ambitions<\/h3><br><p>Rendre les gens qui m\u2019entourent les plus heureux possible. J\u2019aimerais quitter ce monde en me disant: j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 mes r\u00eaves les plus fous, j\u2019ai b\u00e2ti et accompli ce que j\u2019avais projet\u00e9 et aid\u00e9 dans la mesure de mes moyens ma famille, mes amis et les personnes que j\u2019ai crois\u00e9es qui avaient vraiment besoin de moi. Yolande et moi esp\u00e9rons vivre une retraite sereine et heureuse dans notre maison de Trois-Rivi\u00e8res, tout en c\u00f4toyant et ch\u00e9rissant nos enfants et nos petits-enfants et si la sant\u00e9 et les sous le permettent, continuer \u00e0 voyager\u2026<\/p><br><h3>Mes devises<\/h3><br><p>La vie, c\u2019est comme aller en bicyclette, pour maintenir son \u00e9quilibre il faut toujours avancer (Albert Einstein)<\/p><br><p>Ne jamais oublier que la plus grosse intention ne vaut jamais la plus petite des actions. (Auteur inconnu)<\/p><br><h3>Mes loisirs<\/h3><br><p>Pendant plusieurs ann\u00e9es, mes sports se r\u00e9sumaient presque exclusivement \u00e0 faire la navette pour les enfants entre le soccer l\u2019\u00e9t\u00e9 et le hockey l\u2019hiver. Apr\u00e8s quelques ann\u00e9es de ce r\u00e9gime, j\u2019avais des fourmis dans les jambes. Voici quelques sports et activit\u00e9s \u00e0 mon actif, depuis que j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 de faire le taxi pour mes jeunes.<\/p><br><p>Ascension de montagne: Acropole des draveurs (3 200 pieds), Mt Washington N.H. (6 288 pieds), Mt Lafayette (5 249 pieds), Mt Kathadin Maine (5 268 pieds)<\/p><br><p>Longues randonn\u00e9es: Tadoussac (3 jours), travers\u00e9e de Charlevoix (6 jours), Vancouver, West Coast Trail (7 jours), Grand Canyon, Arizona (1 journ\u00e9e).<\/p><br><p>Excursions de ski de fond: Lac des cygnes, R\u00e9serve Portneuf, Gasp\u00e9sie, Chic-Chocs (Mt Logan et Mines Madeleine)<\/p><br><p>Autres loisirs: bicyclette, tennis, badminton, jardinage, lecture, voyage, r\u00e9novation.<\/p><br><p>Ainsi se termine la premi\u00e8re bobine du film de ma vie. Il reste une longueur ind\u00e9termin\u00e9e sur la deuxi\u00e8me bobine. J\u2019esp\u00e8re que mes descendants continueront le travail que Jean-Guy a si brillamment amorc\u00e9 afin que les g\u00e9n\u00e9rations futures puissent conna\u00eetre l\u2019\u00e9pop\u00e9e des Fillion d\u2019Am\u00e9rique.<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p><strong><em>Yvon<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Lise<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<h3>Une infime partie de mon histoire<\/h3><br><p>J\u2019ai quatre ans, je suis assise sur le plancher, je regarde maman faire son pain. Elle a de la farine sur le bout du nez. Elle p\u00e9trit la p\u00e2te qui dans quelques heures sera devenue de bons et moelleux \u00abpains fesses\u00bb. Quelle senteur enivrante dans la maison! L\u2019ar\u00f4me se r\u00e9pand dans toutes les pi\u00e8ces\u2026 Bient\u00f4t l\u2019heure de la collation, nous aurons droit \u00e0 une bonne tranche de pain chaud, tartin\u00e9e de beurre. Quel d\u00e9lice!<\/p><br><p>Durant l\u2019hiver, n\u2019ayant pas de v\u00eatements assez chauds pour jouer dehors, je passais des heures, assise pr\u00e8s de la table, \u00e0 regarder par la fen\u00eatre tomber de gros flocons de neige. Ils voltigeaient comme de gros papillons avant de se d\u00e9poser en douceur et en silence sur le sol. Je trouvais cela f\u00e9erique! Il m\u2019est arriv\u00e9, quelquefois, avec mes fr\u00e8res pendant le temps des F\u00eates, de m\u2019aventurer dans la for\u00eat \u00e0 la recherche d\u2019un sapin vert qui, lorsque d\u00e9cor\u00e9, tr\u00f4nerait royalement dans le salon r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la visite (plut\u00f4t rare d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9loignement \u00e0 cette \u00e9poque). Quelle effervescence dans la maison! On assistait aux pr\u00e9paratifs de cette f\u00eate tant attendue. \u00c7a sentait les p\u00e2t\u00e9s \u00e0 la viande, la tourti\u00e8re du Lac Saint-Jean, le cipaille, les desserts\u2026 Nous \u00e9tions tous excit\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de voir arriver le P\u00e8re No\u00ebl avec sa hotte sur le dos, la nuit de No\u00ebl\u2026 Chacun de nous avait accroch\u00e9 son bas, un peu partout dans la maison, esp\u00e9rant y retrouver, le 24 d\u00e9cembre au soir, des cadeaux, des surprises\u2026 une orange, une pomme, un bonbon, une paire de bas fra\u00eechement tricot\u00e9e, des mitaines, nous \u00e9tions combl\u00e9s\u2026 Pour moi, ce joyeux temps, fait d\u2019attentes, de f\u00e9brilit\u00e9, de rencontres, de visites me remplissait de joie. Ce fut et restera la plus belle f\u00eate de l\u2019ann\u00e9e.<\/p><br><p>Ce que j\u2019aime me rappeler, aussi, ce sont les bruits familiers entendus \u00e0\tchaque jour: le chant du coq, \u00e0 cinq heures du matin, le tintement de la cloche au cou de la vache, le caquetage des poules dans la basse-cour, le chant des oiseaux, surtout les corneilles avec leurs cris stridents et per\u00e7ants. Le carillon du clocher de l\u2019\u00c9glise, au loin, qui annon\u00e7ait l\u2019Ang\u00e9lus, les v\u00eapres, les fun\u00e9railles, la grand-messe, les bapt\u00eames\u2026 Aujourd\u2019hui, lorsque je les entends, s\u2019\u00e9veillent en moi de doux souvenirs.<\/p><br><p>Nous avions de grands espaces \u00e0 parcourir, le plus souvent pieds nus. Nous nous sentions libres, libres de la libert\u00e9 des enfants de Dieu. La nature sauvage \u00e9tait belle avec ses arbres, ses fleurs des champs, ses collines et montagnes. Il y faisait bon vivre!<\/p><br><p>Je revois encore maman avec son tablier autour de la taille, parcourant l\u2019\u00e9tendue de son jardin, \u00e0 la recherche de quelques fraises, carottes, f\u00e8ves, radis\u2026 Elle revenait \u00e0 la maison le tablier plein de sa r\u00e9colte. Avec peu, elle s\u2019ing\u00e9niait \u00e0 nous faire des repas dignes de grands restaurants.<\/p><br><p>Que dire de son p\u00e2t\u00e9 au saumon, ses cigares au chou, son p\u00e2t\u00e9 chinois, ses r\u00f4tis de b\u0153uf ou porc, qu\u2019elle cuisinait le samedi soir pendant que les gars regardaient leur match de hockey et qui nous \u00e9taient servis le dimanche midi, apr\u00e8s la grand-messe. Elle faisait son pain, son beurre, ses viandes en conserve, ses confitures, ses marinades ou autres. Elle \u00e9tait la premi\u00e8re lev\u00e9e, souvent la derni\u00e8re au lit. Le matin, elle allumait son po\u00eale afin de r\u00e9chauffer la maison, l\u2019hiver. Avant de nous r\u00e9veiller, elle pr\u00e9parait le d\u00e9jeuner. \u00c7a sentait le gruau, le caf\u00e9, les r\u00f4ties, dans toute la maisonn\u00e9e. Elle prenait plaisir \u00e0 nous servir, toujours avec son tablier \u00e0 la taille. Quel bonheur! Lorsque j\u2019entends ce chant \u00e0 l\u2019\u00c9glise, cela me rappelle ces merveilleux souvenirs\u2026<\/p><br>\n<p style=\"text-align: center;\">Comme Lui, savoir dresser la table&nbsp;<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Comme Lui, nouer le tablier&nbsp;<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Se lever chaque jour&nbsp;<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Et servir par amour&nbsp;<\/p><p style=\"text-align: center;\"><br><\/p><p style=\"text-align: center;\">Comme Lui.