{"id":193,"date":"2020-11-19T19:22:39","date_gmt":"2020-11-19T19:22:39","guid":{"rendered":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/?page_id=193"},"modified":"2021-03-05T16:17:47","modified_gmt":"2021-03-05T16:17:47","slug":"notre-histoire-se-continue","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/notre-histoire-se-continue\/","title":{"rendered":"NOTRE HISTOIRE SE CONTINUE"},"content":{"rendered":"\n\n<p><span style=\"line-height: 102%;\"><\/span><\/p><h4 style=\"\">NOTRE HISTOIRE SE CONTINUE<\/h4><br><p><\/p><p class=\"MsoNormal\" style=\"text-align:justify;text-justify:inter-ideograph;\nline-height:102%\"><span style=\"font-size:12.0pt;line-height:102%;mso-fareast-font-family:\n&quot;Times New Roman&quot;\">Quatre de nos fr\u00e8res et s\u0153urs se sont mari\u00e9s et se sont install\u00e9s\nl\u00e0 \u00e0 divers endroits. Huguette, Marcel et Bertrand ont leur demeure \u00e0\nForestville, tandis que Jeanine se retrouve \u00e0 Pointe-au-P\u00e8re, petite\nmunicipalit\u00e9 non loin de Rimouski. Lucette, pour sa part, a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0\ntravailler \u00e0 Forestville, o\u00f9 elle loue un petit appartement. Elle aide maman\navec les surplus restant de son maigre salaire. Mes souvenirs de Lucette sont\ncomme enrob\u00e9s dans le brouillard<\/span><span style=\"font-size:7.0pt;line-height:\n102%;mso-fareast-font-family:&quot;Times New Roman&quot;\">,<\/span><span style=\"font-size:\n12.0pt;line-height:102%;mso-fareast-font-family:&quot;Times New Roman&quot;\"> cette s\u0153ur\ndont je garde une image extraordinaire avait une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre tellement\nsp\u00e9ciale qu\u2019encore, je me demande, si cette rencontre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9elle. Elle avait\nune fa\u00e7on sp\u00e9ciale de nous regarder, qui, sans que l\u2019on ne s\u2019en rende compte,\nnous ensorcelait. La couleur et la profondeur de ses yeux donnaient une\nexpression peu commune. Elle n\u2019avait pas besoin de parler beaucoup, son regard\nparlait pour elle. Anim\u00e9e d\u2019une bont\u00e9 et d\u2019une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sans limites, elle\n\u00e9tait toujours pr\u00eate \u00e0 servir et \u00e0 donner. En plus de ces belles qualit\u00e9s, elle\n\u00e9tait dou\u00e9e d\u2019un courage que nous pouvons tous lui envier. Tous mes fr\u00e8res et\ns\u0153urs sont sp\u00e9ciaux, mais Lucette remporte la palme. Sa douceur, son calme et\nsa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, encadr\u00e9s d\u2019un sourire radieux, lui permettaient de jeter une\nlumi\u00e8re de douceur et de calme autour d\u2019elle. Il arrive qu\u2019au cours de notre\nvie, on rencontre des anges sans les reconna\u00eetre, je crois que Lucette \u00e9tait,\nelle aussi, l\u2019un de ceux-l\u00e0. Elle \u00e9voque encore, pour moi, la paix, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9\net la bont\u00e9. Quel beau souvenir!<\/span><span style=\"font-size:10.0pt;\nline-height:102%\"><o:p><\/o:p><\/span><\/p><p><span style=\"font-size:\n12.0pt;line-height:102%;mso-fareast-font-family:&quot;Times New Roman&quot;\"><br><\/span><span style=\"line-height: 102%;\"><\/span><\/p><p style=\"\">Il lui est arriv\u00e9 quelques aventures qui nous restent en m\u00e9moire et je raconterai l\u2019une d\u2019elles. Lucette et Colette, les ins\u00e9parables, avaient la garde des poules, les nourrir et ramasser les \u0153ufs. Lucette avait pris l\u2019habitude \u00e0 chaque tourn\u00e9e de pr\u00e9lever une poign\u00e9e de la moul\u00e9e des poules et de la manger. Notre p\u00e8re qui avait remarqu\u00e9 ce comportement lui dit: \u00ab\u00c0 ce rythme-l\u00e0, un jour tu vas pondre un \u0153uf\u00bb. \u00c0 plusieurs reprises, il lui fit la m\u00eame remarque et Lucette riait, pensant bien qu\u2019il la taquinait.<\/p><br><p style=\"\">Un soir, Eug\u00e8ne revint \u00e0 la maison avec un \u0153uf minuscule dans sa poche. Il arrivait parfois qu\u2019une poulette s\u2019essayait \u00e0 pondre et \u00e7a donnait des \u0153ufs beaucoup plus petits que les autres. Quand tout le monde fut couch\u00e9, il fit cuire cet \u0153uf \u00e0 la coque. Et avec maman, il \u00e9labora un plan: d\u00e9poser ce coco dans la culotte de pyjama de Lucette avant son r\u00e9veil. Ce qui fut dit fut fait. Le lendemain matin, en douceur, maman glissa furtivement l\u2019\u0153uf sous les couvertures.<\/p><br><p style=\"\">Ce matin-l\u00e0, tous se lev\u00e8rent comme d\u2019habitude, sauf Lucette qui tra\u00eenait. Eug\u00e8ne tr\u00e9pignait d\u00e9j\u00e0 du plaisir de voir sa fille descendre l\u2019escalier. \u00c0 son tour, lentement, Lucette apparut dans les marches de l\u2019escalier et semblait un peu mal \u00e0 l\u2019aise. Elle se rendit aupr\u00e8s de maman et lui dit \u00e0 l\u2019oreille, les yeux pleins de larmes: \u00abJ\u2019ai pondu un \u0153uf!\u00bb Et se serrant contre notre m\u00e8re, elle ouvrit la main lui montrant la cause de son \u00e9moi. Celle-ci se mit \u00e0 rire de bon c\u0153ur et notre p\u00e8re aussi, lui expliquant qu\u2019ils avaient voulu la taquiner. Cette histoire est rest\u00e9e dans la m\u00e9moire familiale.<\/p><br><p><\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>Antoinette et les vendeurs itin\u00e9rants<\/h4><br><p>Il est une r\u00e9alit\u00e9, familiale dont tous ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins et qui a marqu\u00e9 notre enfance; c\u2019est le traitement que notre m\u00e8re r\u00e9servait aux vendeurs itin\u00e9rants se pr\u00e9sentant \u00e0 la maison. Les pauvres ne savaient pas dans quelles \u00e9preuves ils s\u2019engageaient. Maman avait une strat\u00e9gie toute personnelle de traiter avec eux: d\u2019abord, elle s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 la marchandise pr\u00e9sent\u00e9e. Puis, tout d\u2019un coup, m\u00eame si elle \u00e9tait int\u00e9ress\u00e9e, elle trouvait toutes les raisons du monde de rabaisser la valeur du produit. Elle feignait l\u2019indiff\u00e9rence, ou encore, manifestait \u00e0 grand renfort de gestes qu\u2019elle n\u2019en voudrait jamais; cela, tout en jouant avec l\u2019orgueil et la cr\u00e9dulit\u00e9 du vendeur qui \u00e9tait amen\u00e9 graduellement, le pauvre, \u00e0 lui en vendre co\u00fbte que co\u00fbte. Une fois la victime prise dans ses filets, elle l\u2019amenait, telle une araign\u00e9e, sans se presser, \u00e0 la morsure fatale. Elle rendait la situation