<\/p><br>\n<p>Je la revois encore filer la laine, tricoter des bas, des mitaines, broder des taies d\u2019oreillers, des linges \u00e0 vaisselle, des nappes, coudre des v\u00eatements dans de vieux pantalons et soutanes donn\u00e9s par le cur\u00e9 de la paroisse et membres de la famille. \u00c0 l\u2019\u00e9cole, nous \u00e9tions cit\u00e9s en exemple pour notre propret\u00e9 et notre habillement. Je la revois aussi, le lundi, jour du lavage, s\u2019agenouiller devant sa cuve et sa planche \u00e0 laver, frotter pendant une bonne partie de la journ\u00e9e chacun de nos v\u00eatements. Que dire du s\u00e9chage, l\u2019hiver\u2026 Lorsqu\u2019elle \u00e9tendait le linge sur la corde ext\u00e9rieure par des froids sib\u00e9riens, et qu\u2019elle revenait parfois les doigts gel\u00e9s et parfois ensanglant\u00e9s. Je ne l\u2019entendais jamais se plaindre\u2026 La maison reluisait de propret\u00e9. Elle lavait et cirait les planchers \u00e0 genoux. Le grand m\u00e9nage se faisait \u00e0 chaque printemps. Elle n\u2019y manquait pas. Je la remercie de nous avoir inculqu\u00e9 ces deux grandes qualit\u00e9s: l\u2019ordre et la propret\u00e9.<\/p><br><p>Ce que j\u2019admirais le plus chez elle, c\u2019\u00e9tait sa grande foi. Combien de fois l\u2019ai-je vue, le soir et le matin, \u00e0 genoux pr\u00e8s de son lit, en pyjama, faire sa pri\u00e8re! La messe du dimanche \u00e9tait aussi tr\u00e8s importante pour elle. Je crois qu\u2019elle n\u2019en a jamais manqu\u00e9 une\u2026 Quand arrivait le temps du car\u00eame, elle nous amenait, Denise et moi, \u00e0 pied, \u00e0 la brunante, \u00e0 la messe. \u00c0 l\u2019\u00e9glise, elle s\u2019asseyait entre nous deux. Nous nous sentions bien, en s\u00e9curit\u00e9 et heureuses d\u2019\u00eatre avec elle. Nous l\u2019aurions suivie jusqu\u2019au bout du monde\u2026 Elle croyait \u00e0 la Providence. Combien de fois, \u00e0 bout de ressources, sans un sou pour acheter de la nourriture, n\u2019a-t-elle pas trouv\u00e9 un vingt dollars oubli\u00e9 au fond de son sac \u00e0 main ou ne lui est-il pas arriv\u00e9 un montant d\u2019argent inattendu et inesp\u00e9r\u00e9 au moment propice? Elle se plaisait \u00e0 dire que Dieu, notre P\u00e8re du ciel, \u00e9tait avec nous, qu\u2019Il ne nous abandonnerait jamais. J\u2019ai bien appris la le\u00e7on, car je vis les m\u00eames exp\u00e9riences dans ma vie de tous les jours et je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la Providence. Elle avait une grande d\u00e9votion envers Marie, notre M\u00e8re du ciel. Elle pr\u00e9tendait qu\u2019elle \u00e9tait trop humble pour s\u2019adresser directement \u00e0 Dieu\u2026 Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, j\u2019ai re\u00e7u miraculeusement son chapelet par la poste. Je le garde soigneusement et m\u2019en sers r\u00e9guli\u00e8rement en pensant et priant pour elle.<\/p><br><p>Elle \u00e9tait juste avec chacun de ses enfants, surtout avec ses jumelles. Jamais, entre Denise et moi, elle n\u2019a fait de favoritisme. Quand elle donnait ou achetait quelque chose \u00e0 l\u2019une, elle le faisait pour l\u2019autre. Elle avait un bon jugement, une belle sagesse, elle \u00e9tait de bon conseil. C\u2019\u00e9tait une maman exemplaire \u00e0 tout point de vue. Elle a v\u00e9cu pour ses enfants. Tout le monde l\u2019aimait.<\/p><br><p>Quelques ann\u00e9es avant son d\u00e9c\u00e8s, je lui ai demand\u00e9 si elle \u00e9tait satisfaite de tout ce qu\u2019elle avait r\u00e9alis\u00e9 dans sa vie. Elle m\u2019a r\u00e9pondu spontan\u00e9ment: \u00abJe suis heureuse de tout ce que j\u2019ai v\u00e9cu et, si c\u2019\u00e9tait \u00e0\trefaire, je le referais encore avec plaisir. Mes enfants sont tout pour moi!\u00bb Ch\u00e8re bonne et merveilleuse maman! Comme tu nous manques!<\/p><br><p>Avec un recul, je repense \u00e0 sa vie et j\u2019admire son courage, sa force, son abn\u00e9gation, sa d\u00e9termination, son sens de l\u2019humour, sa grande simplicit\u00e9. Je lui dois beaucoup\u2026<\/p><br><p>Je me dois de parler de ma s\u0153ur Jeanine, qui fut une deuxi\u00e8me m\u00e8re pour moi. Elle avait treize ans lors de ma naissance et elle fut charg\u00e9e de s\u2019occuper de moi. Elle le fit consciencieusement et avec beaucoup d\u2019amour. Des liens tr\u00e8s forts se sont tiss\u00e9s entre elle et moi, au fil des ans. \u00c0 vingt-deux ans, je fus atteinte d\u2019un cancer. Je me croyais atteinte d\u2019une maladie b\u00e9nigne. Jeanine m\u2019a oblig\u00e9e \u00e0 consulter un m\u00e9decin. Heureusement qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas trop tard. Elle m\u2019a certainement sauv\u00e9 la vie. Je n\u2019ai pour elle que la plus grande reconnaissance.<\/p><br><p>Il y a aussi ma pr\u00e9cieuse et unique jumelle, Denise qui fut un ange dans ma vie. Combien de fois m\u2019a-t-elle d\u00e9fendue, prot\u00e9g\u00e9e, aid\u00e9e, soutenue, r\u00e9confort\u00e9e, encourag\u00e9e! Que serais-je devenue sans elle? Elle me conna\u00eet plus que je ne me connais moi-m\u00eame! Je lui dois beaucoup. Je lui suis tr\u00e8s reconnaissante.<\/p><br><p>Que dire de Madeleine? Elle a aussi jou\u00e9 un grand r\u00f4le dans ma vie. Elle fut la grande s\u0153ur id\u00e9ale: celle qui s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 nous deux, Denise et moi. Nous avons souvent jou\u00e9 ensemble. Nous avons v\u00e9cu notre adolescence et le d\u00e9but de l\u2019\u00e2ge adulte avec elle. Elle a su nous ouvrir la porte de son c\u0153ur en tout temps. Que ce soit \u00e0 Baie-Comeau, Qu\u00e9bec ou Montr\u00e9al. Il y avait toujours de la place pour nous et elle \u00e9tait toujours heureuse de nous accueillir. Merci, Madeleine, je n\u2019oublierai jamais\u2026<\/p><br><p>Maman avait commenc\u00e9, quelques ann\u00e9es avant mon d\u00e9part de la maison, \u00e0 prendre des pensionnaires comme source de revenus. Il y a eu Dali\u00e9tis Hervieux, une jeune am\u00e9rindienne \u00e2g\u00e9e de treize ans, qui est demeur\u00e9e avec nous quelques ann\u00e9es. Ensuite, ce fut Valmont, un jeune homme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es, qui travaillait pour le magasin La Baie. Il a v\u00e9cu plus d\u2019un an avec nous. Ensuite, ce fut le tour d\u2019un garde-chasse, nomm\u00e9 Marcel, qui lui aussi fut un certain temps avec nous. Elle recevait aussi, pour le repas du midi, une jeune femme de Rivi\u00e8re Portneuf, secr\u00e9taire \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 provinciale dont les bureaux \u00e9taient non loin de chez nous. Maman ne manquait pas d\u2019id\u00e9es, elle savait se d\u00e9brouiller\u2026<\/p><br><p>Pendant ce temps, je travaillais \u00e0 la Banque Canadienne Nationale. J\u2019y suis rest\u00e9e trois ans. Le go\u00fbt de partir pour la ville me prit. J\u2019en parlai \u00e0\tmaman. Elle me regarda dans les yeux pour me dire: \u00abVa ma fille, tu es jeune, tu as ta vie \u00e0 b\u00e2tir, moi la mienne est avanc\u00e9e, je d\u00e9sire que tu sois heureuse et que tu suives ta voie. Tu es libre, pars et ne t\u2019inqui\u00e8tes pas pour moi.\u00bb Je la remercie de tant d\u2019ouverture et de compr\u00e9hension, car apr\u00e8s mon d\u00e9part, elle restait seule \u00e0 la maison, tous les enfants \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 partis travailler \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Elle se sentait capable \u00e0 nouveau de relever ce d\u00e9fi. Et six mois plus tard est arriv\u00e9 son prince charmant. Elle avait 67 ans\u2026 Je vous raconte cette fabuleuse histoire.<\/p><br><p>Un jour, apr\u00e8s cinquante ans d\u2019absence l\u2019un de l\u2019autre, est arriv\u00e9 par le fleuve, un traversier venant de Matane ayant \u00e0 son bord un homme de soixante-dix ans du nom d\u2019Albert B\u00e9langer. Maman ne l\u2019attendait pas du tout. Mais pas du tout! Elle l\u2019avait connu \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans. Elle l\u2019avait fr\u00e9quent\u00e9 quelques mois \u00e0 peine avant de rencontrer son homme, mon p\u00e8re, Eug\u00e8ne. Il avait donc fait sa vie. Il s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 et avait eu quatre enfants. Sa femme \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9e depuis quelques ann\u00e9es. Une id\u00e9e lui trottait dans la t\u00eate depuis ce temps, \u00e9pouser ma m\u00e8re. Il n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 se jeter \u00e0 l\u2019eau&#8230; La grande demande fut faite et, apr\u00e8s beaucoup de peurs et d\u2019h\u00e9sitations, elle finit par dire oui \u00e0 cette grande aventure du mariage. Elle ne l\u2019a pas regrett\u00e9! Pendant huit ans, elle fut tr\u00e8s heureuse avec lui. La seule chose qu\u2019elle ait regrett\u00e9e fut de perdre sa libert\u00e9\u2026 mais elle a gagn\u00e9 beaucoup sur d\u2019autres&nbsp;<span>points. Elle a voyag\u00e9 en Floride, Ottawa au temps des fleurs, Montr\u00e9al, Lac Saint-Jean, etc. Elle a de plus gagn\u00e9 un merveilleux compagnon de vie qui l\u2019a ch\u00e9rie, respect\u00e9e pendant toutes ces ann\u00e9es. De plus, il \u00e9tait un merveilleux jardinier\u2026 il a su am\u00e9nager son terrain, derri\u00e8re la maison de Forestville, en un jardin botanique digne des jardins de M\u00e9tis.<\/span><\/p><br><p>Par la suite, je suis partie pour Rimouski, o\u00f9 j\u2019ai travaill\u00e9 pour la m\u00eame banque pendant un an. Ce fut une p\u00e9riode transitoire, avant de m\u2019aventurer dans la grande ville de Qu\u00e9bec o\u00f9 Madeleine \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 install\u00e9e. J\u2019ai aussi travaill\u00e9, l\u00e0, pour deux autres succursales bancaires pendant neuf ans. Je m\u2019y ennuyais \u00e0 mourir. L\u2019id\u00e9e m\u2019est alors venue d\u2019ouvrir un petit commerce dans le tissu. Par un concours de circonstances, j\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019ouvrir ma boutique \u00e0 L\u2019Ancienne-Lorette. Je l\u2019ai op\u00e9r\u00e9e pendant sept ans. Les affaires \u00e9taient prosp\u00e8res, mais je m\u2019\u00e9puisais \u00e0 la t\u00e2che\u2026 Heureusement que ma Denise \u00e9tait l\u00e0 pour m\u2019\u00e9pauler. Je lui dois beaucoup. J\u2019ai d\u00fb vendre pour cause d\u2019\u00e9puisement. Trop gros d\u00e9fi pour mes petites \u00e9paules\u2026 Ce fut quand m\u00eame une tr\u00e8s belle exp\u00e9rience o\u00f9 j\u2019ai pu d\u00e9couvrir mes forces et mes faiblesses\u2026<\/p><br><p>Gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, je me suis retrouv\u00e9e travaillant comme pr\u00e9pos\u00e9e aux b\u00e9n\u00e9ficiaires aupr\u00e8s de personnes \u00e2g\u00e9es, au Centre Hospitalier de l\u2019Universit\u00e9 Laval. J\u2019y suis rest\u00e9e pendant treize ans, \u00e0 mi-temps. Encore l\u00e0, ce fut une exp\u00e9rience marquante. J\u2019ai pris plaisir \u00e0 m\u2019occuper de ces personnes \u00e2g\u00e9es qui me donnaient le sentiment d\u2019\u00eatre utile. J\u2019ai quitt\u00e9 cet emploi pour devenir famille d\u2019accueil, avec l\u2019homme merveilleux que j\u2019ai \u00e9pous\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quarante-huit ans. Il n\u2019y a donc pas de causes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es\u2026 Je l\u2019attendais et le cherchais depuis l\u2019\u00e2ge de dix-huit ans\u2026 trente ans plus tard. Nous avons accueilli dix-huit enfants, \u00e0 court et long terme, sur une p\u00e9riode de dix ans. Ils m\u2019ont beaucoup appris\u2026 j\u2019ai appris \u00e0 me conna\u00eetre et \u00e0 conna\u00eetre l\u2019homme \u00e9nigmatique que j\u2019avais \u00e9pous\u00e9\u2026 Je nous croyais parfaits, h\u00e9las, ce n\u2019\u00e9tait pas le cas. Ce fut une surprenante d\u00e9couverte et merveilleuse exp\u00e9rience, des plus enrichissantes \u00e0 tous les points de vue. Je les en remercie beaucoup. Ils furent des rayons de soleil pour nous!<\/p><br><p>Depuis juin 2003, nous sommes install\u00e9s \u00e0 Rivi\u00e8re-du-Loup. Virginie, notre petite derni\u00e8re, a accept\u00e9 de nous suivre dans cette aventure. Nous l\u2019accompagnons d\u00e9j\u00e0 depuis sept ans. Elle est un beau cadeau dans notre vie! Nous la consid\u00e9rons comme notre fille. Elle nous apporte beaucoup de joie et de bonheur. Combien de temps serons-nous \u00e0\tRivi\u00e8re-du-Loup? Que nous r\u00e9serve l\u2019avenir? Dieu seul le sait\u2026 Comme notre p\u00e8re Abraham, dans la foi, nous nous abandonnons \u00e0 sa volont\u00e9 et lui faisons enti\u00e8rement confiance. Il a toujours su nous guider et nous mener \u00e0 bon port\u2026<\/p><br><p>Avec un certain recul, quand je regarde ma vie, je peux dire que le chemin fut long et p\u00e9nible. Je suis quand m\u00eame heureuse de ce que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9. J\u2019aurais aim\u00e9 me marier jeune et avoir des enfants, mais il en fut autrement. La vie a su combler mes d\u00e9sirs d\u2019une autre fa\u00e7on \u00e0 travers mes personnes \u00e2g\u00e9es et enfants de famille d\u2019accueil. Je l\u2019en remercie\u2026 Les vraies valeurs re\u00e7ues de mes parents me font vivre et donnent du sens \u00e0 ma vie. Je leur dois beaucoup et leur en suis reconnaissante. Mes fr\u00e8res et s\u0153urs sont tr\u00e8s importants pour moi. Aujourd\u2019hui je les d\u00e9couvre avec un regard tout neuf et je les appr\u00e9cie de plus en plus. Je suis fi\u00e8re d\u2019\u00eatre une Fillion. Famille de gens courageux, int\u00e8gres, sensibles, humains, authentiques et vrais.<\/p><br><p>Chacun de nous partira\u2026 Nous nous retrouverons certainement tous unis dans l\u2019au-del\u00e0, autour d\u2019une table, \u00e0 un banquet dont les mets d\u2019amour auront peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s par maman!<\/p><br><p>La vie est un long p\u00e8lerinage! Nous venons de Dieu et retournons \u00e0 Lui. Entre temps, nous nous devons de Le conna\u00eetre, L\u2019aimer, Le choisir, Le suivre et Le faire conna\u00eetre. Nous nous devons aussi de nous aimer les uns les autres comme Il nous a aim\u00e9s. Nous avons tous une mission en ce bas monde. Puissions-nous, chacune et chacun de nous, nous conna\u00eetre suffisamment afin de d\u00e9couvrir ce \u00e0 quoi nous sommes appel\u00e9s\u2026<\/p><br><p>Voil\u00e0 le but ultime de la Vie et du bonheur.<\/p><br><p>Bonne route!<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Lise<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n\n<h2>Denise<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<p>Je suis Denise, la quatorzi\u00e8me de la grande famille Fillion. Heureux hasard, Lise, la treizi\u00e8me, ma s\u0153ur, mon Ange, a fait le voyage avec moi. Ce fut la belle aventure d\u2019\u00eatre jumelle; si petites et d\u00e9j\u00e0 en couple\u2026<\/p><br><p>J\u2019ai le souvenir d\u2019une enfance heureuse, insouciante et libre avec, en toile de fond, mes s\u0153urs Lise et Madeleine, mes amies et complices de jeux et de vie. Quels beaux moments nous avons v\u00e9cus ensemble.<\/p><br><p>Petite, je me rappelle qu\u2019\u00e0 la maison, il y avait du monde partout, tout le temps; et \u00e0 travers tout cela, il y avait maman qui travaillait sans rel\u00e2che du matin au soir, qui ne baissait jamais les bras devant cette montagne de responsabilit\u00e9s. Quel bel exemple pour moi, de d\u00e9vouement, de courage, de don de soi, de fiert\u00e9 et de dignit\u00e9. Elle avait s\u00fbrement l\u2019instinct de survie tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9.<\/p><br><p>Maman m\u2019a transmis ses belles valeurs de justice, de respect de soi et des autres, de sagesse, d\u2019ouverture de c\u0153ur et d\u2019esprit, sa confiance en la vie et la satisfaction du travail bien fait. Quel bel h\u00e9ritage.<\/p><br><p>De l\u2019\u00e9cole, je ne garde aucun souvenir pr\u00e9cis ou marquant, \u00e0 part, peut \u00eatre, de n\u2019avoir pas trop aim\u00e9 toutes ces ann\u00e9es.