tellement impossible pour le vendeur qu\u2019il acceptait le prix qu\u2019elle avait fix\u00e9. Coupable et confus, il retournait \u00e0 son v\u00e9hicule, ne sachant trop ce qui lui \u00e9tait arriv\u00e9. Combien de fois, assise dans la cuisine, elle m\u2019a d\u00e9montr\u00e9 ses talents! J\u2019en ris encore aujourd\u2019hui, m\u00eame si j\u2019ai, en m\u00eame temps, beaucoup d\u2019admiration pour sa strat\u00e9gie. Un jour qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u0153uvre avec un vendeur de pommes et en train de lui porter le coup fatal, je fis un commentaire qui r\u00e9veilla le vendeur de son hypnose; celui-ci changea d\u2019attitude et ne conclut pas la vente. D\u00e8s que le vendeur eut pass\u00e9 la porte, elle m\u2019apostropha en me recommandant de ne plus jamais l\u2019interrompre dans ce qu\u2019elle appelait son travail. Elle le cachait, mais elle \u00e9prouvait une r\u00e9elle jouissance \u00e0 \u00e9taler sa virtuosit\u00e9 dans le marchandage. Quelle femme!<\/p><br><p>L\u2019automne 1954 et l\u2019hiver qui suivit, se d\u00e9roul\u00e8rent sans trop de difficult\u00e9s: maman, s\u2019occupant des travaux domestiques et nous \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Je me souviens, avoir cette ann\u00e9e l\u00e0 pris un rythme de croisi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole et avoir eu le sentiment que rien ne pouvait m\u2019arr\u00eater dans mon apprentissage. Aussi, j\u2019avais d\u00e9couvert la lecture, et je passais tous mes temps libres \u00e0 c\u00f4toyer mes h\u00e9ros favoris.<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>Notre dernier fait d\u2019armes<\/h4><br><p>C\u2019\u00e9tait vers la fin de mai que se d\u00e9roula cet \u00e9pisode des trois mousquetaires. Le temps \u00e9tait beau, et quotidiennement l\u2019autobus de M.&nbsp;Drapeau nous conduisait \u00e0 l\u2019\u00e9cole, dans une routine qui s\u2019av\u00e9rait ennuyante pour tous.<\/p><p><br><\/p><p><span>Sur son parcours, l\u2019autobus devait passer juste au bout de la piste d\u2019atterrissage de la municipalit\u00e9 de Forestville. Or, un beau matin, quelle ne fut pas notre surprise de voir une immense banderole rouge flotter au bout de la piste. Cette bande de tissu fix\u00e9e \u00e0 deux poteaux devait probablement la d\u00e9limiter. Il ne fallut pas plus d\u2019une minute pour qu\u2019un plan prenne naissance dans notre t\u00eate.<\/span><br><\/p><br><p>Apr\u00e8s un court conciliabule, les trois fr\u00e8res: Jean-Marie, Yvon et moi, d\u00e9cidions d\u2019aller d\u00e9crocher cet \u00e9tendard afin qu\u2019il trouve un meilleur usage. Nous consid\u00e9rions comme de la pure perte de le laisser l\u00e0 \u00e0 ne rien faire. Au retour \u00e0 la maison, nous m\u00eemes maman au courant de notre plan; nous avions besoin de son accord. Notre argument le plus fort fut que les jumelles n\u2019avaient plus de robes et que cette pi\u00e8ce d\u2019\u00e9toffe serait id\u00e9ale pour leur en confectionner. Elle se rangea \u00e0 nos arguments et nous pr\u00e9par\u00e2mes l\u2019exp\u00e9dition pour le soir m\u00eame.<\/p><br><p>Quand l\u2019obscurit\u00e9 fut venue, nous part\u00eemes, ciseau \u00e0 la main, en silence vers le lieu du crime. L\u2019endroit o\u00f9 nous devions nous rendre \u00e9tait au moins \u00e0 deux kilom\u00e8tres de la maison. Pour ne pas \u00eatre vus, nous sommes pass\u00e9s \u00e0 l\u2019or\u00e9e du bois o\u00f9 nous pourrions nous cacher des regards s\u2019il venait \u00e0 passer une auto. Une fois rendus, je grimpai au premier poteau et d\u00e9coupai la banderole, ce qui la fit tomber par terre. Je r\u00e9p\u00e9tai la m\u00eame op\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre bout et r\u00e9cup\u00e9rai le pr\u00e9cieux tissu. Pendant ce temps, Jean-Marie et Yvon faisaient le guet. Nous e\u00fbmes juste le temps de d\u00e9guerpir, car une auto arrivait. \u00c0 la course, nous nous sommes r\u00e9fugi\u00e9s dans une coul\u00e9e o\u00f9 serpentait un filet d\u2019eau. Dans l\u2019obscurit\u00e9, et notre h\u00e2te, nous nous frappions aux arbres et nous embourbions dans la vase couvrant le sol; j\u2019y ai m\u00eame laiss\u00e9 un soulier. Le chien qui nous avait suivis, avait peine lui aussi \u00e0 avancer. Le retour \u00e0 la maison fut des plus p\u00e9nibles, mais quel triomphe quand nous nous sommes pr\u00e9sent\u00e9s devant notre chef, maman, avec notre troph\u00e9e. Elle regarda la pi\u00e8ce de tissu, son \u0153il s\u2019alluma de satisfaction. Elle s\u2019effor\u00e7a de prendre sa voix la plus mena\u00e7ante et nous gronda pour le larcin que nous venions d\u2019accomplir. Puis elle s\u2019empressa aussit\u00f4t d\u2019ouvrir le couvercle de la machine \u00e0 coudre et se mit au travail. Le lendemain matin, les jumelles avaient toutes deux une belle robe rouge pour aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. En les regardant, nous \u00e9tions fiers de notre raid de la veille. Quand l\u2019autobus passa devant les deux poteaux d\u00e9nud\u00e9s, nous e\u00fbmes un petit frisson de fiert\u00e9 et de reconnaissance envers ceux qui avaient eu l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9tendre une si belle banderole au bout de la piste. Tout l\u2019\u00e9t\u00e9, les deux poteaux sont rest\u00e9s l\u00e0 seuls, laissant flotter au vent quelques lambeaux de tissu rouge, nous rappelant notre exploit. Personne ne sut jamais, sauf nous, ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9.<\/p><br><p>Aujourd\u2019hui, nous n\u2019oserions pas entreprendre une telle action, nos valeurs nous l\u2019interdiraient. Notre situation financi\u00e8re d\u2019alors fut la seule motivation nous poussant \u00e0 agir ainsi. Je crois que, dans notre t\u00eate de petits gar\u00e7ons, \u00e7a ne prenait m\u00eame pas la saveur d\u2019un vol, c\u2019\u00e9tait r\u00e9pondre \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p><br><p>Le plus cocasse de cette rocambolesque histoire vraie est que le p\u00e8re de Ginette, l\u2019\u00e9pouse de Michel, notre fr\u00e8re, qui \u0153uvrait pour les responsables du champ d\u2019aviation, avait lui-m\u00eame install\u00e9 cet \u00e9tendard. Michel lui a racont\u00e9 l\u2019histoire qui l\u2019a fait bien rigoler.