<\/p><br><p>Pour ce qui est du travail, les plus beaux moments qui remontent en moi, ce sont ceux d\u2019amis, de patrons, de connaissances qui m\u2019ont respect\u00e9e, appr\u00e9ci\u00e9e et aim\u00e9e telle que j\u2019\u00e9tais. Et le plus heureux, dans tout cela, c\u2019est pendant cette p\u00e9riode que j\u2019ai rencontr\u00e9 Normand, l\u2019homme de ma vie.<\/p><br><p>J\u2019ai fait plusieurs voyages enrichissants: Ha\u00efti, Vancouver, Europe et bien d\u2019autres dont je garde d\u2019heureux et d\u2019inoubliables souvenirs.<\/p><br><p>Comme loisir, j\u2019ai suivi quelques cours dont les plus stimulants furent, entre autres, l\u2019\u00e9quitation, le dessin et l\u2019aquarelle. Je m\u2019adonne aussi \u00e0 la photo. Des heures de pur plaisir et de bonheur.<\/p><br><p>Aujourd\u2019hui, \u00e0 soixante-trois ans, \u00e0 la retraite depuis huit ans, je consid\u00e8re mon parcours avec l\u2019\u0153il plus que bienveillant; j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 mes valeurs et convictions. Je suis autonome, d\u00e9brouillarde, imaginative, cr\u00e9atrice. Je peux dire que ma confiance en moi et en la vie est \u00e0 la hausse. J\u2019aime la simplicit\u00e9, l\u2019ordinaire des jours et des choses, j\u2019aime aussi la nature, la vie \u00e0 la campagne o\u00f9, avec mon complice de tous les jours, Normand, nous nous adonnons \u00e0&nbsp;la r\u00e9novation de notre petite maison, au jardinage, \u00e0 la marche, aux rencontres d\u2019amis, de voisins, d\u2019enfants et de la famille. L\u2019hiver, nous faisons de la raquette. Tout cela et encore plus fait partie de notre belle vie \u00e0 tous les deux. Je me trouve bien chanceuse, surtout tr\u00e8s heureuse et je remercie Dieu de m\u2019avoir tant g\u00e2t\u00e9e.<\/p><br><p>Comme quoi une vie toute simple peut \u00eatre un atout pour le bonheur.<\/p><br><p>En conclusion, j\u2019avais s\u00fbrement besoin de chacun et chacune d\u2019entre vous pour \u00eatre \u00e0 mes yeux la belle personne que je suis devenue aujourd\u2019hui. Je vous remercie. Nous avons fait ce que nous avons pu avec ce que nous avions et c\u2019est bien correct comme cela.<\/p><br><p>Je tourne la page et je vais continuer \u00e0 vivre mon moment pr\u00e9sent, maintenant.<\/p><br><p>Je vous aime tous et vous souhaite longue et heureuse vie.&nbsp;<\/p><p style=\"text-align: right; \"><strong><em>Votre Soeur<\/em><\/strong><\/p><p style=\"text-align: right; \"><strong><em>Denise<\/em><\/strong><\/p><br>\n\n\n\n\n\n\n<h2>Michel<\/h2>\n\n\n\n\n\n\n<h3>Mon histoire<\/h3><br><p>Michel Fillion: n\u00e9 le 28 janvier 1949 \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de Colombier.<\/p><br><p>Mari\u00e9: le 30 juin 1973 \u00e0 Ginette Fortin, n\u00e9e le 20 juin 1949 \u00e0 Sainte-Anne-de-Portneuf et demeurant \u00e0 La Malbaie. Enfants: Martin n\u00e9 le 11 octobre 1974 \u00e0 La Malbaie, S\u00e9bastien, n\u00e9 le 12 mars 1977 \u00e0 Qu\u00e9bec, et Catherine, n\u00e9e le 19 janvier 1983 \u00e0 Qu\u00e9bec.<\/p><br><p>J\u2019\u00e9tais loin de penser qu\u2019il \u00e9tait aussi difficile de se raconter, de rapporter \u00e0 toutes les \u00e9tapes de ma vie, les souvenirs, les anecdotes et les faits significatifs qui ont marqu\u00e9 mon histoire de vie. Je l\u00e8ve mon chapeau \u00e0 mon grand fr\u00e8re Jean-Guy qui a r\u00e9ussi, en r\u00e9alisant \u00abLe temps d\u2019une famille! Les Fillion\u00bb, \u00e0 le faire avec tellement de sensibilit\u00e9 et de justesse. Ce qui m\u2019est demand\u00e9 est beaucoup moins fastidieux, mais il n\u2019en demeure pas moins que cela oblige \u00e0 une r\u00e9flexion et \u00e0 un bilan.<\/p><br><p>\u00catre le quinzi\u00e8me et dernier enfant d\u2019une famille a eu pour moi beaucoup d\u2019avantages. Un coup le choc pass\u00e9 d\u2019un autre enfant qui s\u2019annon\u00e7ait, alors qu\u2019il y en avait beaucoup d\u2019autres en bas \u00e2ge, j\u2019ai re\u00e7u l\u2019accueil, la chaleur, la disponibilit\u00e9, le support et l\u2019amour de mes parents et de tous mes fr\u00e8res et s\u0153urs et cela ne s\u2019est jamais d\u00e9menti. Je fais souvent la farce de dire que mes parents voulaient m\u2019appeler \u00abD\u00e9sir\u00e9\u00bb, comme un de mes oncles du cot\u00e9 de mon p\u00e8re; ce qui est un non-sens aujourd\u2019hui.<\/p><br><p>J\u2019ai re\u00e7u \u00e9norm\u00e9ment plus que certains enfants d\u2019aujourd\u2019hui qui, malgr\u00e9 qu\u2019ils soient planifi\u00e9s et n\u00e9s dans une famille beaucoup moins nombreuse, sont rapidement \u00e9cart\u00e9s de leur noyau familial. J\u2019ai donc \u00e9t\u00e9 entour\u00e9, prot\u00e9g\u00e9, aim\u00e9. J\u2019ai eu le bonheur de vivre en b\u00e9n\u00e9ficiant&nbsp;<span>des le\u00e7ons transmises par l\u2019exp\u00e9rience et les bons conseils des plus vieux, dans une \u00e9poque de l\u2019histoire o\u00f9 l\u2019\u00e9volution et les changements se sont op\u00e9r\u00e9s avec une force et une vitesse sans pareil. J\u2019ai v\u00e9cu l\u2019\u00e9poque des po\u00eales \u00e0 bois, unique moyen de chauffer et de cuire la nourriture, l\u2019\u00e9poque des lampes \u00e0 l\u2019huile comme unique moyen de s\u2019\u00e9clairer, des toilettes ext\u00e9rieures, des snowmobiles et j\u2019ai v\u00e9cu une&nbsp;<\/span>\u00e0\tune toutes les transformations qui ont men\u00e9 \u00e0 ce que nous appelons la modernit\u00e9. C\u2019est toute une \u00e9pop\u00e9e sur une p\u00e9riode d\u2019\u00e0 peine 60 ans.<\/p><br><p>Voici quelques souvenirs et faits significatifs qui ont marqu\u00e9 ma vie. Je ne peux tous les mentionner et plusieurs fr\u00e8res et s\u0153urs, beaux-fr\u00e8res et belles-s\u0153urs, neveux et ni\u00e8ces pourraient en rajouter. Je me dois de dire que tous et toutes vous m\u2019avez marqu\u00e9 et que c\u2019est avec fiert\u00e9 que je consid\u00e8re que chacun de vous \u00eates un peu de moi-m\u00eame et que vous avez grandement contribu\u00e9 \u00e0 mon bonheur sur cette Terre.<\/p><br><p>Commen\u00e7ons par les souvenirs lointains jusqu\u2019aux \u00e9v\u00e8nements les plus r\u00e9cents:<\/p><br><p>Maman qui cuisine et moi qui la suit partout dans la maison. La chaleur du po\u00eale \u00e0 bois, la senteur de la nourriture qui cuit et maman qui sourit et rit de mes niaiseries d\u2019enfant.<\/p><br><p>Huguette, ma seconde m\u00e8re, qui a souvent un cadeau pour moi lorsqu\u2019elle rentre du travail. Si je dors lorsqu\u2019elle arrive, souvent en soir\u00e9e, il faut qu\u2019elle me r\u00e9veille pour me le remettre.<\/p><br><p>Mon p\u00e8re qui att\u00e8le son cheval pour se rendre au village et qui, lorsqu\u2019il est de retour, accroche son manteau pr\u00e8s de la porte d\u2019entr\u00e9e. Son plaisir et celui de ma m\u00e8re, fr\u00e8res et s\u0153urs, c\u2019est de me voir tra\u00eener une chaise jusqu\u2019\u00e0 son manteau pour r\u00e9ussir avec prouesse \u00e0 prendre les bonbons dans ses poches.<\/p><br><p>Mon p\u00e8re qui est malade, que je revois assis dans une chaise ber\u00e7ante, dans l\u2019univers jusque-l\u00e0 occup\u00e9 et dirig\u00e9 presque enti\u00e8rement par ma m\u00e8re. Malgr\u00e9 sa grave maladie, j\u2019appr\u00e9cie sa pr\u00e9sence. Quelques fois, je l\u2019agace, je le chatouille dans le cou et je le vois me sourire avec peine et difficult\u00e9.<\/p><br><p>Denise et Lise qui \u00e9taient comme mon ombre, me prot\u00e9geant dans tout, allant jusqu\u2019\u00e0 m\u2019accompagner au pot pour mes besoins. Je les suivais dans leurs jeux et leurs exp\u00e9riences. Jusqu\u2019\u00e0 mon d\u00e9part de la maison \u00e0 Forestville, et souvent apr\u00e8s, elles ont toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0 avec bienveillance et une extr\u00eame g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 veiller sur moi et pour soutenir et \u00e0 prot\u00e9ger maman. J\u2019avais deux anges pour veiller sur moi, que de patience elles ont eue.