<\/p><br>\n\n\n\n\n\n<h4>Les \u00e9tudes<\/h4><br><p>Au m\u00eame moment, je fus pris d\u2019une maladie soudaine: continuer mes \u00e9tudes au coll\u00e8ge Classique de Hauterive qui avait \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 quatre ans plus t\u00f4t. Aussi bien le dire, c\u2019\u00e9tait un r\u00eave impossible au premier abord, vu notre situation financi\u00e8re. Mais je gardais espoir. Je n\u2019avais alors aucune id\u00e9e de ce qu\u2019\u00e9tait un cours classique, mais je me sentais pouss\u00e9 par le d\u00e9sir d\u2019aller plus loin. Enfin, j\u2019osai r\u00e9v\u00e9ler ces projets qui boulevers\u00e8rent ma vie et un peu tout le monde.<\/p><br><p>Je ne savais pas alors que cet int\u00e9r\u00eat pour les \u00e9tudes sup\u00e9rieures d\u00e9boucherait sur une aventure changeant radicalement le cours de ma vie. \u00c0 ce moment-l\u00e0, j\u2019abordais le sujet des \u00e9tudes comme quelque chose de souhaitable. Au fil des ans, c\u2019est devenu une n\u00e9cessit\u00e9 pour une \u00e9volution normale dans une soci\u00e9t\u00e9 constamment en changement.<\/p><br><p>Je me sentis support\u00e9 par tous les membres de ma famille dans cette orientation. Tous m\u2019ont encourag\u00e9, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, affectant une curiosit\u00e9 certaine envers ce que maman appelait: \u00abfaire autrement des autres\u00bb.<\/p><br><p>L\u2019\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9c\u00e9da mon d\u00e9part pour le coll\u00e8ge apporta une transformation notable dans mes activit\u00e9s estivales. Habituellement, j\u2019occupais mes vacances \u00e0 travailler \u00e0 la ferme, \u00e0 cueillir des bleuets et aller \u00e0 la p\u00eache avec Yvon et Jean-Marie; mais cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler \u00e0 temps plein, car je devais payer mes \u00e9tudes. Ce fut un \u00e9t\u00e9 de d\u00e9couvertes et aussi de labeur. J\u2019avais d\u00e9croch\u00e9 mon premier emploi \u00e0 la voirie locale, qui consistait \u00e0 transporter des pierres servant \u00e0 la construction de ponts et de routes. Comme cet&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">emploi m\u2019occupait tout pr\u00e8s de la demeure familiale, j\u2019\u00e9tais avec les miens tous les soirs.<\/span><\/p><br><p>Je n\u2019eus pas trop conscience du temps au cours de cet \u00e9t\u00e9 et je me r\u00e9veillai \u00e0 la fin d\u2019ao\u00fbt, sur le point de partir et d\u2019entreprendre une nouvelle vie. Ce fut la course aux v\u00eatements et \u00e0 tous les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires \u00e0 une longue absence. Comme un serpent qui change de peau, pour la premi\u00e8re fois de ma vie, tous les v\u00eatements que je portais \u00e9taient neufs. J\u2019avoue, cela faisait dr\u00f4le. Ce d\u00e9part vers l\u2019inconnu me faisait sentir un peu semblable aux b\u00fbcherons partant pour des p\u00e9riodes prolong\u00e9es.<\/p><br><p>Enfin, le d\u00e9part vers l\u2019inconnu. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, je fus mis dans une situation o\u00f9 famille, amis, fr\u00e8res s\u0153urs furent rel\u00e9gu\u00e9s au second plan. J\u2019entrai r\u00e9solument dans le monde de la connaissance. Je tombais sur une autre plan\u00e8te, dirig\u00e9e par des extraterrestres, qui avaient effac\u00e9 les liens nous attachant \u00e0 nos familles et les sentiments communs qui nous unissaient. Nous \u00e9tions devenus, pour eux, des machines exclusivement d\u00e9di\u00e9es \u00e0 cumuler les connaissances. Le d\u00e9veloppement de notre intellect devenait notre seul objectif de vie.<\/p><br><p>Pendant ce temps, \u00e0 Paul-Baie, la vie s\u2019\u00e9coulait avec ses pr\u00e9occupations habituelles. L\u2019\u00e9cole et les responsabilit\u00e9s de chacun pour la poursuite de la vie; Colette et Madeleine poursuivaient leurs \u00e9tudes secondaires, Jean-Marie, Yvon, Denise, Lise et Michel continuaient leur primaire \u00e0 Forestville. Lucette, pour sa part, travaillait toujours au village.<\/p><br><p>La f\u00eate de No\u00ebl fut la bienvenue, car je retrouvais les miens et nos activit\u00e9s favorites. Ces premi\u00e8res vacances furent de trop courte dur\u00e9e; je n\u2019avais revu aucun membre de ma famille, en fait, depuis la fin d\u2019ao\u00fbt. Aussi, j\u2019essayai d\u2019en profiter au maximum. Puis, ce fut le retour au coll\u00e8ge pour la seconde \u00e9tape, de No\u00ebl jusqu\u2019\u00e0 P\u00e2ques, et enfin juin qui me ramena aux grandes vacances d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p><br><p>\u00c0 chaque retour, c\u2019\u00e9tait la f\u00eate de revoir ma m\u00e8re, mes s\u0153urs et mes fr\u00e8res.<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>Un autre d\u00e9m\u00e9nagement<\/h4><br><p>Au d\u00e9but de ma deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me ann\u00e9e de classique, il se produisit un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9terminant pour notre famille: notre m\u00e8re vendit la maison de Paul-Baie pour en acheter une autre dans le village de Forestville Nord. Cela se fit en octobre 1958. Je me rappelle que maman m\u2019a \u00e9crit pour m\u2019avertir de ne pas me rendre \u00e0 Paul-Baie, aux vacances de No\u00ebl, car nous avions dor\u00e9navant une nouvelle adresse. La raison qui poussa notre m\u00e8re \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager une autre fois est qu\u2019elle voulait se rapprocher de la ville et aussi de ses filles et fils r\u00e9sidant pour la plupart dans la ville de Forestville. Aussi, elle se rendait compte que la terre ne lui \u00e9tait plus d\u2019aucune utilit\u00e9, n\u2019ayant personne pour la faire fructifier.<\/p><br>\n\n\n\n\n\n<h4>Des filles au c\u0153ur d\u2019or<\/h4><br><p>Nos s\u0153urs, Lucette, Colette et Madeleine travaillant maintenant \u00e0 Forestville vinrent habiter avec notre m\u00e8re. Elles \u00e9taient conscientes que leur m\u00e8re avait besoin d\u2019aide et elles ont collabor\u00e9, avec elle, \u00e0 la poursuite du chemin. \u00c0 leur tour, elles d\u00e9montr\u00e8rent \u00e0 leur fa\u00e7on une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sans borne pour lui permettre de r\u00e9aliser son objectif: rendre tout son petit monde \u00e0 maturit\u00e9.<\/p><br><p>Je compris beaucoup plus tard le r\u00f4le primordial que Marcel et Bertrand ont exerc\u00e9 dans les choix de notre m\u00e8re, mais j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 aussi l\u2019apport important du clan des filles dans l\u2019aide inlassable qu\u2019elles lui ont apport\u00e9e, tant sur le plan financier que sur le plan du support moral dont elle avait tant besoin. N\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de l\u2019existence de nos s\u0153urs, je crois que nous aurions v\u00e9cu beaucoup plus de moments sombres. Nous sommes aussi le r\u00e9sultat de ces actes de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 inconditionnels. Ces s\u0153urs au grand c\u0153ur se donnent encore aujourd\u2019hui sans compter pour leurs enfants et leurs petits-enfants et ont gard\u00e9 leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 proverbiale pour les leurs. Elles ont h\u00e9rit\u00e9 des qualit\u00e9s de don de soi et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de nos parents. C\u2019est ce que je reconnais en elles.<\/p><br><p>Cette aide s\u2019est poursuivie pendant des ann\u00e9es, jusqu\u2019au jour, o\u00f9 Lucette tomba pour de bon en amour et se maria avec Yves Dumais,&nbsp;le 12 ao\u00fbt 1961. Les deux tourtereaux se sont install\u00e9s \u00e0 Baie-Comeau, puisque Yves travaillait pour la compagnie Raynolds, fabricant d\u2019aluminium. Elle poursuivit son travail \u00e0 Paul-Baie-Comeau. Colette resta \u00e0 la maison de Forestville encore un peu de temps. Puis, elle rencontra, le beau R\u00e9jean Pelletier qui lui tomba imm\u00e9diatement dans l\u2019\u0153il et ils s\u2019\u00e9pous\u00e8rent le 21 juillet 1962. R\u00e9jean \u00e9tait distributeur de produits d\u2019automobiles pour la r\u00e9gion, aussi, ils emm\u00e9nag\u00e8rent dans un logement \u00e0 Forestville. Par la suite, ils d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent \u00e0 La Malbaie.<\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>Huguette tombe malade<\/h4><br><p>Malheureusement, notre s\u0153ur qui au cours de toutes ces ann\u00e9es, brilla par son implication, son caract\u00e8re toujours \u00e9gal et sa personnalit\u00e9 d\u00e9di\u00e9e au service, est atteinte d\u2019un mal qui durera une \u00e9ternit\u00e9 et mobilisera tant d\u2019\u00e9nergie et de courage de sa part et de ceux qui l\u2019entourent. Au d\u00e9but, les m\u00e9decins ne pouvaient diagnostiquer de quel mal elle souffrait. Support\u00e9e par son mari et maman, elle vivait dans l\u2019espoir de gu\u00e9rir au plus t\u00f4t. Les s\u00e9jours dans les h\u00f4pitaux se faisaient de plus en plus fr\u00e9quents. Je me rappelle qu\u2019au cours de vacances de No\u00ebl, Gonzague m\u2019amena avec maman la visiter dans un h\u00f4pital du Lac Saint-Jean. Elle \u00e9tait l\u00e0, souriante, dans son lit et nous manifestait par la lumi\u00e8re de ses yeux le bonheur que lui procurait notre visite. Gonzague nous avait confi\u00e9, au cours du voyage, que les m\u00e9decins l\u2019avaient averti du grave \u00e9tat de sant\u00e9 de son \u00e9pouse. Et c\u2019est en pleurant qu\u2019il nous manifesta sa peine et son d\u00e9couragement. Nous savions combien il avait fait l\u2019impossible pour supporter sa femme, ses enfants et nous tous, dans ces moments de grandes inqui\u00e9tudes. Malgr\u00e9 tous ses bouleversements personnels et ceux de sa famille, il d\u00e9montrait une dignit\u00e9 et un courage peu communs. Huguette nous quitta le 8 d\u00e9cembre 1973.<\/p><br><p>Avec ce d\u00e9part, disparut selon moi, la douceur et la bont\u00e9 personnifi\u00e9e, parmi nos s\u0153urs et fr\u00e8res. Son souvenir fait surgir en nous des sentiments de paix et de silence. Elle exerce encore cette influence apr\u00e8s tout ce temps. Je le dis pour elle aussi \u00abun ange est retourn\u00e9 au ciel\u00bb.<\/p><br>\n\n\n\n\n\n<h4>Des petits enfants et des neveux<\/h4><br><p>Jeanine fut la premi\u00e8re \u00e0 donner un petit-fils \u00e0 Antoinette. Du nom de Raynald, il ouvrit la voie \u00e0 Danielle, Marco, Nancy, France et Mona. Cette petite famille grandit \u00e0 Pointe-au-P\u00e8re, non loin de Rimouski. Aujourd\u2019hui, tout ce petit monde est devenu grand, sauf Marco, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 lors d\u2019un triste accident qui brisa le c\u0153ur de ses parents. Cette famille reste unie autour de la m\u00e8re, qui s\u2019inqui\u00e8te encore pour eux et leur donne tout son amour. Quelle f\u00eate de les rencontrer et de ressentir l\u2019affection qu\u2019ils ont encore pour leurs vieux oncles et tantes.<\/p><br><p>Je ne me souviens pas qui suivit la premi\u00e8re l\u2019exemple de Jeanine, mais Huguette se mit \u00e0 l\u2019\u0153uvre et donna \u00e0 notre famille trois beaux neveux et une ni\u00e8ce. La premi\u00e8re fut Sylvie, suivie de Gilles, ensuite de Denis, pour finir avec Alain. Une autre belle famille, combl\u00e9e de l\u2019amour et de l\u2019attention de leurs parents, malgr\u00e9 la mort pr\u00e9matur\u00e9e de leur m\u00e8re. Nous les revoyons encore et sommes heureux d\u2019assister \u00e0 leur r\u00e9ussite et leur bonheur.<\/p><br><p>Marcel, l\u2019a\u00een\u00e9, \u00e0 son tour contribua \u00e0 agrandir notre tribu. Isabelle naquit la premi\u00e8re, puis Andr\u00e9, suivi de Caroline, la derni\u00e8re. Cette petite famille grandit \u00e0 Forestville, entour\u00e9e de l\u2019attention de Louise et de Marcel. Pleins de talents, ces enfants ont grandi et font le bonheur et la fiert\u00e9 de leurs parents.<\/p><br><p>Bertrand, pendant ce temps, n\u2019est pas rest\u00e9 \u00e0 ne rien faire: Serge occupa la premi\u00e8re place, suivi de deux jumelles: Nicole et Carole. Sylvain suivit ses deux s\u0153urs, puis donna sa place \u00e0 Roger et enfin \u00e0 la cadette Nathalie. Tout ce petit monde alla \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 Forestville et grandit sous l\u2019\u0153il vigilant et soucieux de leurs parents.<\/p><br><p>Lucette, de son c\u00f4t\u00e9, donna naissance \u00e0 deux beaux enfants: Denis et Johanne.<\/p><br><p>Colette, \u00e0 son tour, vint agrandir notre famille, et donna naissance \u00e0 Pierre et Danielle.<\/p><br><p>Moi-m\u00eame, j\u2019eus le bonheur d\u2019\u00eatre le p\u00e8re de trois beaux enfants: Julie, Mathieu et Pierre-Luc.<\/p><br><p>Jean-Marie et son \u00e9pouse eurent aussi le bonheur d\u2019\u00eatre les parents de deux enfants: Jean-Fran\u00e7ois et Marie-Jos\u00e9e.<\/p><br><p>Yvon et Yolande mirent au monde trois enfants: Dominique, Jonathan et Marie-Claude.<\/p><br><p>Pour terminer, Michel et Ginette mirent au monde trois enfants: Martin, S\u00e9bastien et Catherine.<\/p><br><p>Tous ensemble, nous avons contribu\u00e9 \u00e0 lancer 32 descendants sur notre petite plan\u00e8te. Ces enfants sont devenus des adultes et contribuent maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9talement de notre famille, si minime soit-elle, mais si importante pour nous.