<\/p><br><p>Bertrand qui rentre du chantier apr\u00e8s une absence prolong\u00e9e et moi, assis derri\u00e8re la table sur le banc, me cachant les yeux et le visage parce qu\u2019impressionn\u00e9 et g\u00ean\u00e9.<\/p><br><p>Mon p\u00e8re \u00e0 sa mort fut expos\u00e9 dans la maison. Je me rappelle qu\u2019il y avait beaucoup de personnes qui avaient envahi la maison. Ils \u00e9taient parfois tristes, parfois heureux de se revoir, ils \u00e9taient tous tr\u00e8s gentils avec moi. Je revois la tombe de mon p\u00e8re quitter la maison, les gens qui pleurent et ma tante Lucienne qui me dit en se penchant vers moi \u00abpauvre petit\u00bb. Je suis alors comme dans un r\u00eave et je vis ce moment avec beaucoup de na\u00efvet\u00e9. Je ne r\u00e9alise pas encore l\u2019impact sur l\u2019avenir de notre famille.<\/p><br><p>Bruno Langlois, mon parrain, me donne un tra\u00eeneau (luge) comme cadeau que je garderai tr\u00e8s longtemps et que j\u2019ai aim\u00e9 tout autant que le tracteur \u00e0 ressort donn\u00e9 par Marcel et la petite chaise berceuse d\u2019enfant confectionn\u00e9e par les Am\u00e9rindiens de Betsiamite, donn\u00e9e par Ren\u00e9, l\u2019amoureux de Jeanine.<\/p><br><p>Dans une bo\u00eete de pick-up, nous sommes entass\u00e9s. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je quitte Sainte-Th\u00e9r\u00e8se. Un feu de for\u00eat oblige \u00e0 ce que nous nous r\u00e9fugiions \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Portneuf pour notre protection. \u00c0 Forestville, le camion s\u2019arr\u00eate pour se ravitailler en essence. En travers de la toile qui referme la bo\u00eete de camion, je vois les lumi\u00e8res des pompes \u00e0 essence. Ce devait \u00eatre la premi\u00e8re fois que je voyais des lumi\u00e8res \u00e9lectriques.<\/p><br><p>Nous d\u00e9m\u00e9nageons \u00e0 Paul-Baie, pas tr\u00e8s loin de Forestville. Je devais avoir cinq ans, je me rappelle avoir accompagn\u00e9 Jean-Guy \u00e0 l\u2019\u00e9cole de rang. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s impressionn\u00e9 par l\u2019institutrice et je me rappelle&nbsp;<span>son visage aust\u00e8re. Fait significatif: Jean-Guy qui ne pouvait retenir une envie d\u2019uriner avait d\u00fb s\u2019ex\u00e9cuter dans la nature. Pour les filles, il devait y avoir un pot dissimul\u00e9 dans l\u2019\u00e9cole.<\/span><\/p><br><p>Jusqu\u2019\u00e0 ce que je sois en \u00e2ge d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, je me rappelle d\u2019une p\u00e9riode paisible o\u00f9 souvent, seul avec maman, je prenais mes siestes de l\u2019apr\u00e8s-midi couch\u00e9 derri\u00e8re le po\u00eale \u00e0 bois. Quel bonheur!<\/p><br><p>\u00c0&nbsp;cette \u00e9poque, un camion servait de d\u00e9panneur mobile et venait \u00e0 la maison une fois par semaine. C\u2019\u00e9tait une d\u00e9couverte \u00e0 chaque fois que de suivre ma m\u00e8re entre les deux \u00e9tag\u00e8res am\u00e9nag\u00e9es dans la bo\u00eete du camion. Toute cette nourriture que je ne pouvais que regarder avec convoitise. Un jour, n\u2019en pouvant plus, je m\u2019aventurai \u00e0 d\u00e9rober un fruit qui m\u2019apparaissait des plus succulents. Quel ne fut pas mon \u00e9tonnement de d\u00e9couvrir que ce fruit avait un go\u00fbt acide et des plus amers! J\u2019avais vol\u00e9 un citron. Ma m\u00e8re ne manqua pas, le sourire en coin, en me grondant, de me dire que le vol n\u2019est pas bien et que le Bon Dieu avait voulu ainsi me punir.<\/p><br><p>Je me rappelle le plaisir que j\u2019avais de b\u00e9n\u00e9ficier de grands espaces, qui me donnaient un sentiment de constante libert\u00e9. Jouer dans la grange, courir dans les champs, aller sur le cran, suivre quand c\u2019\u00e9tait possible mes fr\u00e8res Jean-Guy, Jean-Marie et Yvon \u00e0 la p\u00eache au ruisseau et glisser l\u2019hiver \u00e9taient autant d\u2019activit\u00e9s que je pr\u00e9f\u00e9rais.<\/p><br><p>Dans la p\u00e9riode de la vie \u00e0 Paul-Baie, je garde \u00e9galement le souvenir des noces de Jeanine et celles d\u2019Huguette qui ont eu lieu \u00e0 la maison. Les partys des f\u00eates \u00e9taient aussi tr\u00e8s anim\u00e9s, avec de belles d\u00e9corations et des cadeaux qui devenaient plus \u00e9labor\u00e9s d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e.<\/p><br><p>Mon deuxi\u00e8me voyage, cette fois en autobus, avec ma m\u00e8re, fut pour visiter Colette, Madeleine, Jean-Marie et Yvon, en pensionnat \u00e0 La Malbaie. Si ce voyage me parut tr\u00e8s long sur des chemins gravel\u00e9s et tortueux, j\u2019\u00e9tais toutefois tr\u00e8s heureux de retrouver pour une br\u00e8ve p\u00e9riode mes fr\u00e8res et s\u0153urs que j\u2019aimais beaucoup et que je consid\u00e9rais alors comme chanceux d\u2019\u00e9tudier ainsi dans une si grande \u00e9cole.<\/p><br><p>C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est Huguette qui avait choisi et achet\u00e9 mon habillement ainsi qu\u2019un sac d\u2019\u00e9cole bien garni. J\u2019\u00e9tais bien chic et fier de me pr\u00e9senter ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019\u00e9cole sont un peu loin dans ma t\u00eate, sauf que je me rappelle avoir appr\u00e9ci\u00e9 \u00eatre tr\u00e8s bien entour\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 par mes fr\u00e8res et s\u0153urs, ce qui m\u2019apportait de la confiance. J\u2019avais alors le don, pour me distinguer des plus grands, d\u2019inventer certaines fables qui ne manquaient pas d\u2019impressionner.<\/p><br><p>Huguette mari\u00e9e, j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 mes s\u00e9jours fr\u00e9quents chez elle qui se sont d\u00e9roul\u00e9s sur plusieurs ann\u00e9es. Huguette fut longtemps pour moi une m\u00e8re suppl\u00e9ante, ma marraine, ma protectrice et Gonzague, mon grand fr\u00e8re et mon ami. Ils m\u2019ont toujours accueilli avec patience, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et beaucoup d\u2019amour. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e8s de chacun de leurs enfants (Sylvie, Gilles, Denis et Alain) pour qui je garde une tr\u00e8s grande affection. Cette p\u00e9riode et son contexte expliquent sans doute le flou dans mes souvenirs, par rapport au v\u00e9cu des autres membres de la famille rest\u00e9s aupr\u00e8s de ma m\u00e8re.<\/p><br><p>Le d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 Forestville fut v\u00e9cu comme un avancement important: quitter les grands espaces et avec tristesse notre chien Rex, compagnon de tous les jours, pour une maison sur la route 15 \u00e0 Forestville, pr\u00e8s de tous les services. J\u2019y ai rapidement trouv\u00e9 beaucoup d\u2019avantages: pas d\u2019autobus \u00e0 prendre pour aller a l\u2019\u00e9cole, venir d\u00eener \u00e0 la maison, \u00eatre pr\u00e8s de la patinoire, du gymnase o\u00f9 nous avions des activit\u00e9s encadr\u00e9es, avoir de nouveaux amis et pouvoir me rendre chez Huguette et Gonzague, Marcel et Louise, Bertrand et Irma, \u00e0 pied.<\/p><br><p>Ce d\u00e9m\u00e9nagement a permis \u00e0 Colette et \u00e0 Madeleine de vivre avec nous \u00e0 la maison. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elles fr\u00e9quentaient les gar\u00e7ons et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 alors instruit des strat\u00e9gies f\u00e9minines pour attirer l\u2019\u00eatre convoit\u00e9 et je peux vous assurer que \u00e7a marchait. Je me suis souvent promen\u00e9 avec mes grandes s\u0153urs, toutes en beaut\u00e9, sur la rue principale \u00e0 Forestville Nord, sans trop comprendre le but de ces marches qui permettaient parfois des rencontres int\u00e9ressantes. \u00ab\u00c0 quoi \u00e7a sert d\u2019\u00eatre belle si personne ne peut le constater?