<\/p><br><p>\u00c9parpill\u00e9s dans tout le Qu\u00e9bec, ils sont de la lign\u00e9e d\u2019Antoinette et d\u2019Eug\u00e8ne qui seraient heureux de voir chacun, \u00e0 leur exemple, \u00eatre courageusement acteur et t\u00e9moin de leur soci\u00e9t\u00e9, dans tous les domaines de la vie. Comme tous les humains avant eux, \u00e0 leur tour ils laisseront au monde leur lumi\u00e8re, leurs valeurs et leur amour de la vie sous toutes ses formes. Ils contribueront \u00e0 leur fa\u00e7on, \u00e0 la r\u00e9ussite ultime de l\u2019humanit\u00e9. Chacun, avec son \u00e2me s\u0153ur, r\u00e9p\u00e9tera encore et encore le c\u00e9r\u00e9monial de la vie sacr\u00e9e de l\u2019homme et continuera la cha\u00eene ininterrompue de la race; t\u00e9moin du temps et de l\u2019espace terrestre. Ainsi, nous serons, tous ensemble: l\u2019Histoire.<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>La vie continue<\/h4><br><p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, je suis pensionnaire et la famille \u00e9volue vers sa destin\u00e9e. Madeleine, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 \u00e0 Forestville, est all\u00e9e rejoindre Lucette \u00e0 Baie-Comeau. Jean-Marie \u0153uvre maintenant pour la banque locale et Yvon s\u2019est enr\u00f4l\u00e9 dans l\u2019aviation o\u00f9 il suit un cours de technicien. Il est beau \u00e0 voir avec son costume bleu et sa casquette plant\u00e9e sur la t\u00eate. Il repr\u00e9sentait tr\u00e8s bien les Forces arm\u00e9es canadiennes. Toutes les filles, \u00e0 son passage, lui jettent un regard discret. Heureusement qu\u2019il ne s\u2019en rend pas compte. J\u2019avoue l\u2019avoir parfois envi\u00e9 un peu. Cette p\u00e9riode dans l\u2019arm\u00e9e fut sans doute d\u00e9terminante pour lui puisqu\u2019il fit carri\u00e8re dans les techniques de communication.<\/p><p><br><\/p><p>Jean-Marie, pour sa part, quitte la banque et va travailler \u00e0 Baie-Comeau pour une compagnie de p\u00e9trole: Irving. \u00c0 chaque fois qu\u2019il le peut, il se rend disponible \u00e0 maman pour la conduire sur la Rive-Sud rencontrer sa famille. Il d\u00e9montre envers elle une attention des plus g\u00e9n\u00e9reuses.<\/p><br><p>Michel, Lise et Denise sont maintenant au secondaire et se pr\u00e9parent \u00e0 leur tour \u00e0 choisir le r\u00f4le qu\u2019ils joueront dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p><br><p>Maman est heureuse de savoir ses plus grands autonomes et elle veille soigneusement sur ses derniers.<\/p><br><p>Pour ma part, la fin des \u00e9tudes classiques est arriv\u00e9e \u00e0 grands pas. J\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 de la difficult\u00e9 \u00e0 concevoir ce que serait ma vie, en recouvrant ma libert\u00e9, apr\u00e8s huit ans de r\u00e9clusion. Cependant, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que cette \u00e9tape \u00e9tant termin\u00e9e il fallait passer \u00e0 autre chose. Comme un chat craintif, j\u2019entrai dans la soci\u00e9t\u00e9 sur la pointe des pieds, sans aucune connaissance des comportements que je devais adopter.<\/p><br><p>Je trouvai facilement un emploi comme professeur \u00e0 l\u2019\u00e9cole du village et demeurai \u00e0 la maison pendant plus d\u2019une ann\u00e9e. Par la suite, les circonstances m\u2019amen\u00e8rent dans la r\u00e9gion de Montr\u00e9al, je voulais me rapprocher des universit\u00e9s et d\u00e9couvrir la ville et ses richesses que, entre nous, je n\u2019ai jamais d\u00e9couvertes. Cependant, les opportunit\u00e9s d\u2019\u00e9tudes universitaires compl\u00e9mentaires m\u2019ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s utiles.<\/p><br><p>Le temps s\u2019\u00e9coulait, teint\u00e9 de beaucoup plus de calme pour notre m\u00e8re, entour\u00e9e de Denise, Lise et Michel, alors que ses autres fils et filles venaient la visiter aussi souvent que possible. Elle demeurait le lien entre nous. Notre affection envers elle \u00e9tait empreinte de respect et de gratitude pour toute l\u2019attention et l\u2019amour dont nous avions \u00e9t\u00e9 l\u2019objet.<\/p><br><p>Colette et Michel ont m\u00eame organis\u00e9, \u00e0 La Malbaie au cours des ann\u00e9es 70, une f\u00eate en son honneur pour lui signifier notre attachement. Cet hommage l\u2019avait r\u00e9ellement touch\u00e9e et je crois que ce fut l\u2019un de ses plus beaux souvenirs. Il y avait tous ses enfants sans exception, ainsi que tous ses petits-enfants r\u00e9unis dans la fraternit\u00e9 et la bonne entente. Que pouvait-elle demander de plus?<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>L\u2019amour toujours l\u2019amour!<\/h4><br><p>Qui se serait dout\u00e9 qu\u2019un jour, notre m\u00e8re rencontre l\u2019amour une deuxi\u00e8me fois? Pourtant, cela est arriv\u00e9. Un ami d\u2019enfance, qui dit-on l\u2019avait courtis\u00e9e, s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 un jour, afin, pr\u00e9tendait-il, de prendre de ses nouvelles.&nbsp;<\/p>\n\n<p>Ce furent des retrouvailles plaisantes, sans plus. Il revint un peu plus tard \u00abreprendre de ses nouvelles\u00bb et Antoinette ne sachant pas encore lire entre les lignes d\u2019Albert B\u00e9langer trouvait la situation exag\u00e9r\u00e9e et commen\u00e7ait \u00e0 le trouver l\u00e9g\u00e8rement fatiguant, surtout que, pour venir simplement la saluer, il devait traverser le fleuve sur une distance de quarante milles. Avec le temps et les visites assidues d\u2019Albert, s\u2019op\u00e9ra une certaine sympathie entre les deux, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il lui avoua son int\u00e9r\u00eat, sinon son amour. Antoinette, comme une perdrix de l\u2019ann\u00e9e devant un petit coq, fut tellement surprise qu\u2019elle refusa d\u2019embl\u00e9e l\u2019offre sinc\u00e8re d\u2019Albert et lui fit perdre toutes ses illusions. Celui-ci ne l\u00e2cha pas et revint \u00e0 la charge. Apr\u00e8s de nombreux questionnements sur ce qu\u2019en pensaient ses enfants et les autres, elle se laissa un peu ramollir, mais sa r\u00e9sistance \u00e9tait encore tr\u00e8s grande.<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>\u00c7a passe ou \u00e7a casse<\/h4><br><p>Apr\u00e8s plusieurs tentatives de la part d\u2019Albert, Antoinette n\u2019avait pas encore pris de d\u00e9cision. Sans cesse, il la talonnait et lui d\u00e9montrait par tous les moyens son affection et son attachement. Sa cour \u00e9tait sans \u00e9quivoque.<\/p><br><p>Un jour que j\u2019\u00e9tais venu de Montr\u00e9al la visiter et qu\u2019elle \u00e9tait en plein questionnement, elle me fit part de ses inqui\u00e9tudes, me r\u00e9v\u00e9lant qu\u2019elle voulait mettre un terme \u00e0 cette relation impossible. Elle ne m\u2019avait pas encore parl\u00e9 de ses sentiments, mais je crus alors qu\u2019elle n\u2019avait aucun sentiment d\u2019amour envers lui. Comme il devait revenir le lendemain, dimanche, elle me fit part de son intention de rompre d\u00e9finitivement.<\/p><br><p>Le lendemain, je la conduisis \u00e0 l\u2019\u00e9glise \u00e0 la messe dominicale et, ensemble dans le m\u00eame banc, nous avons pri\u00e9 et nous sommes recueillis. Lise qui nous accompagnait, se retournant vers l\u2019arri\u00e8re, vit qu\u2019Albert arrivait par la grande porte. Elle en fit part \u00e0 maman, qui devint tout excit\u00e9e, se leva debout et voulut voir o\u00f9 il se trouvait. Alors, je compris qu\u2019elle avait une r\u00e9elle affection pour cet homme, qu\u2019elle en \u00e9tait, somme toute, amoureuse. Au retour de la messe, je lui fis part de mes observations et lui mentionnai qu\u2019elle ne pouvait cacher plus longtemps ses sentiments pour Albert. G\u00ean\u00e9e un peu, mais d\u00e9livr\u00e9e d\u2019un poids qui devait la faire souffrir, elle admit qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9cieux pour elle et qu\u2019au lieu de l\u2019\u00e9conduire comme cela \u00e9tait pr\u00e9vu, elle r\u00e9pondrait favorablement \u00e0 ses avances.<\/p><br><p>Elle l\u2019invita \u00e0 la maison, ragaillardie et pleine d\u2019attentions, elle servit son valentin pour le d\u00eener et son attitude d\u00e9montrait un attachement sans \u00e9quivoque. \u00c0 partir de ce moment, les deux tourtereaux ne se s\u00e9par\u00e8rent plus.<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>Leur mariage, 1971<\/h4><br><p>Le temps qu\u2019ils v\u00e9curent \u00e0 Forestville leur permit de vivre en harmonie avec ceux des enfants restant aux alentours et Albert en profita pour am\u00e9nager un jardin derri\u00e8re la maison au grand bonheur de sa dulcin\u00e9e. Ils vivaient avec d\u00e9lice ces moments de tendresse et de paix qui venaient embellir leurs jours. Depuis longtemps, nous n\u2019avions vu maman si radieuse.<\/p><br>\n\n<p>Tous mes fr\u00e8res et s\u0153urs aimaient cet homme discret, souriant et qui prenait si bien soin de notre m\u00e8re. En particulier, Jean-Marie, Lise, Denise et Michel qui le connurent mieux que les autres. Quelques-uns d\u2019entre nous le consid\u00e9raient presque comme un p\u00e8re. Il prenait plaisir \u00e0 nous \u00e9couter et \u00e0 nous accueillir dans ce qu\u2019\u00e9tait devenue sa maison. Sa famille demeurant \u00e0 Baie-Comeau venait souvent le visiter. Il semblait des plus heureux.<\/p><br><p>Antoinette et Albert rest\u00e8rent seuls dans leur bonheur apr\u00e8s le d\u00e9part de Lise, Denise et Michel pour la ville. Maman \u00e9tait grandement \u00e9prise de son Albert et, un jour, elle sentit le besoin de r\u00e9v\u00e9ler dans un document, le bonheur et l\u2019affection log\u00e9s au fond de son c\u0153ur. Elle intitule ce manuscrit:&nbsp;<\/p>\n<p>Prise de conscience<\/p><br><p>3 ao\u00fbt 1974, 1 h 30<\/p><br><p>C\u2019est aujourd\u2019hui que je me d\u00e9cide \u00e0 refaire l\u2019inventaire de mon c\u0153ur. Il y a presque trois ans que je vis une belle aventure, celle de t\u2019avoir rencontr\u00e9. Souviens-toi que le destin a voulu notre rencontre. Jamais personne ne peut comprendre le pourquoi des choses et souvent, \u00e0 des milles au loin, deux c\u0153urs s\u2019aiment, \u00e9pris l\u2019un de l\u2019autre.<\/p><br><p>Ce matin, je t\u2019ai aim\u00e9. Quelqu\u2019un naissait, un autre mourait. Il y avait un meurtre ou un suicide d\u2019amour. Mais arr\u00eate-toi et vis notre instant de bonheur. Tu sais, Albert, lorsqu\u2019on est habitu\u00e9 \u00e0 vivre quotidiennement son petit bonheur, il nous arrive de le n\u00e9gliger ou de l\u2019ignorer. Souvent, c\u2019est dans la douleur ou \u00e0 la veille de perdre ce bonheur qu\u2019on reconna\u00eet sa valeur.<\/p><br><p>Pourquoi attendre! L\u2019amour, c\u2019est une plante qui demande des soins \u00e0 sa culture. N\u00e9glige cette plante et tu verras \u00e9pine et sa perte progressive. Mais, prendre un soin quotidien en te disant que tu es le seul docteur qui a son filtre pour sa protection. L\u2019amour, c\u2019est peut-\u00eatre la plus belle chose, mais sans doute la plus cruelle puisqu\u2019il y a des gens qui en meurent. Nul n\u2019y est \u00e0 l\u2019abri, du plus sot \u00e0 l\u2019\u00e9lite, du plus beau au plus grotesque. Mais sans l\u2019amour, c\u2019est un immense vide.<\/p><br><p>Dans l\u2019histoire du monde, tu retrouves Jean avec H\u00e9l\u00e8ne, Michel avec Ginette et toi avec moi.<\/p><br><p>Tu sais, c\u2019est maintenant que je le r\u00e9alise, tu as apport\u00e9 quelque chose d\u2019essentiel dans ma vie et c\u2019est maintenant difficile de vivre sans toi, mon cher Albert.<\/p><br><p>Donc, ce qui nous unit, c\u2019est le destin et ce qui nous retient, c\u2019est l\u2019amour, n\u2019est-ce pas?<\/p><p><br><\/p><p style=\"text-align: right; \">Antoinette<\/p>\n\n\n\n\n\n<h4>Clermont, 1975<\/h4><br><p>Quelques ann\u00e9es plus tard, ils d\u00e9cid\u00e8rent de d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 Clermont, dans un logement am\u00e9nag\u00e9 pour des gens de leur \u00e2ge, o\u00f9 ils v\u00e9curent sans aucun souci. Colette et Michel, vivant tout pr\u00e8s, pouvaient les visiter et les aider selon les besoins. Il m\u2019est arriv\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de leur rendre visite et leur accueil et leur joie \u00e9taient toujours aussi grands de nous revoir.<\/p><br><p>Maintenant, il me semble important de rendre hommage \u00e0 Colette et Michel pour leur d\u00e9vouement envers notre m\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute. Leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 s\u2019est toujours r\u00e9v\u00e9l\u00e9e pleine d\u2019attentions et de d\u00e9licatesse envers elle. Dou\u00e9s d\u2019une sensibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau et d\u2019une perception personnelle des \u00eatres et des choses, ils ont toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0 pour l\u2019aider et la soutenir dans le besoin. Je suis s\u00fbr qu\u2019ils ont d\u00fb aussi surmonter des difficult\u00e9s au cours de leur vie; jamais nous ne les avons entendus se plaindre. Leur caract\u00e8re et leur sens de l\u2019humour font d\u2019eux des \u00eatres extraordinaires qui rayonnent la joie et l\u2019amour autour d\u2019eux. Je les aime beaucoup. Je suis fier d\u2019\u00eatre leur fr\u00e8re. Je ne voudrais pas oublier Lise, Denise et Mado qui sont rest\u00e9es proches de maman, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, l\u2019entourant d\u2019amour. Je suis fier d\u2019\u00eatre leur fr\u00e8re.