\u00bb Voici ce qu\u2019elles devaient se dire.<\/p><p>.<\/p><p>\u00c0<span>\t<\/span>chaque \u00e9t\u00e9, en juillet et ao\u00fbt, c\u2019\u00e9tait la p\u00e9riode de la cueillette des bleuets. Nous nous rendions, ma m\u00e8re et les enfants encore \u00e0 la maison, en camion dans la for\u00eat passer la journ\u00e9e \u00e0 ramasser des bleuets. \u00c9galement, j\u2019ai souvent accompagn\u00e9 Lise et Denise au champ d\u2019aviation, o\u00f9 nous nous rendions \u00e0 pied pour cueillir ces fameux fruits. Cette activit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 mes yeux et elle rempla\u00e7ait, pour moi, les camps de vacances disponibles aujourd\u2019hui pour les jeunes. J\u2019en garde de merveilleux souvenirs.<\/p><br><p>\u00c0<span>\t<\/span>partir de l\u2019\u00e2ge de 13 ans, j\u2019ai beaucoup suivi Marcel qui travaillait alors pour la compagnie p\u00e9troli\u00e8re Fina et qui avait, parall\u00e8lement \u00e0 cela, d\u00e9velopp\u00e9 un petit commerce. Souvent, il m\u2019employait pour la r\u00e9ception des marchandises et je l\u2019accompagnais dans ses livraisons, des Escoumins \u00e0 Baie-Comeau. Nous parlions beaucoup, j\u2019exprimais mes r\u00eaves en devenir et je pr\u00e9cisais mes pens\u00e9es et mon jugement face \u00e0 la vie. Je me sentais appr\u00e9ci\u00e9 et encourag\u00e9 face \u00e0 mes projets d\u2019avenir.<\/p><br><p>Je fus pr\u00e9occup\u00e9 rapidement par le d\u00e9sir de faire ma part afin de soutenir maman, gr\u00e2ce \u00e0 de petits emplois (garder des enfants, commenter les messes, spotter (replacer) les quilles, placer les marchandises chez Marcel, etc..) qui permettaient \u00e0 ma m\u00e8re de disposer de quelques sous additionnels. La solidarit\u00e9 et le partage \u00e9taient n\u00e9cessaires, plus encore dans une famille nombreuse. Ils ont toujours fait partie des valeurs tr\u00e8s importantes transmises par nos parents.<\/p><br><p>\u00c0<span>\t<\/span>l\u2019\u00e9t\u00e9 de mes 13 ans, j\u2019ai v\u00e9cu mon premier voyage \u00aboutre fleuve\u00bb, avec Yvon et Lise. En effet, nous avons \u00e9t\u00e9 accueillis par Jeanine et Ren\u00e9 qui avaient \u00e0 cette \u00e9poque un h\u00f4tel-motel \u00e0 Pointe-au-P\u00e8re \u00abLe Soleil Couchant\u00bb. Ce fut pour moi l\u2019occasion de prendre l\u2019avion pour la premi\u00e8re fois et de faire des travaux dans un contexte nouveau. J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 cet \u00e9t\u00e9 pr\u00e8s de ma grande s\u0153ur et sa famille.<\/p><br><p>J\u2019ai tr\u00e8s t\u00f4t senti le besoin de travailler et c\u2019est \u00e0 14 ou 15 ans que j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 dans des emplois d\u2019\u00e9t\u00e9 de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re. J\u2019ai travaill\u00e9 tour \u00e0 tour comme exterminateur des arbustes qui poussaient sous les pyl\u00f4nes de transmission de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 Ragueneau, aide-boucher et draveur \u00e0 l\u2019Anglo Canadian and Pulp and Paper de Forestville,&nbsp;<span>commis d\u2019\u00e9picerie chez Steinberg \u00e0 Baie-Comeau, exp\u00e9diteur de manuels scolaires chez Fid\u00e8s \u00e0 Montr\u00e9al, g\u00e9rant barman sur un traversier \u00abLe Manic\u00bb \u00e0 Pointe-au-P\u00e8re, homme \u00e0 tout faire \u00e0 L\u2019Auberge du Roc de Baie-Comeau, g\u00e9rant d\u2019un terrain de camping \u00e0 L\u2019Ascension et commis \u00e0 Manicouagan 3. Tous ces emplois m\u2019ont permis d\u2019exp\u00e9rimenter diff\u00e9rents milieux de travail, de confronter la vraie vie et de me faire des sous pour continuer mes \u00e9tudes et d\u00e9velopper une plus grande confiance en moi. L\u2019esprit qui m\u2019animait alors \u00e9tait: \u00absi quelqu\u2019un d\u2019autre que moi peut le faire, je le peux aussi\u00bb.<\/span><\/p><br><p>Si, \u00e0 travers les emplois d\u2019\u00e9t\u00e9 j\u2019\u00e9tais attir\u00e9 par la nouveaut\u00e9 et le changement, il en fut de m\u00eame pour les \u00e9tudes. Je dois dire que j\u2019ai eu un parcours parfois tortueux et que \u00e7a m\u2019a pris un certain temps avant de me brancher d\u00e9finitivement. Voyons un peu ce que cela a donn\u00e9:<\/p><br><p>Le primaire: \u00e0 l\u2019\u00e9cole Dominique Savio de Forestville<\/p><br><p>Le secondaire: \u00e0 Forestville.&nbsp;<\/p><p><br><\/p><p>Onzi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rale et scientifique. \u00c0 Hauterive: CPES (cours pr\u00e9paratoire aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures).<\/p><br><p>Le c\u00e9gep: \u00e0 Longueuil: quelques cr\u00e9dits en sciences sociales. \u00c0 Rimouski: quelques cr\u00e9dits en sciences de l\u2019\u00e9ducation et en psychologie et un cours compl\u00e9t\u00e9 en technique d\u2019assistance sociale.<\/p><br><p>L\u2019universit\u00e9: \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Laval de Qu\u00e9bec: un bacc. en service social (en cours d\u2019emploi).<\/p><br><p>La ferveur que maman mettait et sa croyance en l\u2019instruction, le support de tous mes fr\u00e8res et s\u0153urs, furent le moteur qui me poussait \u00e0\tpoursuivre mes \u00e9tudes sans trop de buts pr\u00e9cis et beaucoup par opportunit\u00e9. Par exemple, je me rappelle avec beaucoup de reconnaissance, l\u2019aide apport\u00e9e par Jean-Guy, qui apr\u00e8s m\u2019avoir servi d\u2019exemple en \u00e9tant le premier de la famille \u00e0 d\u00e9passer le secondaire, m\u2019offre avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019\u00e9tudier \u00e0 Longueuil et de vivre chez lui. Et que dire de Jeanine, aimante, compr\u00e9hensive, positive et g\u00e9n\u00e9reuse comme toujours qui, avec Ren\u00e9 et leurs enfants, sont devenus ma famille. Ils m\u2019ont grandement aid\u00e9 lorsque j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Rimouski. Un peu plus tard, c\u2019est Denise et Madeleine qui&nbsp;m\u2019ont soutenu et h\u00e9berg\u00e9 lorsque j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant \u00e0 Qu\u00e9bec. Je ne voudrais pas non plus oublier Jean-Marie de qui j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s proche et qui m\u2019a toujours appuy\u00e9 et support\u00e9 dans cette \u00e9tape importante de ma vie.<\/p><br><p>C\u2019est pendant cette p\u00e9riode de la jeune vingtaine que j\u2019ai rencontr\u00e9 l\u2019amour durable. Je me rappelle \u00eatre dans l\u2019autobus qui me m\u00e8ne \u00e0 Manic 3 pour y travailler. La t\u00eate appuy\u00e9e sur la vitre, je me demande ce que je trouverai au bout de ce chemin et ce que la vie me r\u00e9serve. Eh bien! j\u2019y ai trouv\u00e9 Ginette qui m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9 par sa beaut\u00e9 et son intelligence en onzi\u00e8me ann\u00e9e parce que nous \u00e9tions dans la m\u00eame classe. Elle \u00e9tait enseignante \u00e0 Micoua (village \u00e0 quelques milles de Manic 3 servant de communaut\u00e9 pour les cadres et professionnels du chantier). Le sentiment \u00e9tait tellement fort que nous nous sommes mari\u00e9s le 30 juin 1973, six mois apr\u00e8s notre rencontre et nous vivons ensemble avec bonheur depuis plus de 37 ans.