<\/p><br><p>Je suis convaincu que l\u2019aide qu\u2019ils ont apport\u00e9e \u00e0 notre m\u00e8re et son conjoint a \u00e9t\u00e9 s\u00e9curisante et tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e. Pour leur soutien, je les remercie au nom de tous.<\/p><br><p>Ils ont eu la m\u00eame attention \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Bertrand, malade, revenu vivre \u00e0 Clermont dans un centre adapt\u00e9. Ils ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents jusqu\u2019\u00e0 la fin, lui rendant visite et r\u00e9pondant avec amour et compassion \u00e0 ses besoins. Il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 3 juillet 2008.<\/p><br>\n\n\n\n\n\n<h4>La fin 1979<\/h4><br><p>Il y a des jours qui rev\u00eatent une importance particuli\u00e8re pour des enfants, quel que soit leur \u00e2ge. Ces jours bousculent \u00e0 jamais la vie des \u00eatres et les projettent dans un espace inconnu jusqu\u2019alors. Cela se produisit le jour de la mort de notre m\u00e8re. Le d\u00e9part de celle que l\u2019on croyait \u00e9ternelle est venu fermer \u00e0 jamais la porte sur notre enfance et notre filiation. C\u2019est comme si, subitement, il ne restait plus que&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">l\u2019adulte en nous. Je n\u2019ai jamais ressenti un tel d\u00e9chirement, une telle solitude: il restait mes enfants, mon \u00e9pouse, mes fr\u00e8res, mes s\u0153urs et mes amis, mais un trou s\u2019\u00e9tait form\u00e9 en moi, laissant un espace vide, et cet espace est rest\u00e9 longtemps inoccup\u00e9. Je crois m\u00eame qu\u2019il est encore l\u00e0 et je m\u2019y r\u00e9fugie lorsque mes peines et la solitude m\u2019accablent. J\u2019y retrouve la douceur, le sourire et la s\u00e9curit\u00e9 de notre m\u00e8re, encore l\u00e0, peut-\u00eatre, \u00e0 veiller sur nous.<\/span><\/p><br><p>C\u2019\u00e9tait un de ces soirs tranquilles, comme tous les autres pour Albert et Antoinette. Le souper, appr\u00eat\u00e9 par maman fut pris en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate comme toujours. \u00c9prouvant des troubles de digestion, elle se pr\u00e9para un verre d\u2019une potion lui permettant de soulager habituellement les malaises qu\u2019elle ressentait parfois. Une fois ce m\u00e9lange ingurgit\u00e9, elle dit \u00e0 son mari qu\u2019elle allait s\u2019\u00e9tendre. Quelque temps plus tard, voulant s\u2019enqu\u00e9rir de sa condition, il s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019elle \u00e9tait partie! J\u2019imagine son effondrement\u2026 Sans attendre, il avertit Colette, qui accourut sur les lieux.<\/p><br><p>Ici, je l\u00e8ve mon chapeau \u00e0 ma s\u0153ur pour le courage qu\u2019elle d\u00e9montra. Elle accourut au chevet de la personne dont elle avait \u00e9t\u00e9 en symbiose pendant tant d\u2019ann\u00e9es; malgr\u00e9 la peine et la d\u00e9tresse qu\u2019elle pouvait ressentir, elle prit la responsabilit\u00e9 des premi\u00e8res d\u00e9marches et l\u2019accueil des membres de la famille, puisque les fun\u00e9railles furent c\u00e9l\u00e9br\u00e9es dans la m\u00eame localit\u00e9.<\/p><br><p>Elle mit en place le r\u00e9seau t\u00e9l\u00e9phonique, avertissant la famille du d\u00e9c\u00e8s de notre m\u00e8re et discr\u00e8tement, elle orchestra tout le d\u00e9roulement de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Son doigt\u00e9 et sa prestance lors de ce triste \u00e9pisode de notre vie lui m\u00e9ritent le titre de grande dame aussi. C\u2019est dans les \u00e9v\u00e9nements tragiques que se r\u00e9v\u00e8lent les leaders et les gens de c\u0153ur. Je reconnais en ma s\u0153ur ces grandes qualit\u00e9s.<\/p><br><p>Cette terrible nouvelle m\u2019a terrass\u00e9 et j\u2019imagine qu\u2019il en fut de m\u00eame pour chacun de nous. Ce devait \u00eatre la tristesse absolue! Lors de cette ultime s\u00e9paration, l\u2019importance que ma m\u00e8re tenait encore dans ma vie d\u2019adulte s\u2019est raviv\u00e9e. Cette perte m\u2019obligeait \u00e0 devenir moi-m\u00eame une r\u00e9f\u00e9rence pour ceux qui m\u2019entouraient. On verra par la suite, les liens familiaux chang\u00e8rent pour nous; notre m\u00e8re n\u2019\u00e9tant&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">plus l\u00e0, nous avons d\u00e9laiss\u00e9 graduellement cet id\u00e9al instaur\u00e9 par nos parents. Celui-ci \u00e9tant que les liens familiaux sont primordiaux, puisque porteurs de valeurs et de chaleur relationnelle qu\u2019aucun autre membre de la soci\u00e9t\u00e9 ne peut nous donner.<\/span><\/p><br><p>Les fr\u00e8res et s\u0153urs, la parent\u00e9, les amis, sont tous venus rendre un dernier hommage \u00e0 cette grande dame que fut notre m\u00e8re. La tristesse et le recueillement remplissaient le salon mortuaire. On sentait un certain d\u00e9sarroi chez plusieurs d\u2019entre nous, encore sous le choc. Deux jours \u00e0 raviver nos souvenirs et adresser un dernier adieu \u00e0 une g\u00e9ante. Le c\u0153ur vide, et plein de tristesse, nous repart\u00eemes chacun chez soi recoudre la d\u00e9chirure produite par ce douloureux d\u00e9part.<\/p><br><p>La derni\u00e8re demeure d\u2019Antoinette fut aupr\u00e8s d\u2019Eug\u00e8ne, au cimeti\u00e8re de Forestville. Apr\u00e8s tant de s\u00e9parations et de tribulations, notre famille d\u00e9cida de r\u00e9unir ces deux \u00eatres qui par amour avaient dessin\u00e9 un projet grandiose. Avec des moyens rudimentaires, ils ont r\u00e9ussi l\u2019invraisemblablement grand et beau qu\u2019est notre famille. Je suis convaincu que leur regard s\u2019\u00e9panche sur leur prog\u00e9niture, parsem\u00e9e sur tout le territoire de la province, et qu\u2019ils expriment, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils soient, leur joie et leur bonheur devant tant de richesse, d\u2019amour, de courage et de grandeur.<\/p><br><p>Ils ont \u00e9t\u00e9 l\u2019origine et nous sommes les t\u00e9moins de cette aventure incroyable v\u00e9cue sur plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. \u00c0 notre tour de propager la joie de vivre et ces richesses re\u00e7ues de nos parents. Mon souhait serait de voir en chacun de nous, un peu de nos parents et que nous ayons la capacit\u00e9 de transmettre cette ferveur vitale dont nous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins.<\/p><br><p>Ici s\u2019ach\u00e8ve l\u2019histoire d\u2019une famille commenc\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es. Je ne pouvais m\u2019imaginer en commen\u00e7ant cette histoire combien elle \u00e9branlerait ma vie de retrait\u00e9 tranquille. Les souvenirs r\u00e9veill\u00e9s par ce r\u00e9cit ont fait surgir en moi une r\u00e9alit\u00e9 longtemps enfouie au plus profond de moi-m\u00eame, que la famille demeure, qu\u2019on le veuille ou non, la seule r\u00e9f\u00e9rence intime de l\u2019\u00eatre humain. Je vois enfin avec mes yeux d\u2019adulte des images que mes yeux d\u2019enfant avaient soigneusement gard\u00e9es. Je peux enfin comprendre, avec tout le respect qui leur est d\u00fb, le cheminement humain, psychologique et&nbsp;<span style=\"background-color: transparent;\">spirituel parcouru par tous ces \u00eatres chers qui nous ont entour\u00e9s. Ces racines me sont apparues si importantes qu\u2019\u00e0 certains passages, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment boulevers\u00e9. Je me range du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un auteur que j\u2019ai beaucoup aim\u00e9, Nikos Kasansaki, qui disait: \u00abNos souvenirs sont ce que nous sommes\u00bb. Il n\u2019y a pas de mal \u00e0 r\u00e9veiller ses souvenirs pour grandir et devenir quelqu\u2019un. Surtout si on peut choisir parmi tant de beaux moments pass\u00e9s.<\/span><\/p><br><p>J\u2019ai constat\u00e9 dans cette recherche historique, combien la mis\u00e8re et les \u00e9preuves n\u2019ont pas de prise sur les valeurs profondes et sur la vie elle-m\u00eame. Nous avons tous \u00e9t\u00e9 les artisans de cette saga. C\u00e9l\u00e9brons notre r\u00e9ussite.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00abIL EST VENU, POUR NOUS, LE TEMPS DE BR\u00dbLER LES DIPL\u00d4MES ET D\u2019ENTRER \u00c0 L\u2019UNIVERSIT\u00c9 DU COEUR.\u00bb<\/p>\n<p>Oui, il est temps, puisque nous sommes tous \u00e0 la retraite, de s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019\u00e9cole du c\u0153ur, c\u2019est-\u00e0-dire du partage, du pardon et de l\u2019amour. Ces valeurs n\u2019ont pas de prix et sont l\u2019ultime richesse de l\u2019\u00eatre.<\/p><br><p>Vous savez tous que nous ne pourrions terminer cet ouvrage sans que chacun vienne y partager le cheminement de sa vie, de ses r\u00e9alisations, de ses moments tristes, de ses exp\u00e9riences et de ses grandes joies. Ce ne doit pas \u00eatre une comp\u00e9tition de r\u00e9ussites, mais bien comme un dialogue entre fr\u00e8res et s\u0153urs afin de se reconna\u00eetre et de s\u2019appr\u00e9cier.<\/p><br><p>Quelle belle occasion de partager notre richesse, tout en sachant que, souvent, les \u00e9preuves et les \u00e9checs sont source de grande sagesse!<\/p><br><p>Le souhait de tous, je crois, serait que pour une fois, notre famille soit r\u00e9unie, du moins entre les deux couvertures de ce livre.<\/p><p><br><\/p>\n\n\n\n\n\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"\/FamilleFillion\/recueil-des-expressions-de-notre-mere\/\">Recueil des expressions de notre m\u00e8re<\/a><br><\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v15.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>NOTRE HISTOIRE SE CONTINUE - Famille Fillion<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"http:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/notre-histoire-se-continue\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_US\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"NOTRE HISTOIRE SE CONTINUE - Famille Fillion\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"http:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/notre-histoire-se-continue\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Famille Fillion\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2021-03-05T16:17:47+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Written by\">\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"admin\">\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Est. reading time\">\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"27 minutes\">\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#\/schema\/person\/888522469577139133bfae69cab6ff83\",\"name\":\"Michel Fillion\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#personlogo\",\"inLanguage\":\"en-US\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/c0c5418e5c1a40be79bd0f7e0d64bfcc?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"Michel Fillion\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#personlogo\"}},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#website\",\"url\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/\",\"name\":\"Famille Fillion\",\"description\":\"Famille Fillion\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#\/schema\/person\/888522469577139133bfae69cab6ff83\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/?s={search_term_string}\",\"query-input\":\"required name=search_term_string\"}],\"inLanguage\":\"en-US\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"http:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/notre-histoire-se-continue\/#webpage\",\"url\":\"http:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/notre-histoire-se-continue\/\",\"name\":\"NOTRE HISTOIRE SE CONTINUE - Famille Fillion\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/#website\"},\"datePublished\":\"2020-11-19T19:22:39+00:00\",\"dateModified\":\"2021-03-05T16:17:47+00:00\",\"inLanguage\":\"en-US\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"http:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/notre-histoire-se-continue\/\"]}]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/193"}],"collection":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=193"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/193\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":513,"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/193\/revisions\/513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francedoucetnotaire.com\/FamilleFillion\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=193"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}