<\/p><br><p>La vingtaine a permis la r\u00e9alisation de plusieurs r\u00eaves et projets. C\u2019est \u00e0\tcette \u00e9poque que j\u2019ai pass\u00e9 de l\u2019instabilit\u00e9 \u00e0 une stabilit\u00e9 qui s\u2019est consolid\u00e9e tout au long des ann\u00e9es qui suivirent. Voici les principales r\u00e9alisations:<\/p><br><p>Dix jours apr\u00e8s le mariage, j\u2019ai d\u00e9but\u00e9 un travail \u00e0 La Malbaie. Colette et R\u00e9jean et leurs enfants (Pierre et Dani\u00e8le) y vivaient depuis quelques ann\u00e9es. Depuis plus de 37 ans, nous avons, dans la bonne entente, fraternis\u00e9, partag\u00e9 les exp\u00e9riences v\u00e9cues de part et d\u2019autre et v\u00e9cu des moments inoubliables. C\u2019est ainsi que Charlevoix est devenue notre terre d\u2019asile et d\u2019une certaine fa\u00e7on un retour sur la terre de nos anc\u00eatres et de ceux de Ginette.<\/p><br><p>Le 6 d\u00e9cembre 1973, peu de temps apr\u00e8s mon mariage, Huguette d\u00e9c\u00e8de apr\u00e8s une longue maladie. Je reste marqu\u00e9 par ce deuil d\u2019une personne ch\u00e8re. Elle laissait un conjoint et quatre enfants en bas \u00e2ge. J\u2019ai ressenti une tr\u00e8s grande tristesse en plus d\u2019un sentiment d\u2019impuissance et d\u2019inutilit\u00e9 \u00e0 pouvoir soulager et aider d\u2019une fa\u00e7on substantielle.<\/p><br><p>Le 11 octobre 1974, j\u2019assiste \u00e0 la naissance de Martin, n\u00e9 \u00e0 17 h au Centre hospitalier de La Malbaie. La premi\u00e8re grossesse de Ginette a&nbsp;<span>\u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode d\u2019\u00e9merveillement et elle fut entour\u00e9e de beaucoup de pr\u00e9cautions et de pr\u00e9parations. Ce premier enfant \u00e9tait attendu avec une tr\u00e8s grande impatience et avec beaucoup d\u2019amour.<\/span><\/p><br><p>En 1975, nous achetons la maison o\u00f9 nous \u00e9tions \u00e0 loyer depuis un an et o\u00f9 nous vivons toujours apr\u00e8s y avoir apport\u00e9 au cours du temps plusieurs transformations.<\/p><br><p>Le 12 mars 1977, S\u00e9bastien, notre deuxi\u00e8me enfant voit le jour \u00e0 6 h le matin, au Centre hospitalier de l\u2019Enfant-J\u00e9sus, \u00e0 Qu\u00e9bec. Ce f\u00fbt une c\u00e9sarienne et je n\u2019ai pu y assister. Je me rappelle encore mon attente dans une salle adjacente et le sourire du m\u00e9decin qui, apr\u00e8s l\u2019accouchement, arr\u00eat\u00e9 sur le pas de la porte de sortie, s\u2019appr\u00eatait \u00e0 fumer un cigarillo. Il \u00e9tait visiblement satisfait d\u2019avoir accouch\u00e9 un si bel enfant.<\/p><br><p>Je poursuis et termine, en cours d\u2019emploi, un baccalaur\u00e9at en service social. Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode de travail dur et, sans l\u2019appui, l\u2019encouragement et la patience de Ginette qui \u00e9tait le plus souvent seule pour veiller sur nos deux enfants, je ne crois pas que j\u2019aurais pu le faire.<\/p><br><p>C\u2019est la p\u00e9riode qui, comme un relent du pass\u00e9, nous motive \u00e0 avoir un jardin plein de fleurs et de l\u00e9gumes, des poules dans notre poulailler, un chien, des chats et un bouc qui mange l\u2019herbe et amuse les enfants.<\/p><br><p>L\u2019ann\u00e9e 1979 est une ann\u00e9e tr\u00e8s difficile. En effet, ma m\u00e8re meurt le 27 mai, pendant que je suis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour subir l\u2019ablation de la parotide gauche qui est canc\u00e9reuse. Je ne peux assister aux fun\u00e9railles et supporter Ginette, les enfants et mes fr\u00e8res et s\u0153urs dans cette tragique p\u00e9riode. Heureusement, je me remets, sans aucun autre traitement, de cette op\u00e9ration. J\u2019ai toujours pens\u00e9 que maman avait interc\u00e9d\u00e9 pour moi dans les hautes sph\u00e8res et qu\u2019elle \u00e9tait responsable de ma gu\u00e9rison.<\/p><br><p>Le 19 janvier 1983, comme un cadeau du ciel, j\u2019assiste \u00e0 8 h du matin, \u00e0\tla naissance par c\u00e9sarienne de Catherine au Centre hospitalier Saint-Sacrement de Qu\u00e9bec: notre seule fille, notre b\u00e9b\u00e9. La famille \u00e9tait maintenant compl\u00e8te et comme dans toutes les familles lorsque les&nbsp;enfants sont en bas \u00e2ge, une p\u00e9riode de travail \u00e0 plein temps se vit, avec ses joies, ses peines, ses \u00e9preuves, son enrichissement et la force d\u2019\u00eatre unis et solidaires pour affronter la vie. Et tout cela, avec le plus grand bonheur de contribuer \u00e0 perp\u00e9tuer la suite du monde.<\/p><br><p>Je n\u2019ai pas parl\u00e9 encore de Lucette (Lucie) qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente d\u2019une fa\u00e7on appr\u00e9ciable dans ma vie, m\u00eame si elle a quitt\u00e9 le domicile familial jeune pour travailler. J\u2019ai gard\u00e9 des contacts assez fr\u00e9quents avec elle, Yves son conjoint, et j\u2019ai bien connu ses enfants Denis et Johanne, que maman gardait \u00e0 l\u2019occasion pour lui rendre service. Elle me recevait chez elle \u00e0 Baie-Comeau et j\u2019ai toujours appr\u00e9ci\u00e9 son accueil chaleureux, son acceptation et ses encouragements. En 1990, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par son d\u00e9c\u00e8s suite \u00e0 une longue maladie. Dans cette p\u00e9riode tragique, j\u2019ai pu \u00e0 nouveau constater sa force immense \u00e0 affronter l\u2019adversit\u00e9 et son tr\u00e8s grand souci des autres allant jusqu\u2019\u00e0 s\u2019oublier elle-m\u00eame. Je garderai toujours le souvenir d\u2019une personne qui, malgr\u00e9 toutes ses \u00e9preuves, a continu\u00e9 jusqu\u2019au bout \u00e0 aimer la vie et \u00e0 l\u2019embellir.<\/p><br><p>Depuis mon mariage, j\u2019ai pass\u00e9 trente-trois ans de ma vie au travail dans quatre organisations de sant\u00e9 et de services sociaux (le service familial de Qu\u00e9bec, le Centre de services sociaux de Qu\u00e9bec, le Centre local de services communautaires (CLSC) et le Centre de sant\u00e9 et de services sociaux de Charlevoix), j\u2019y ai \u0153uvr\u00e9 pendant 15 ans comme intervenant en service social (travailleur social) dans les secteurs adultes, sant\u00e9 mentale, personnes \u00e2g\u00e9es, famille\u2013enfance-jeunesse, et en travail social scolaire (polyvalente) et pendant 18 ans comme gestionnaire en coordination clinique et comme chef d\u2019administration de nombreux programmes et les trois derni\u00e8res ann\u00e9es, j\u2019ai exerc\u00e9 le poste de directeur des services client\u00e8les CLSC. J\u2019ai quitt\u00e9 le 20 ao\u00fbt 2006 avec le sentiment du travail accompli, heureux d\u2019avoir eu la chance d\u2019exploiter et de d\u00e9velopper mes talents dans un travail que j\u2019aimais, entour\u00e9 de personnes riches tant aux plans personnel que professionnel.<\/p><br><p>N\u2019oublions pas les loisirs et le plein air, qui ont toujours tenu une tr\u00e8s grande place dans ma vie. J\u2019ai eu la chance de partager ces passions, d\u2019abord avec Ginette et mes enfants, mais aussi avec mes fr\u00e8res et&nbsp;<span>beaux-fr\u00e8res. Comme exemples, je pense \u00e0 Marcel et Gonzague qui m\u2019ont initi\u00e9 \u00e0 la p\u00eache, \u00e0 R\u00e9jean avec qui je ne compte plus le nombre d\u2019excursions de p\u00eache que j\u2019ai faites et les si belles excursions de v\u00e9lo; je pense \u00e0 Jean-Marie et \u00e0 Bertrand avec qui j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 r\u00e9colter un premier orignal dans des circonstances incroyables; \u00e0 Jean-Guy et aux voyages de p\u00eache irr\u00e9els dans le nord, \u00e0 la chasse au chevreuil qu\u2019il m\u2019a fait d\u00e9couvrir et plus r\u00e9cemment aux activit\u00e9s r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 son chalet de Baie-Comeau et je pense aux activit\u00e9s de plein air (monter les montagnes, la travers\u00e9e de Charlevoix, les excursions de ski de fond, etc.) r\u00e9alis\u00e9es avec Yvon, avec qui j\u2019ai tant de plaisir \u00e0 me retrouver. Les loisirs, l\u2019exercice physique et le plein air ont toujours \u00e9t\u00e9 un moyen essentiel \u00e0 ma bonne sant\u00e9 mentale et physique.<\/span><\/p><br><p>Le chalet du Cap Colombier est tr\u00e8s significatif pour moi, c\u2019est un havre de paix et de ressourcement o\u00f9, avec Ginette et les enfants, nous nous retrouvons r\u00e9guli\u00e8rement. Il serait impossible de calculer le nombre de mollusques que nous y avons ramass\u00e9s (et de bi\u00e8re?) et toutes les personnes que nous y avons rencontr\u00e9es au cours des ann\u00e9es. Pensons seulement aux rencontres de printemps des Fillion (fr\u00e8res, s\u0153urs, enfants, neveux, ni\u00e8ces, amis,) que nous avons v\u00e9cues. C\u2019est un cadeau l\u00e9gu\u00e9 par les parents de Ginette, de qui je garde les meilleurs souvenirs de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d\u2019acceptation et d\u2019amour \u00e0 mon \u00e9gard, cela perp\u00e9tue leur souvenir. J\u2019ai toujours consid\u00e9r\u00e9 cet endroit tout pr\u00e8s d\u2019o\u00f9 je suis n\u00e9 comme magique, comme un sanctuaire o\u00f9 on ne peut que louer la grandeur de Dieu et de sa Cr\u00e9ation.<\/p><br><p>Je m\u2019en voudrais de ne pas mentionner l\u2019un des moments charni\u00e8res de ma vie que fut en 2001, la travers\u00e9e de l\u2019Espagne, pour r\u00e9aliser seul le Chemin de Compostelle. J\u2019avais 52 ans, les enfants \u00e9taient tous des adultes et dans le travail, je vivais une certaine usure et une monotonie. Dans mon couple, nous avions \u00e0 nous r\u00e9adapter \u00e0 un nouveau mode de vie et r\u00e9apprendre \u00e0 vivre un peu plus en fonction de nos besoins personnels. Ce fut pour moi le moyen de relever un d\u00e9fi personnel, de reprendre contact avec les valeurs importantes de la vie, de faire le bilan, de me ressourcer et de me r\u00e9\u00e9nergiser pour continuer \u00e0 me r\u00e9aliser dans la vie de tous les jours. L\u2019\u00e9nergie que j\u2019ai&nbsp;<span>acquise et les souvenirs de cette qu\u00eate ont s\u00fbrement eu et ont encore, une tr\u00e8s grande influence sur la fa\u00e7on d\u2019aborder ma vie et de respecter la vie des autres.<\/span><\/p><br><p>Depuis ma retraite en ao\u00fbt 2006, il n\u2019y a pas vraiment eu de cassure. La vie continue et me permet de r\u00e9aliser des projets et d\u2019\u00eatre davantage disponible aux autres et conscient des beaut\u00e9s de la vie. Parmi les projets r\u00e9alis\u00e9s, il y a eu l\u2019acquisition d\u2019un Westfalia (Eurovan) qui me permet, avec Ginette ma complice et mon amour, de faire des voyages avec un sentiment de plus grande libert\u00e9. Il y a la possibilit\u00e9 de faire plus de loisirs et de sports, de la r\u00e9novation, de la lecture, des rencontres familiales, de la m\u00e9ditation, du b\u00e9n\u00e9volat et de rester disponible aux surprises de la vie. Je demeure conscient toutefois que la vie va continuer \u00e0 v\u00e9hiculer sa part de d\u00e9ception et de tristesse. Les d\u00e9c\u00e8s rapproch\u00e9s de Marcel et de Bertrand m\u2019ont fait r\u00e9aliser que tous mes fr\u00e8res et s\u0153urs ainsi que moi-m\u00eame prenions de l\u2019\u00e2ge et que nous sommes plus vuln\u00e9rables \u00e0 la maladie et \u00e0 la mort.<\/p><br><p>\u00c0<span>\t<\/span>la lumi\u00e8re de ce bref bilan, je constate tout ce que la vie m\u2019a apport\u00e9 et la chance que j\u2019ai eue d\u2019\u00eatre n\u00e9 et d\u2019avoir v\u00e9cu dans ce pays et dans cette famille. J\u2019appr\u00e9cie \u00e9galement d\u2019avoir une \u00e9pouse qui m\u2019accompagne depuis si longtemps et avec qui j\u2019ai eu des enfants en sant\u00e9, pleins de talents, qui ont maintenant un bon m\u00e9tier avec des conjoint(es) aimant(es) et plein(es) de ressources.<\/p><br><p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 des avantages d\u2019\u00eatre le plus jeune d\u2019une famille de 15 enfants. Eug\u00e8ne et Antoinette ont plac\u00e9 les fondements de notre famille et mes fr\u00e8res et s\u0153urs ont ouvert et trac\u00e9 le chemin. De les voir vivre des exp\u00e9riences, parfois heureuses et parfois malheureuses, m\u2019a permis un meilleur discernement face \u00e0 ma propre vie. D\u2019avoir v\u00e9cu dans une famille nombreuse, dans la pauvret\u00e9 et la simplicit\u00e9, sans jamais avoir eu le sentiment d\u2019en souffrir, cela a solidifi\u00e9 chez moi des valeurs de compassion, d\u2019entraide, de partage, de solidarit\u00e9, de bienveillance, de croyance profonde au pouvoir de l\u2019humain et de la Vie.<\/p><br><p>Ces valeurs m\u2019ont guid\u00e9 et m\u2019accompagnent avec force encore aujourd\u2019hui et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019elles seront pr\u00e9serv\u00e9es par les g\u00e9n\u00e9rations qui vont nous suivre. Maintenant, elles continuent \u00e0 m\u2019inspirer en m\u2019ouvrant la route de la vieillesse et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019elles me permettront de jouer d\u2019une fa\u00e7on \u00e9clair\u00e9e mon r\u00e9cent r\u00f4le de grand-p\u00e8re\u2026<\/p><p><strong><em><br><\/em><\/strong><\/p><p><strong><em>Michel<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n\n\n\n\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"\/FamilleFillion\/pages-genealogiques\/\">Pages g\u00e9n\u00e9alogiques<\/a><br><\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v15.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>FR\u00c8RES ET S\u0152URS - Famille Fillion<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/freres-et-soeurs\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_US\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"FR\u00c8RES ET S\u0152URS - Famille Fillion\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/freres-et-soeurs\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Famille Fillion\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2021-08-13T17:23:22+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Written by\">\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"admin\">\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Est. reading time\">\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"131 minutes\">\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#\/schema\/person\/888522469577139133bfae69cab6ff83\",\"name\":\"Michel Fillion\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#personlogo\",\"inLanguage\":\"en-US\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/c0c5418e5c1a40be79bd0f7e0d64bfcc?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Michel Fillion\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#personlogo\"}},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#website\",\"url\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/\",\"name\":\"Famille Fillion\",\"description\":\"Famille Fillion\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#\/schema\/person\/888522469577139133bfae69cab6ff83\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/?s={search_term_string}\",\"query-input\":\"required name=search_term_string\"}],\"inLanguage\":\"en-US\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/freres-et-soeurs\/#webpage\",\"url\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/freres-et-soeurs\/\",\"name\":\"FR\\u00c8RES ET S\\u0152URS - Famille Fillion\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#website\"},\"datePublished\":\"2020-11-19T20:16:43+00:00\",\"dateModified\":\"2021-08-13T17:23:22+00:00\",\"inLanguage\":\"en-US\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/freres-et-soeurs\/\"]}]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/220"}],"collection":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=220"}],"version-history":[{"count":73,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":528,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/220\/revisions\/528"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}